Le cabinet du ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, a indiqué mercredi que les résultats de la consultation publique qui a pris fin le 25 janvier seraient «probablement» dévoilés publiquement lors du dépôt du projet de loi.

33 324 participants, et puis après?

CHRONIQUE / Exactement 33 324. C’est le nombre de participants, ou le nombre de fois, que des individus ont répondu au questionnaire en ligne du ministère de l’Éducation portant sur les frais scolaires. Bien hâte de voir ce que le ministre Jean-François Roberge en retiendra et quelles limites il imposera pour réduire la facture des parents à la prochaine rentrée.

C’est très tendance les consultations. À Ottawa, le gouvernement de Justin Trudeau a lancé plus de 380 consultations publiques depuis 2015.

Mais jusqu’à quel point ce type d’exercice est-il utile pour un gouvernement et sert-il l’intérêt de la population? 

Consulter est un moyen pour les gouvernements de prendre le pouls de l’opinion publique et d’élaborer des politiques publiques qui collent aux besoins exprimés.

C’est aussi une façon pour les politiciens de tenter de rétablir la confiance entre eux et le public, de se dire connectés et branchés sur le vrai monde.

Encore faut-il que monsieur et madame Tout-le-Monde participent aux consultations. Mais aussi, que les élus les mènent en précisant bien dès le départ les véritables enjeux, et qu’ensuite, ils interprètent correctement les résultats et en mesurent la portée. 

Revenons à la consultation du ministre Roberge. C’est peu ou c’est beaucoup 33 324 participants?

Le Québec compte quelque 920 000 enfants dans les écoles primaires et secondaires. C’est donc un potentiel de milliers de parents susceptibles de faire savoir au gouvernement ce qu’ils jugent raisonnable ou non de payer pour que leurs rejetons fréquentent l’école publique supposément gratuite.

Le bassin de répondants était cependant plus vaste. Tout le monde pouvait répondre au questionnaire. L’étudiant tout comme la personne qui n’a plus d’enfants à l’école depuis belle lurette et qui n’a aucune envie de payer davantage d’impôt ou de taxes pour l’éducation des enfants des autres. 

Une même personne pouvait aussi répondre plus d’une fois au questionnaire.

C’est considérable 33 324 participants? Tout est relatif.

Le cabinet du ministre de l’Éducation a indiqué mercredi que les résultats de la consultation qui a pris fin le 25 janvier seraient «probablement» dévoilés publiquement lors du dépôt du projet de loi.

Probablement? Cela devrait pourtant aller de soi. 

Les citoyens qui ont de l’intérêt pour cet enjeu veulent connaître les réponses des participants. 

Il est aussi essentiel que le public puisse vérifier si le ministre tient bel et bien compte des réponses formulées.

Sinon, la population conclura que le ministère n’a consulté que pour la forme, que sa démarche n’était pas sincère, qu’il voulait faire croire que l’avis des citoyens importait alors que dans les faits, le texte de loi était déjà écrit. 

Si la majorité des 33 324 participants réclament que les frais scolaires réclamés aux parents baissent considérablement et que l’État augmente son soutien pour que les enfants de milieux moins favorisés puissent s’inscrire à de coûteux programmes d’éducation internationale, de sports, d’arts ou de langues études, le ministre va-t-il agir en ce sens? 

Si la majorité dit le contraire, le ministre va-t-il faire fi du Conseil supérieur de l’éducation, fort préoccupé que le système scolaire québécois soit devenu le plus inégalitaire au Canada?

La promesse de la Coalition avenir Québec d’uniformiser le taux de taxe scolaire — au plus bas taux en vigueur — privera les commissions scolaires de près de 1 milliard $ par année, et ce, de façon récurrente.

Le ministère de l’Éducation doit normalement compenser cette perte de revenus aux commissions scolaires.

Près de 1 milliard $ en moins, cela réduit considérablement la marge de manœuvre du ministre et sa capacité de réduire la facture scolaire des parents. 

Est-il plus important et plus porteur au Québec de réduire le compte de taxes scolaires, y compris celui de propriétaires très fortunés, que d’agir pour que l’école publique assure l’égalité des chances de tous les petits Québécois, qu’importe la capacité financière de leurs parents? 

Si chaque jeune a le droit aux conditions nécessaires pour aller au bout de son potentiel, comme le répète le premier ministre Legault, il faudra plus que des investissements dans le béton et qu’une réduction de taxes scolaires pour y parvenir.