Chronique

Écoute à deux vitesses

CHRONIQUE / Le gouvernement Legault se targue d’être à l’écoute de la population, mais force est de constater que les parents d’enfants handicapés n’ont pas l’écoute et l’attention qu’ils méritent de sa part.

Oui, je sais, Québec a annoncé la semaine dernière une bonne nouvelle aux parents d’enfants handicapés. Le gouvernement caquiste a ajouté non pas 22 millions $ comme promis, mais bien 30 millions $ pour soutenir davantage de familles.

Il a aussi allégé quelque peu la procédure de demandes d’aide, prévu une rétroactivité et il donne un peu d’oxygène aux proches aidants en ajoutant également des fonds pour eux. 

C’est un bon début, mais il presse de livrer toute la marchandise promise en campagne électorale aux parents d’enfants handicapés. 

Les mères, les pères ou les proches d’enfants handicapés, notamment ceux devenus adultes, devront attendre encore pour voir la concrétisation de la promesse de la Coalition avenir Québec (CAQ) d’établir une équité entre les familles naturelles et les familles d’accueil qui veillent sur des gars et des filles qui ne sont pas devenus autonomes et indépendants le jour de leur majorité.

Selon le tableau fourni par la firme Raymond Chabot Grant Thornton au Réseau d’entraide pour parents d’enfants handicapés L’Étoile de Pacho, une famille naturelle touchait en moyenne 20 458 $ de soutien gouvernemental en 2016, comparativement à 35 454 $ en moyenne pour une famille d’accueil. Si la personne handicapée devait se retrouver en milieu hospitalier, l’État déboursait 62 056 $ par année pour elle.

Le gouvernement Legault assure qu’il tiendra sa promesse et trouvera une formule plus juste. «On n’a qu’une seule parole», a déclaré le ministre de la Famille, Mathieu Lacombe.

Le hic, est que le ministre et le premier ministre signalent que leur gouvernement a quatre ans pour respecter son engagement.

Quatre ans, c’est long pour des parents dont la tâche quotidienne est énorme, voire intenable.

Quatre ans, c’est long lorsque vous expliquez depuis des années aux députés, aux ministres et à la population que la situation actuelle n’a pas d’allure et qu’elle pénalise les parents qui veulent s’occuper de leurs grands enfants à la maison. 

«Cet enfant, c’est le mien. Je veux m’en occuper. Je ne veux pas déléguer mes responsabilités à l’État. Ce que je veux, c’est que l’État m’aide à supporter ma famille. […] C’est un plaidoyer pour garder les familles unies», témoignait au printemps 2017 Martin Houle, un père de famille membre de Parents pour toujours.

M. Houle participait à ce moment à une conférence de presse tenue au Parlement avec le député caquiste François Paradis qui appuyait la cause de Parents pour toujours et pressait le gouvernement Couillard d’agir.

Autre gouvernement, même attente

Deux ans plus tard, la voix du père de famille se fait une fois de plus entendre à Québec.

Chronique

L’art de faire taire un fonctionnaire

CHRONIQUE / On pouvait difficilement imaginer mieux que ce qui s’est passé au ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec (MAPAQ) pour inciter les fonctionnaires et les employés de l’État à se taire et à fermer les yeux sur des pratiques qui leur semblent contraires à l’intérêt public.

Le lanceur d’alerte Louis Robert a été congédié en janvier dernier alors que la personne qui n’a pas su assurer la confidentialité de sa divulgation au MAPAQ, Geneviève Masse, a été promue sous-ministre adjointe. 

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Qui plus est, après un rapport accablant de la Protectrice du citoyen, le sous-ministre Marc Dion part un mois d’avance à la retraite avec 33 000$ en poche et le ministre André Lamontagne réfute toute part de responsabilité.

Quel employé d’un ministère ou du réseau la santé, de l’éducation ou des services sociaux a envie de dénoncer une situation qui lui paraît incorrecte et potentiellement contraire à l’intérêt public après ça? 

Malgré les excuses fort bienvenues du premier ministre François Legault à l’agronome congédié, malgré les efforts de la protectrice du citoyen pour rétablir la confiance des employés et des citoyens dans la Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles l’égard des organismes publics et malgré la volonté exprimée par le président du Conseil du Trésor pour réviser dès l’automne et non seulement en 2020 cette loi, les Louis Robert ne risquent pas de se bousculer dans les ministères.

Des failles dans la protection des lanceurs d’alerte existent ailleurs qu’au MAPAQ, reconnaît la protectrice Marie Rinfret. Elle invite d’ailleurs les divulgateurs à frapper à sa porte.

Qui voudra en effet s’exposer à revivre les difficultés de Louis Robert, être pointé du doigt dans son milieu de travail et voir sa réputation ternie sur la place publique? 

Loyal à qui?

Il faut beaucoup de courage, de détermination et avoir un grand sens du bien commun pour signaler une situation qui peut s’avérer embarrassante pour soi, les collègues, les patrons et le gouvernement. 

Il y a conflits de loyauté pour certains. Loyauté envers le public ou loyauté envers son employeur et ses supérieurs hiérarchiques.

Des loyautés apparaissent plus payantes que d’autres. Du moins au MAPAQ.

Il y a des manquements de rigueur et de non-respect d’une loi qui ne portent pas à conséquence et qui ne risquent pas de freiner une progression de carrière. Du moins au MAPAQ.

C’est ce que retiendront probablement bon nombre de fonctionnaires et d’employés du secteur public. 

Et ce, même si la protectrice du citoyen a souligné en conférence de presse que les graves manquements constatés au MAPAQ sont des erreurs de bonne foi, de jugement, un «problème d’ordre structurel plus que des problèmes personnels». Les responsables ont perdu de vue le principal objectif de la loi qui est la protection du lanceur d’alerte, selon elle. 

Dans son rapport d’enquête, la protectrice écrit cependant que «le facteur de la nouveauté n’atténue en rien la portée des responsabilités d’une administration à l’égard d’une allégation d’acte répréhensible». 

Elle poursuit : «Au surplus, le fait d’être peu familier avec ce domaine doit plutôt inciter les personnes qui assument un nouveau rôle à se questionner, à se documenter et à développer une compétence à cet égard». 

L’examen des faits l’amène à conclure que l’appropriation de la loi et des directives du MAPAQ pour son application «n’a pas été faite avec rigueur par les autorités du MAPAQ et par les personnes les plus concernées par la mise en œuvre de la Loi».

Le député péquiste Sylvain Roy a parlé de «sabotage opérationnel». 

Les faiblesses de la loi sur la protection des lanceurs d’alerte sont en effet indéniables avec le traitement réservé à la divulgation de l’agronome Louis Robert qui dénonçait l’influence du lobby des pesticides dans la recherche publique.

La Loi facilitant la divulgation d’actes répréhensibles à l’égard des organismes publics a été adoptée seulement en 2017, bien que certains réclamaient une telle législation depuis 2009.

La commission d’enquête Charbonneau sur l’octroi et la gestion des contrats publics a forcé le gouvernement libéral de Philippe Couillard à agir. Un premier pas a été franchi mais manifestement, il en faudra d’autres de la part du gouvernement de François Legault. 

Depuis le dépôt du rapport spécial de la protectrice du citoyen, le gouvernement caquiste manifeste la volonté d’apporter les correctifs nécessaires.

Il est souhaité que cette détermination demeure ferme et que le message descende et passe bien dans toute la machine administrative.

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Hydro: plus que le client en demande

CHRONIQUE / La grogne des consommateurs d’électricité et des électeurs qui se sentaient floués par la Coalition avenir Québec a fait plier le gouvernement Legault. Une grande victoire pour les clients d’Hydro et les électeurs? On verra dans cinq ans qui en sortira vraiment gagnant.

Évidemment, tout le monde aime payer le plus bas et le plus juste prix possible pour un service. Les caquistes feront donc de nombreux heureux avec l’annonce de mercredi. Hydro sera aussi ravie que Québec éloigne le regard de la Régie de l’énergie. 

Mais un gel tarifaire en 2020 et une augmentation limitée à l’inflation entre 2021 et 2024, est-ce vraiment une si bonne affaire et un si bon signal à envoyer aux Québécois énergivores et aux clients potentiels hors Québec?

L’analyste en énergie Jean-François Blain rappelait mardi sur les ondes de Radio-Canada que l’augmentation des tarifs d’Hydro avait été bien moindre que le taux d’inflation au cours des dernières années. Les abonnés ont connu des hausses de 0,3, 0,7 et 0,9 %. 

Pierre-Olivier Pineau, de la Chaire de gestion du secteur de l’énergie de HEC Montréal, a formulé une observation similaire dans divers médias.

Dans un communiqué, Hydro indique également que depuis près de 60 ans, «la croissance des tarifs équivaut à l’inflation». La Régie y veillait. 

L’expérience passée, en matière d’énergie ou autre, montre par ailleurs que les consommateurs peuvent faire les frais d’un gel tarifaire ou d’une sous-évaluation du coût d’un service. Un jour, ils doivent forcément passer à la caisse.

D’autant plus que les abonnés Hydro-Québec ne paient pas seulement pour l’énergie qu’ils consomment.

Par le biais de leur facture d’Hydro, ils assument aussi une part du coût du développement économique de certaines régions du Québec et les choix politiques de leurs élus.

Si un gouvernement veut qu’Hydro achète des blocs d’énergie d’autres sources (éolien, biomasse, petites centrales hydroélectriques), la société d’État s’exécute même si elle a des surplus d’énergie et même si cela peut influencer à la hausse la note de ses clients. 

Cette situation ne changera pas avec le gouvernement de François Legault qui manifestement n’hésitera pas à utiliser Hydro à des fins partisanes. Le dépôt du projet de loi 34 en est la preuve. 

Au-delà des trop-perçus

«Aujourd’hui, notre gouvernement démontre qu’il est à l’écoute de la population en faisant en sorte que, dès le début de 2020, de l’argent sera remis dans les poches des consommateurs. Le premier ministre a été clair en affirmant qu’il souhaitait une solution qui offrirait une tarification prévisible et transparente, basée sur le taux d’inflation, et c’est justement ce que le projet de loi que j’ai déposé ce matin en chambre vient faire», a soutenu le ministre de l’Énergie et des Ressources naturelles, Jonatan Julien.

Son projet de loi 34, Loi visant à simplifier le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité, pourrait aussi s’intituler Loi visant à «politiser davantage» le processus d’établissement des tarifs de distribution d’électricité.

Le ministre Julien en donne plus que le client en demande avec son projet de loi. 

En se libérant du dossier des trop-perçus pour ne pas le traîner comme un boulet, le gouvernement caquiste en profite pour changer les règles du jeu avec la Régie de l’énergie et Hydro. Il va au-delà des écarts de rendement. Il déleste la Régie de certaines responsabilités. Les tarifs seront fixés pour cinq ans et non année après année. 

Bien des reproches ont été formulés par le passé à l’égard de la Régie de l’énergie, notamment par l’Union des consommateurs et la Fédération canadienne des contribuables. 

Encore hier, le porte-parole québécois de la Fédération, Renaud Brossard, soutenait en entrevue que la Régie a fait preuve de nonchalance avec les trop-perçus et qu’elle ne joue pas son rôle de protection des consommateurs. Il préfère tenir le gouvernement imputable de la tarification. 

Le mandat de la Régie ne se résume cependant pas à la protection des consommateurs. Son rôle d’organisme de réglementation est d’assurer la conciliation entre l’intérêt public, la protection des consommateurs et le traitement équitable du distributeur et du transporteur d’électricité. La Vérificatrice générale le rappelait dans son rapport de mai 2018 portant sur l’établissement des tarifs d’électricité d’Hydro-Québec.

Replonger dans ce rapport permet de constater que les consommateurs d’électricité du Québec s’en tirent fort bien si on les compare à ceux de la Colombie-Britannique ou de l’Ontario. 

La hausse moyenne annuelle du prix de l’électricité a été de 1,4 % au Québec entre 2002 et 2017. Durant la même période, elle a été de 3,7 % en Ontario et de 4,6 % en Colombie-Britannique.

Au 1er avril 2018, les tarifs d’électricité résidentiels moyens étaient 49 % plus élevés pour les clients de BC Hydro par rapport à ceux d’Hydro-Québec, et 79 % plus élevés pour ceux d’Hydro One.

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Une carotte, un médecin de famille

CHRONIQUE / Docteur, aimez-vous les carottes? La ministre de la Santé, Danielle McCann, et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec en proposent pour 46 millions $ aux médecins qui prendront plus de patients en charge. Souhaitons que cette fois-ci, la recette retenue soit également digeste pour les malades et les contribuables.

Ce n’est pas la première fois que le gouvernement québécois sort le chéquier et le plat d’incitatifs financiers pour influencer le comportement des médecins et les inciter à recevoir plus de patients dans leur cabinet. 

Les résultats ont été jusqu’à maintenant plutôt mitigés. Les patients orphelins de médecin de famille se comptent encore par milliers et même ceux qui en possèdent un, n’y ont pas toujours accès rapidement.

En 2015, la Vérificatrice générale avait exposé dans un rapport que le ministère de la Santé et la Régie de l’assurance maladie du Québec (RAMQ) exerçaient un suivi peu serré des sommes versées aux médecins et de l’efficacité des mesures incitatives. À la fin de 2018, la Vérificatrice notait certes des améliorations, mais relevait encore certaines lacunes dans les façons de faire de la RAMQ. 

Est-ce que l’approche retenue par la ministre McCann et la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec (FMOQ) sera plus bénéfique pour les patients?

Les 46 millions $ auraient pu être versés à tous les médecins en haussant le montant accordé pour une consultation. «Les médecins auraient pu toucher les 46 millions $ sans rien faire de plus», explique le président de la FMOQ, le DLouis Godin. Il dit que la FMOQ a préféré donner plus de services à la population avec cette somme déjà prévue dans l’entente convenue avec le gouvernement libéral. 

La ministre de la Santé estime que l’incitatif financier de 10 $ par dossier — 7500 $ par année de plus pour un médecin qui aura plus de 750 patients inscrits et 15 000 $ pour celui qui en comptera plus de 1000 — permettra à 175 000 Québécois d’avoir enfin un médecin de famille. 

Vraiment? 

Si un médecin gagne déjà 240 000 $ par année, un supplément de 7500 $ va-t-il vraiment le convaincre de prendre trois patients de plus s’il en a déjà 747, ou 250 malades de plus s’il traite présentement 500 patients? 

S’il a toujours l’obligation de consacrer du temps de pratique à l’hôpital ou au centre d’hébergement et de soins de longue durée, s’il préfère cette pratique à celle au cabinet, un médecin sera-t-il vraiment enclin à inscrire des patients supplémentaires pour 7500 $ de plus? Jugera-t-il que sa tâche est déjà bien assez lourde, que sa paye est déjà suffisante, qu’il préfère avoir plus de temps pour lui et sa famille?

Les critiques des médecins ont été virulentes lorsque Gaétan Barrette, l’ancien ministre de la Santé et ancien président de la Fédération des médecins spécialistes, a voulu leur imposer des quotas de patients pour diminuer le nombre de malades orphelins de médecins de famille. Ils ont dénoncé cette «médecine à la McDo». 

En brandissant d’abord la carotte plutôt que le bâton comme le faisait son prédécesseur libéral, Mme McCann connaîtra-t-elle plus de succès? Le gouvernement de François Legault pourra-t-il se présenter devant l’électorat en disant qu’il a accru l’accès aux soins de première ligne?

Louis Godin rappelle qu’en bonifiant il y a trois ans et demi la rémunération des médecins qui avaient plus de 500 patients, plus d’un million de personnes ont été prises en charge par un médecin de famille. Le président admet toutefois que l’incitatif était plus important que celui mis actuellement sur la table. 

Même s’il est persuadé que l’objectif de 175 000 nouveaux patients inscrits sera atteint, il ne veut toutefois pas d’un thermomètre public pour suivre la progression. «Ce n’est pas une campagne de Centraide. Ce n’est pas une campagne de souscription». 

Le Dr Godin estime que les données de la RAMQ permettent de suivre au quotidien les résultats et qu’il n’est pas nécessaire que les partis politiques s’interpellent de façon partisane pour savoir si la cible de nouveaux patients inscrits est atteinte ou non.

Les relations sont harmonieuses jusqu’à maintenant entre la ministre McCann et le «syndicat» des médecins omnipraticiens. Les parties entameront toutefois sous peu des travaux afin de mettre en place un nouveau mode de rémunération des médecins. Ce n’est pas une «petite affaire», selon M. Godin.

Les deux parties s’entendant pour apporter des changements, mais le sujet demeure délicat et complexe. Quelle sera la part de la rémunération à l’acte, de la capitation, du salariat dans le futur modèle québécois? Le président Godin ne s’avance pas sur ce qu’il considère le modèle idéal. Il juge toutefois que l’Ontario consacre une faible proportion — 15 % — à la rémunération à l’acte. Au Québec, c’est de l’ordre de 70 %. La capitation représente environ 30 % de la rémunération des médecins. 

En 2009, le Commissaire à la santé et au bien-être invitait Québec à revoir le mode de rémunération des médecins, estimant qu’une mixité de modalités (capitation, à l’acte, salariat) favorisait l’interdisciplinarité, notamment avec les infirmières. 

Le Québec se met enfin au travail. Comme il a enfin décidé de faire appel davantage aux infirmières praticiennes spécialisées, comme le font d’autres provinces depuis des années, pour améliorer l’accès à des soins. Il y a de l’espoir.

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Modèle de base et école publique

CHRONIQUE / Le système scolaire public s’apparente de plus en plus à l’achat d’un «char». Les moins fortunés doivent se contenter du modèle de base alors que les mieux nantis ont plusieurs options et le choix du modèle qui pourra les conduire plus loin.

Le gouvernement Legault aime dire qu’il poursuit le travail amorcé dans les années 1960 par la commission Parent avec son projet de loi sur la laïcité.

Dommage qu’avec son projet de loi 12 sur les frais scolaires, il ne manifeste pas le même souci de poursuivre, voire de préserver, le volet majeur du rapport Parent : la gratuité scolaire et la démocratisation de l’accès à l’éducation.

«Réparons le système et offrons ce qu’il y a de mieux à nos enfants», a dit cette semaine à l’Assemblée nationale le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge. 

L’affirmation du ministre est trompeuse.

Lui et son gouvernement acceptent que des élèves aient accès à l’école publique à des programmes stimulants (sports, arts, langues, informatique, éducation internationale) parce que leurs parents ont les moyens de payer les centaines de dollars exigés, tandis que des milliers d’autres enfants ont accès uniquement aux services de base, à la classe «ordinaire». 

«Le droit à la gratuité, là, c’est les matières de base, c’est les services particuliers, c’est tout ce qu’il faut pour amener nos jeunes qui ont soit de la douance, soit une facilité normale ou soit des difficultés, des besoins particuliers, de donner 100 % des services professionnels pour que chaque jeune aille au bout de son potentiel. C’est ça notre mission», a soutenu le ministre.

Le portrait est incomplet. 

Dans une même école publique, d’autres enfants ont tout ça et plus encore, et seulement du fait que leurs parents peuvent assumer une facture qui va au-delà des fournitures scolaires.

Sans aller jusqu’à payer un programme de sports équestres à 10 000 $ par année à tout le monde, le Québec doit rétablir l’équité dans le système scolaire public et ce n’est pas en ajoutant des activités parascolaires et deux sorties culturelles gratuites par année qu’il y parviendra. 

Il coûterait des centaines de millions de dollars pour financer la gratuité et les crédits ne permettent pas de financer cette gratuité, a indiqué le ministre Roberge.

Son gouvernement a pourtant trouvé des crédits pour compenser les commissions scolaires qui perdront des centaines de millions de dollars chaque année, et ce parce que la CAQ a promis de réduire les comptes de taxes scolaires en uniformisant le taux de taxation à celui le plus bas existant au Québec.

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse a signalé au ministre les brèches que comporte son projet de loi en regard de droit à l’instruction publique gratuite et à l’exercice de ce droit sans discrimination pour les enfants en situation de pauvreté. La Commission a rappelé la mise en garde formulée en 2007. 

Frais illégaux et vice caché

En vain. Même si le ministre lui-même a reconnu qu’il était illégal d’imposer des frais aux parents pour des programmes particuliers et qu’il s’agissait en quelque sorte d’un «vice caché» par les gouvernements précédents, il ne corrige pas le tir et ne voit pas la nécessité de contrer la ségrégation scolaire et l’école publique à deux vitesses.

M. Roberge estime que l’entente conclue entre les commissions scolaires et les parents qui les poursuivaient pour des frais en trop — 153 millions $ — préserve le milieu scolaire d’un autre recours du genre devant les tribunaux. Le but de son projet de loi est aussi de ne pas exposer les commissions scolaires à un autre recours collectif. 

C’est à suivre. Apprenant que le ministère savait que réclamer des frais pour les programmes pédagogiques particuliers était illégal, un père dont le fils a suivi un programme de sport-études-hockey a déposé cette semaine une demande d’action collective au palais de justice de Montréal.

Il est désolant de voir que le gouvernement se limite à réduire la facture des frais scolaires plutôt que de favoriser une véritable égalité des chances. 

Au secondaire, les élèves qui fréquentent une école privée ou un programme particulier dans une école publique ont deux fois plus de chances d’accéder au cégep, et respectivement neuf fois et six fois plus de chances d’aller à l’université que ceux inscrits à une école «ordinaire» publique. C’est le rappel que faisait en janvier le professeur Égide Royer, de l’Université Laval.

Le ministre soutient que son projet de loi a été rédigé en suivant trois principes : la clarté, l’équité et l’accessibilité. 

«L’accessibilité, parce qu’avec l’adoption de ce projet de loi là il y aura plus de gratuité qu’avant, et nos écoles seront plus accessibles. Il y aura moins de frais qui seront chargés aux parents». 

«Plus de gratuité qu’avant» pour l’école qui est obligatoire jusqu’à 16 ans ne rend pas les programmes d’éducation internationale, de sports, de langues, d’informatique, de science ou de musique plus accessibles aux enfants de familles moins nanties financièrement.

«[…] les jeunes aiment ces parcours particuliers, les enseignants les aiment, les parents les demandent», disait mardi le ministre. Il a raison.

C’est d’ailleurs pourquoi plusieurs élèves et leurs parents les préféraient au modèle de base.

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Préposés: c’est raisonnable 13 $ l’heure?

CHRONIQUE / François Legault n’hésite pas à critiquer les salariés qui gagnent trop. Il pointe du doigt les syndiqués de l’Aluminerie de Bécancour et les employés municipaux. Quand va-t-il se préoccuper de ceux qui ne gagnent pas assez, comme les préposés aux bénéficiaires, payés entre 13 et 15 $ l’heure pour prendre soin des personnes âgées?

Le premier ministre trouve-t-il raisonnable que les femmes et les hommes qui lèvent, lavent, habillent, nourrissent et mettent au lit les aînés ou les personnes non autonomes touchent entre 13 et 15 $ l’heure dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement, et 21 $ l’heure dans des centres d’hébergement de soins de longue durée publics?

Son gouvernement aura à négocier le renouvellement des conventions collectives qui viennent à échéance au printemps prochain dans le réseau public. 

Il aura l’occasion d’envoyer un premier signal sur la valeur qu’il accorde au travail des préposés aux bénéficiaires à l’emploi des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et des hôpitaux. 

Le gouvernement peut-il espérer attirer et retenir cette main-d’œuvre indispensable au bien-être des personnes âgées en les payant autour de 20 $ l’heure, alors que les gens qui placent des bouteilles sur les tablettes de la Société des alcools touchent tout autant? 

S’il veut mieux traiter les personnes âgées, le travail du gouvernement caquiste ne peut toutefois s’arrêter à la bonification des conditions de travail des employés du secteur public. Il doit également envoyer un signal clair au secteur privé qui accueille des milliers d’aînés vulnérables et en perte d’autonomie. 

Pour que les personnes âgées, semi ou non autonomes hébergées dans des résidences privées ou des ressources intermédiaires puissent aussi recevoir des services par du personnel qualifié qui ne change pas toutes les semaines, il faut également que Québec s’assure que les conditions de travail y sont à la hauteur. 

Besoin du privé

Le secteur public ne peut accueillir et créer de nouvelles places pour toutes les personnes âgées qui seront de plus en plus nombreuses à requérir des services. Le Québec doit compter sur des résidences privées ou des ressources intermédiaires d’hébergement. 

Le député péquiste Harold Lebel l’a bien rappelé mardi en conférence de presse. «On a besoin des résidences privées. [...] Le public n’arrivera pas à offrir de la place pour tous les aînés.»

Si le Québec veut éviter de se retrouver avec un système à deux vitesses, il presse d’agir. Se fier sur du cheap labor dans le privé pour prendre soin de nos personnes âgées n’est pas une option pour faire face au vieillissement de la population. 

Mardi, le Parti québécois, Québec solidaire et le syndicat des Teamsters ont réclamé que Québec adopte un décret pour que les conditions de travail des salariés qui travaillent auprès des aînés soient équivalentes dans le secteur privé et le secteur public.

Est-ce la meilleure formule pour pallier la rareté de main-d’œuvre qui frappe l’un et l’autre? Cela reste à voir.

L’Association des ressources intermédiaires d’hébergement du Québec approuverait l’idée du décret. Celle-ci a eu du mal en 2016 à convaincre l’ancien ministre Gaétan Barrette de la nécessité de réduire l’écart entre le privé et le public. 

En mars, la Presse canadienne faisait état d’un syndicat de la FTQ qui avait réussi à négocier une hausse de 4,48 $ l’heure dans des résidences privées et à se rapprocher ainsi des conditions offertes dans le réseau public. 

Une chose est certaine, le statu quo est intenable. Et ce n’est pas le dernier comité mis en place par la ministre Marguerite Blais pour développer une nouvelle approche pour l’hébergement et les soins de longue durée qui règlera le problème et fera apparaître par magie du personnel avant 2021. Le temps est à l’action et non au surplace, comme le souligne le Réseau FADOQ, déçu de la mise sur pied d’un autre comité alors que l’action s’impose.

«Si les conditions de vie sont plus agréables pour les résidents, vous ne pensez pas que ça va être plus agréable pour le personnel?» a répondu mardi la ministre à une question des médias. Un petit sac de peppermint avec ça? 

Si le gouvernement et la société veulent des milieux de vie plus accueillants afin que les aînés se sentent comme à la maison, il ne peut éluder la question de la main-d’œuvre.

Le premier ministre Legault ne se gêne pas pour intervenir dans le renouvellement des conventions collectives du secteur privé ou des municipalités.

La semaine dernière, il a rappelé aux maires que leurs employés gagnent en moyenne 30 % de plus que les employés de l’État.

Le chef caquiste est toutefois demeuré muet sur le fait que certains salaires payés dans le secteur public ne font plus le poids avec le privé et la fonction publique fédérale, et prive ainsi le gouvernement québécois d’une précieuse expertise.

Au syndicat représentant les salariés d’ABI en lock-out depuis des mois, M. Legault a demandé d’être raisonnable. Selon lui, il ne faut pas risquer de perdre des emplois à 92 000 $ par année. 

Il y a des risques aussi à laisser nos personnes âgées vulnérables aux mains d’une main-d’œuvre changeante, non qualifiée et mal payée. Ce serait apprécié que le premier ministre s’en préoccupe.

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Maltraitance: un problème majeur de santé publique

CHRONIQUE / «Protéger les enfants, c’est le travail le plus difficile qui soit», estime le Dr Jean Labbé. Il trouve le public bien sévère à l’égard de la Direction de la protection de la jeunesse (DPJ), accusée à la fois d’en faire trop et trop peu. «Personne ne s’intéresse aux milliers de cas où la DPJ réussit».

L’homme sait de quoi il parle. Il a travaillé pendant 37 ans comme pédiatre consultant en protection de l’enfance. 

M. Labbé a été notamment cofondateur, en 1976, de la première clinique de protection des enfants, au CHUL, à Québec. Il a été consulté pour l’élaboration de la Loi sur la protection de la jeunesse, en vigueur depuis 1979 et par la suite, lors des modifications apportées à celle-ci. Il a également reçu le prix Victor-Marchessault de défense des enfants de la Société canadienne de pédiatrie.

Retraité depuis 2013, le pédiatre et professeur émérite de la Faculté de médecine de l’Université Laval est également auteur du livre «La maltraitance des enfants en Occident. Une histoire d’hier à aujourd’hui», publié en début d’année aux Presses de l’Université Laval et diffusé sous peu en France, par les Éditions Hermann. Comme bon nombre de Québécois, le Dr Labbé se sent interpelé par la mort tragique de la fillette de 7 ans de Granby. Il se garde bien toutefois de porter un jugement, de pointer un ou des coupables dans ce dossier. 

D’expérience, il sait que les histoires de familles en difficulté et de DPJ sont beaucoup plus complexes que le public le croit ou peut même l’imaginer. Les quatre enquêtes en cours permettront, selon lui, d’exposer les faits, de poser les bons diagnostics et d’éviter, autant que faire se peut, qu’un tel drame se reproduise.

Conséquences d’un problème majeur 

Le spécialiste indique que la maltraitance est un problème de santé publique majeur. «Si un nouveau virus apparaissait et causait autant de décès, de blessures et de conséquences physiques et psychologiques que la maltraitance, les gens réagiraient pour faire des recherches, pour essayer de trouver des façons de régler le problème, pour trouver un remède, un vaccin. On se dirait “tabarnouche, ça n’a pas de sens”».

Il soutient qu’il faudrait accepter collectivement d’investir suffisamment dans la protection de l’enfance, comme on le ferait pour combattre un virus.

Selon la définition et les critères retenus dans différentes recherches, la maltraitance touche entre une personne sur trois, une personne sur huit. C’est dire l’impact de ces mauvais départs, de ces enfances volées. «Ça détruit des vies».

Le pédiatre Labbé rapporte qu’une étude américaine a révélé que les enfants maltraités avaient plus de problèmes de santé physique que les autres à l’âge adulte. 

S’ajoutent les problèmes psychologiques et relationnels des victimes. Qui plus est, le tiers des enfants maltraités maltraiteront à leur tour leur progéniture.

Dès sa quatrième année en médecine, l’étudiant Labbé a constaté et réalisé les ravages de la maltraitance lors d’un stage en psychiatrie adulte. Les mauvais traitements physiques et psychologiques dans l’enfance étaient bien souvent à l’origine des problèmes psychiatriques des patients.

Avant de sabrer dans les budgets ou de réorganiser les services de protection à l’enfance, il faut donc y penser deux fois. Les conséquences sont multiples et importantes.

Jeudi, jour des funérailles de la fillette de Granby, le premier ministre François Legault a affirmé que des sommes supplémentaires seront ajoutées à celles prévues au dernier budget si cela s’avère nécessaire. Comme le veut la formule caquiste : on verra.

Le Dr Labbé est pour sa part confiant. L’indignation a été à ce point forte après la mort de l’enfant de l’Estrie qu’il croit que cette fois-ci, le Québec n’a pas le choix de scruter le fonctionnement du système et de corriger ses failles. Les résultats des enquêtes rappelleront la société et les élus à leurs devoirs.

Le professeur émérite ne voit pas la nécessité de revoir le contenu de la Loi sur la protection de la jeunesse. Quand il compare la législation des États-Unis, de l’Angleterre ou de la France, il juge que le Québec a une bonne loi. C’est son application qui pose de plus en plus problème.

Le Dr Labbé s’inquiète du surcroît de travail des intervenants, du manque de ressources, des modes de gestion qui mettent de côté l’approche humaine, pourtant essentielle pour qui intervient auprès d’enfants et de familles en difficulté.

Il faudrait selon lui valoriser davantage le travail des intervenants en protection de la jeunesse, améliorer leurs conditions de travail et s’assurer que la DPJ leur offre la formation et le soutien nécessaire pour accomplir leur travail qui s’exerce jour après jour dans des contextes difficiles.

Il verrait d’un bon œil que Québec instaure dans les grandes villes des services intégrés en abus et maltraitance (SIAM) où travailleurs sociaux, médecins, policiers et procureurs travaillent en collaboration dans un même lieu afin de soutenir les enfants et leur famille. La Capitale-Nationale est dotée d’un SIAM depuis l’an dernier. 

Le pédiatre pense aussi qu’il faut agir en amont. «La DPJ, c’est le recours ultime quand rien n’a marché avant. […] En coupant dans les CLSC, on s’est peut-être coupé l’herbe sous le pied», avance-t-il. 

Selon lui, l’école pourrait même être mise à contribution dans un but préventif, en parlant aux élèves des méthodes éducatives et des dangers de secouer un enfant. 

Pas le droit à l’erreur

Au cours de sa vie professionnelle, le pédiatre a été confronté à des situations épouvantables, atroces. Des cas l’ont empêché de dormir. Heureusement, il n’a pas la mort d’une petite victime sur la conscience.

Il admet par ailleurs que des soupçons de maltraitance se sont révélés non fondés après une investigation plus poussée. «Ce n’est pas facile de déterminer s’il y a maltraitance ou non. C’est une lourde responsabilité. La DPJ attend le verdict. L’erreur n’est pas permise».

Dans son livre, il démontre que protéger les enfants peut s’avérer une mission à haut risque. «De nos jours, les intervenants des services de protection craignent toujours de rater quelque chose et qu’il en découle une tragédie».

Les intervenants, écrit-il avec des exemples en appui, «risquent d’être blâmés pour ne pas avoir su protéger un enfant ou pour avoir harcelé des parents innocents». 

L’erreur n’est pas permise, bien qu’il demeure toujours une partie imprévisible dans le comportement humain. 

Chronique

Égalité des sexes et tampons gratuits

CHRONIQUE / Si le gouvernement Trudeau cherche des occasions d’être utile dans la vie quotidienne des femmes, s’il veut promouvoir l’égalité entre les sexes, il aurait intérêt à s’attarder ailleurs que dans les toilettes des milieux de travail.

Ottawa mène une consultation jusqu’au 2 juillet pour savoir si les ministères, les sociétés d’État, les banques, les compagnies aériennes ou de chemin de fer, les ports, et les entreprises privées sous réglementation fédérale devraient fournir gratuitement des tampons et des serviettes hygiéniques à leurs employées.

«Tenir une conversation ouverte et honnête à propos des menstruations, et offrir aux femmes et aux employés les produits dont ils ont besoin fait partie de notre plan visant à assurer l’égalité des sexes et à favoriser des milieux de travail sains et sécuritaires», indiquait vendredi la ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et du Travail, Patty Hajdu, dans le communiqué annonçant que son gouvernement propose des produits menstruels gratuits pour «appuyer l’égalité en milieu de travail». 

À rire ou à pleurer?

Des tampons gratuits et l’équité salariale est atteinte, la discrimination fondée sur le sexe est éliminée, les milieux de travail deviennent sains et sécuritaires. 

Emploi et Développement social Canada parle aussi du «fardeau financier assumé exclusivement par les employées qui ont leurs menstruations», de la «perturbation» de la vie quotidienne au travail de celles prisent par surprise par leurs menstruations.

«Les produits menstruels, comme les serviettes hygiéniques et les tampons, sont essentiels à la santé des femmes et des autres employés utilisateurs, car ils leur permettent de participer pleinement à leur travail et à la société», mentionne également le communiqué de la ministre Hajdu.  

Ottawa croit aussi que la productivité au travail sera accrue et la stigmatisation associée aux menstruations réduite si les produits menstruels sont disponibles gratuitement dans les milieux de travail, comme le sont le savon, le papier hygiénique et les essuie-mains, et comme le prévoit le Code canadien du travail.

Selon la ministre Mélanie Joly, la mesure préconisée par son gouvernement devrait s’étendre dans tous les gouvernements à travers le pays.

Mieux à faire

Les ministres fédéraux et leurs fonctionnaires n’ont-ils rien de mieux à faire, des dossiers plus porteurs à promouvoir dans l’intérêt des femmes canadiennes, jeunes ou âgées, actives ou non sur le marché du travail, pauvres ou de la classe moyenne, employées d’entreprises de compétence fédérale ou non? 

Le dernier rapport du Vérificateur général pourrait inspirer et guider les libéraux s’ils se cherchent du travail et de bonnes causes. Le Bloc québécois suggère de son côté aux libéraux de régler d’abord les problèmes de paye liés au système Phénix. 

Le bureau du Vérificateur général a constaté que les agentes et les agents de la Gendarmerie royale du Canada n’ont pas toujours eu à leur disposition les gilets pare-balles rigides et les carabines dont ils avaient besoin pour se protéger et protéger le public.  

Il relève également que la moitié des 16 millions de personnes — bien des femmes sûrement dans le lot — qui ont voulu joindre un agent dans les centres d’appels d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada, d’assurance-emploi, de Sécurité de la vieillesse et du Régime de pensions du Canada en ont été incapables. Elles ont été dirigées vers un site Web ou vers un système de menus enregistrés.  

Une partie du rapport du Vérificateur porte aussi sur les 169 millions $ de revenus perdus par Ottawa parce que le gouvernement refuse d’adapter la fiscalité à la réalité du commerce en ligne et de percevoir des taxes auprès de fournisseurs étrangers de services numériques.

Ces millions de dollars seraient utiles pour assainir les finances publiques, pour soutenir des programmes, notamment ceux visant à assurer la santé et la sécurité des femmes, ainsi que l’égalité des genres.

Mais non, le gouvernement libéral préfère s’activer ailleurs. 

C’est une chose et c’est essentiel qu’un gouvernement prenne des actions pour assurer l’égalité entre les hommes et les femmes. C’en est une autre de prétendre que fournir gratuitement tampons, serviettes et coupes menstruelles est une «question d’égalité des genres», comme le dit Justin Trudeau. 

Les libéraux tentent d’acheter le vote des femmes avec des tampons, soutient le député Maxime Bernier. 

C’est une insulte à l’intelligence. Après des frigos et des bouts de route, des tampons?   

Chronique

L’adresse de Marguerite Blais-Poppins

CHRONIQUE / Marguerite Blais — Mary Poppins pour la critique libérale — et son chef François Legault se sont-ils fourvoyés dans leur formule magique de campagne électorale? D’ici la fin de leur mandat, les 2600 places d’hébergement promises pour les aînés seront surtout créées dans des centres d’hébergement de soins de longue durée (CHSLD) et non dans les maisons des aînés qu’ils faisaient miroiter.

L’opposition dira, c’est déjà commencé, que le gouvernement de François Legault ne tient pas ses engagements. Elle verra dans le projet des maisons des aînés un autre exemple de l’improvisation caquiste. Le parti livrera 500 places dans les maisons des aînés et non pas 2600. 

Personnellement, je préfère un gouvernement qui s’adapte à la réalité et aux contraintes existantes plutôt qu’un gouvernement qui s’entête à livrer à tout prix la marchandise promise même si celle-ci ne correspond pas aux besoins les plus urgents des personnes âgées et de leurs proches. 

À la veille des élections, je doute que des citoyens reprochent et traquent les caquistes parce qu’ils n’ont pas construit 30 maisons des aînés. Si leurs vieux parents reçoivent enfin des soins et des services de qualité à domicile, au CHSLD, dans une rare maison des aînés ou dans une résidence privée, et si leurs proches sont traités chaque jour avec respect et dignité, ils seront ravis et soulagés. Ils se diront qu’enfin, le Québec ajuste ses services au vieillissement de sa population. 

Quand le réseau de la santé manque cruellement de bras, notamment pour bien prendre soin des aînés, vaut mieux d’abord mettre ses énergies et ses ressources financières dans l’humain plutôt que dans la brique et le béton.

Une personne âgée et malade a beau se retrouver dans une chambre plus spacieuse, lumineuse et climatisée, avoir accès à une cuisine à aire ouverte et à une cour verdoyante, si elle doit attendre des heures pour faire changer sa couche souillée, si elle n’obtient pas d’aide pour se nourrir, se laver et se vêtir et si elle est confinée dans son lit et dans la solitude faute de personnel, nous ne sommes guère plus avancés.

La ministre responsable des Aînés et des Proches aidants, Marguerite Blais, a chiffré la semaine dernière en commission parlementaire sur les crédits les besoins en main-d’œuvre dans le réseau pour les cinq prochaines années. Soit 33 036 préposés aux bénéficiaires, 23 963 infirmières, 4068 auxiliaires, 656 pharmaciens et 895 psychologues.

Il serait utopique de penser qu’il suffit de créer de beaux milieux de travail ou de modifier leur appellation — maisons des aînés plutôt que CHSLD — pour attirer et retenir le personnel auprès des personnes âgées non autonomes.

Les conditions de travail doivent aussi être à la hauteur pour que des hommes et des femmes aient envie d’y travailler. Si le ratio patients-personnel demeure élevé et si les salaires sont trop bas pour la tâche exigée, les salariés iront ailleurs.

Répliquant la semaine dernière à la députée de Fabre la qualifiant de Mary Poppins, la ministre Blais a affirmé qu’elle aimé «beaucoup ça».  «[...] la Mary Poppins se promène partout à travers le Québec et la Mary Poppins va faire en sorte qu’il y ait 2600 nouvelles places au Québec pour bien héberger nos aînés et pour en prendre soin». C’est à suivre.

Soutien à domicile

La ministre Blais manifeste aussi une volonté de maintenir les personnes âgées près de leur milieu de vie au lieu de les déraciner pour les héberger dans de grands centres. 

Le Regroupement québécois des résidences pour aînés a lui aussi fait une tournée du Québec pour sensibiliser la population et les élus à la fermeture de centaines de résidences privées en région. Les propriétaires peinent à trouver du personnel, mais aussi, à répondre aux exigences et à la réglementation du gouvernement.

Marguerite Blais signalait vendredi dernier dans La Presse que Québec hausserait sous peu l’aide financière qu’il accorde aux propriétaires de ce type de résidences pour installer des gicleurs. Elle repousse aussi l’échéancier, mais ne baisse pas les exigences. C’est un bon signal. 

Le gouvernement Legault a également ajouté 280 millions $ pour le maintien à domicile. Sur ce point aussi il reste à faire pour répondre au désir des aînés en perte d’autonomie qui veulent demeurer à leur domicile le plus longtemps possible. Seulement la moitié des aînés qui ont besoin de services à domicile en reçoivent.

Même si des maisons des aînés poussent partout au Québec, le souhait des personnes aînées de rester «dans leur maison» ne s’estompera pas. 

Les caquistes parlent de changement de paradigme pour expliquer leur modèle de maisons des aînés. Le plus grand changement de paradigme serait de miser davantage sur les soins et le maintien à domicile, comme le fait notamment le Danemark.

Revoir le nom, l’architecture et la couleur des murs du lieu d’hébergement des aînés n’est pas le plus grand des chantiers d’un Québec vieillissant.

Chronique

Maternelles: au diable la dépense!

CHRONIQUE / Si un service s’avère six fois plus cher que prévu mais qu’il est possible d’obtenir un service similaire ailleurs, qui plus est, sans attendre quatre ans et sans frais exorbitants, la majorité d’entre nous sauterait sûrement sur l’occasion. François Legault et son ministre de l’Éducation refusent toutefois de suivre cette logique avec les maternelles 4 ans. Un entêtement coûteux qui ne fournit pas pour autant ce qu’il y a de mieux aux petits Québécois.

Depuis que La Presse a révélé que l’implantation des maternelles 4 ans serait beaucoup plus onéreuse que l’estimation de la Coalition avenir Québec en campagne électorale — 800 000 $ en moyenne $ par classe plutôt que 122 400 $ — le premier ministre et son ministre Jean-François Roberge tentent de justifier le coût de leur promesse.

«Le meilleur calcul qu’on peut avoir, c’est d’investir dans notre jeunesse, de leur donner toutes les chances de se rendre en première année avec une vraie égalité des chances», a soutenu M. Roberge, mercredi, à l’Assemblée nationale. 

La veille, le premier ministre avait affirmé : «On doit bien ça à nos enfants, 20 000 $ par année, pour être capable de leur offrir ce qu’il y a de mieux». François Legault estime que c’est le meilleur investissement à faire. «Il n’y a pas de compromis à faire de ce côté». 

Le politicien prend manifestement le dessus sur le comptable. La grille coûts-bénéfices est rangée bien loin depuis que M. Legault a déclaré au combat des chefs qu’il était prêt à démissionner s’il ne respectait pas sa promesse des maternelles 4 ans.

Le mieux pour les tout-petits

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il ne dilapide pas des fonds publics pour pouvoir dire qu’il a rempli un engagement électoral. 

Un gouvernement qui gaspille et qui fonce tête baissée ça risque de déplaire aux électeurs. 

«Ça coûte six fois plus cher pour en faire deux fois moins. Ça ne prend pas une formation de comptable pour se rendre compte que ça n’a pas d’allure. Les Québécois, eux, ils font attention à leur budget, ils veulent en avoir pour leur argent», a noté la députée solidaire Christine Labrie.

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il évite également de dédoubler des services, dans ce cas-ci, ceux offerts dans les centres de la petite enfance et autres services de garde éducatifs pour lesquels les contribuables paient déjà plus de 2 milliards $ par année.

Pas besoin de former le gouvernement pour détenir cette information. Québec investit depuis plus de 20 ans dans les services de garde, notamment dans le modèle des CPE envié dans d’autres provinces.

Le ministre signale que 20 000 enfants de quatre ans ne sont dans aucun service. Puisque la maternelle ne sera pas obligatoire, il existe sûrement des moyens moins coûteux que d’ouvrir en vitesse des classes partout pour rejoindre cette clientèle. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les jeunes, il intervient tôt, bien avant l’âge de quatre ans. Les caquistes le savent bien. Le ministre Lionel Carmant a élaboré un programme de dépistage précoce des troubles du développement. 

Pourquoi ne pas investir dans le dépistage, mais aussi massivement dans le suivi médical et professionnel des tout-petits de 0-5 ans plutôt que de créer rapidement et à prix élevés des maternelles 4 ans sans savoir si le personnel nécessaire sera disponible et si les enfants seront présents en grand nombre?

Le ministre de l’Éducation répète que 27 % des enfants de cinq ans entrent à la maternelle avec une vulnérabilité dans un des domaines globaux de développement. 

Si un gouvernement veut ce qu’il y a de mieux pour les enfants, il n’attend pas qu’ils atteignent l’âge de quatre ans pour combler ce retard. Une façon d’y parvenir est d’offrir des services de garde éducatifs de qualité.

Or, parfois au nom du libre choix des parents, parfois faute de volonté politique de créer davantage de places dans les CPE ou parfois par souci d’économies, les gouvernements précédents ont accordé trop peu d’importance à la qualité des services de garde subventionnés et non subventionnés pour lesquels les parents ont des crédits d’impôt.

Ce serait un bon investissement d’y voir enfin sérieusement. Ça aiderait sûrement des enfants à rentrer mieux outillés à l’école, à persévérer, à réussir, à ne pas décrocher.

Jean-François Roberge assure que le déploiement des maternelles 4 ans ne se réalisera pas au détriment des autres services. Il est difficile d’y croire. 

Québec devra verser aux commissions scolaires près de 1 milliard $ qu’elles ne toucheront plus en taxes scolaires. Le ministre des Finances a de son côté prévu une baisse de la croissance des dépenses en éducation à compter de 2020-2021, et ce, même si la clientèle est en hausse, même si le ministre de l’Éducation promet une hausse de la rémunération des enseignants en début de carrière et même si le gouvernement doit renouveler l’an prochain les conventions collectives de tout le personnel des écoles. 

Des besoins pressants existent ailleurs en éducation, en santé, en services sociaux, en protection de la jeunesse, en transports, en environnement. Et les fonds publics, faut-il vraiment le rappeler, ne sont pas sans limites.