Quels sont les irritants dans la certification que la ministre Marguerite Blais souhaite corriger?

Aînés: donnez l’heure juste Mme Blais

CHRONIQUE / Quelles sont les exigences que le gouvernement dictera pour prévenir un autre décès tragique et évitable comme celui d’Hélène Rowley Hotte Duceppe dans une résidence privée pour personnes âgées? Jeudi dernier, la ministre des Aînés, Marguerite Blais, indiquait que «certains irritants» seraient bientôt enlevés dans la certification des résidences privées pour aînés. Il presse que Québec donne l’heure juste aux personnes âgées et à leur famille.

La compassion et les bons mots exprimés par les élus lors d’un décès d’un aîné ou lors du dépôt du rapport du coroner ne suffisent pas pour prévenir des manquements humains et techniques comme ceux relevés par la coroner Géhane Kamel. 

Personne ne voudrait vivre ce qu’ont vécu Hélène Rowley Hotte Duceppe et les membres de sa famille. La femme de 93 ans a passé six heures dehors alors qu’il faisait - 35 °C et qu’une caméra captait ses efforts pour sortir de la cour sans pour autant qu’un membre du personnel l’aperçoive et se porte à son secours. 

Aucun employé du Lux Gouverneur n’a fait le décompte des résidents après l’alerte d’incendie pour s’assurer qu’aucun d’entre eux n’était encore à l’extérieur en ce matin glacial de janvier. Mme Rowley Hotte n’avait pas non plus le bon code de couleur pour signifier que ses problèmes d’audition exigeaient un soutien particulier de la part du personnel. 

Quel est le plan du gouvernement Legault et de sa ministre des Aînés pour éviter ce type d’événement qui n’est pas le premier à se produire? D’autres aînés ont connu une fin similaire à cause d’une porte qui se verrouille automatiquement derrière eux.

La construction d’une trentaine de maisons des aînés — promesse de la CAQ en campagne électorale — est loin de répondre à l’ensemble et à la variété des besoins des Québécois de plus de 65 ans, autonomes, semi-autonomes ou non, de plus en plus nombreux.

Quelque 450 résidences privées pour aînés ont fermé leurs portes depuis 2014, rappelait la semaine dernière la ministre Blais, à l’Assemblée nationale. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés (RQRA) a déjà indiqué que «l’augmentation importante des dépenses d’exploitation des résidences pour aînés et le resserrement des exigences gouvernementales font partie des facteurs qui expliquent cette situation». L’association pointe également du doigt la capacité de payer limitée des aînés. 

Comme les centres d’hébergement publics pour personnes âgées, les résidences privées doivent également composer avec le manque de main-d’œuvre. 

Quel est le plan?

Dans ce contexte, quelle est la stratégie du gouvernement pour assurer la santé et la sécurité des 140 000 personnes âgées qui ont quitté leur domicile pour s’établir dans 1800 résidences privées comme le Lux Gouverneur et d’autres plus modestes en région? 

Quels sont les irritants dans la certification que Mme Blais souhaite corriger? Elle a signalé jeudi à l’opposition qu’un nouveau programme de gicleurs serait annoncé «très prochainement». Un tel programme existe depuis qu’un incendie a fait 32 victimes à la résidence du Havre de L’Isle-Verte, en janvier 2014.

Mais encore? 

Est-elle prête à apporter du soutien financier aux résidences pour qu’elles répondent aux exigences de la certification ou à baisser les normes de certification?Songe-t-elle à aider financièrement les aînés moins favorisés afin qu’ils puissent assumer les frais d’une résidence sécuritaire?

Mardi, le cabinet de la ministre a refusé la demande d’entrevue qui aurait permis d’en savoir plus sur les intentions de Mme Blais. Il fallait se contenter d’une déclaration transmise par courriel, une annonce aura lieu en temps et lieu.

«Mes premières pensées vont à la famille de Mme Rowley Hotte Duceppe et à tous ses proches. Nous prenons acte du rapport de la coroner Me Géhane Kamel de façon sérieuse et approfondie. Même si le rapport ne comporte aucune recommandation à l’égard du MSSS, nous appuyons les recommandations de la coroner afin d’éviter la récurrence d’un tel événement malheureux. À titre de ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, ma priorité est d’assurer le bien-être et la sécurité en RPA, comme dans tous les types d’hébergement.»

Vous êtes rassurés et confiants pour la suite des choses?

Il ne faut pas attendre un autre décès tragique pour évaluer le travail accompli par le gouvernement et les résidences privées.

Dans son rapport sur la tragédie de L’Isle-Verte, feu le coroner Cyrille Delâge, signalait avoir rencontré en 2014 les mêmes obstacles que ceux qu’il déplorait 20 ans plus tôt. 

Mardi, l’avocat de la famille Duceppe mentionnait que nous sommes devant un enjeu de société important. En effet, le Québec vieillit et il ne peut prendre à la légère la sécurité des personnes âgées.