Billie-Anne Leduc
Si les choses étaient en velours, on se ferait moins mal. Les arbres n’auraient pas froid. Pas d’insomnie, de bris, de sursaut. Tout serait calme comme un lac couvert de brume.
Si les choses étaient en velours, on se ferait moins mal. Les arbres n’auraient pas froid. Pas d’insomnie, de bris, de sursaut. Tout serait calme comme un lac couvert de brume.

Tendresse

CHRONIQUE / Il me vient une sensation : regarder les choses comme si elles étaient recouvertes de velours. Molles, invitantes à toucher, de couleur mauve, pourpre.

Regarder les choses comme si elles étaient royales, précieuses. Silencieuses — immenses à l’intérieur.

Je ferme les yeux lorsque je vois ma table de cuisine : elle est en velours. Bourgogne. Moelleuse. Ma table est recouverte d’un coussin et je la vois mieux. Je l’aime mieux. Ma cafetière à gauche est douce aussi, sortie d’un château.

Le trottoir : de velours. Ça me fait du bien ; c’est rassurant. Je ne peux pas m’y cogner et me faire mal. Ça ne peut pas être un choc dur contre mes os ; mes veines ne sont pas écrasées.

Mais mon objet de velours préféré, c’est mon cellulaire. Le coussin atténue la voix : on ne peut pas parler fort et m’agresser les tympans. Les cris ne traversent pas le petit duvet que j’ai mis sur l’écouteur. 

Si les choses étaient en velours, on se ferait moins mal. Les arbres n’auraient pas froid. Pas d’insomnie, de bris, de sursaut. Tout serait calme comme un lac couvert de brume.

Puis, une dame bête et méchante devant toi, et hop, tu la recouvres d’un tissu toutou. 

Le petit point plexus

Porter du velours fait transparaître la tendresse. 

Lorsqu’une personne porte un tissu doux, je la vois cette softness, ce petit être moelleux bien installé au fond du plexus solaire.

Le petit point plexus des gens est une entité invisible et ressentie, porteuse de chaleur et de picotements-chatouillis, qui surgissent à des moments aléatoires de la vie. Il y a une impression d’écartèlements, de va-vers-l’avant. 

C’est véritablement l’amour qui fait son nid.

Le petit point plexus est de l’air et de la liberté. Il a des narines comme deux nœuds dans un arbre. 

Ces nœuds sont au cœur, ils forment de petits ovales comme des œufs. Respirer par les nœuds les déroule. 

C’est véritablement une éclosion. 

Le petit point plexus prend du temps à croître. Il devient grand et accompagne la terre qui fait son tour. Le petit point plexus est une rose des vents. Il est au milieu des cyclones : l’œil de la tempête. Par bourrasques, il te communique sa sensation. 

Tourner les yeux vers son plexus solaire : englober le monde.

Cette tendresse-velours, c’est la petite douceur en chacun, bien souvent difficile à trouver, parfois tortueuse à voir. Ce n’est pas tout le monde qui est prêt pour elle. Pas tout le monde sait qu’elle est là. Le secret le mieux gardé du torse.

C’est, pour moi, la première chose que je vois.