Billie-Anne Leduc
Grand est mon souhait de pouvoir dialoguer aujourd’hui avec Virginia Woolf et de lui demander : et maintenant ? Les femmes peuvent-elles écrire (lire ici <em>vivre-avec-liberté</em>) ?
Grand est mon souhait de pouvoir dialoguer aujourd’hui avec Virginia Woolf et de lui demander : et maintenant ? Les femmes peuvent-elles écrire (lire ici <em>vivre-avec-liberté</em>) ?

Les femmes sont des miracles

CHRONIQUE / «  La femme a encore bien des spectres à vaincre, bien des préjugés à surmonter. Durant encore fort longtemps, sans doute, aucune femme ne pourra tenter d’écrire sans trouver devant elle un spectre ou un obstacle. » (Professions féminines, Virginia Woolf, 1942) 

Jamais je n’ai été aussi soulagée de dire « non » à Virginia Woolf (moi qui dis souvent oui à tout ce qu’elle a écrit), à ce discours qu’elle a prononcé en 1931.

Certes, un « non, mais ». Mais : une ouverture au progrès.

« Car il n’est pas grand besoin d’être psychologue pour s’assurer qu’une fille de grand talent, qui aurait tenté de s’adonner à la poésie, aurait été à tel point contrariée par les autres, torturée et tiraillée en tous sens par ses propres instincts, qu’elle aurait sans doute perdu santé et raison. » (Une chambre à soi, Virginia Woolf, 1929).

Grand est mon souhait de pouvoir dialoguer aujourd’hui avec Virginia Woolf et de lui demander : et maintenant ? Les femmes peuvent-elles écrire (lire ici vivre-avec-liberté) ?

Pour certaines femmes, à une certaine époque, l’écriture symbolisait un idéal intouchable, réservé à la haute sphère, soit celle des hommes.

L’écrivaine Lydie Salvayre, dans son livre Sept femmes (le plus bel hommage que j’ai lu sur l’âme féminine), parle de « sept folles », « sept allumées pour qui écrire est toute la vie. (“Tout, l’écriture exceptée, n’est rien”, déclare Tsvetaeva, la plus extrême de toutes.) Si bien que leur existence perd toute assise lorsque, pour des motifs divers, elles ne peuvent s’y vouer. Sept insensées qui, contre toute sagesse et contre toute raison, disent non à la meute des “loups régents”, qu’ils soient politiques, littéraires, ou les deux, et qui l’écrivent à leur façon. Les unes en hurlant, en claquant les portes, en arrachant les masques, et tant pis si la peau et la chair viennent avec […]. » (Sept femmes, Lydie Salvayre­, 2013)

Oui, folles. Et belles — des merveilles. Il faut nommer leurs noms, parce qu’elles n’ont pas besoin de pseudonymes masculins : Emily Brontë, Marina Tsvetaeva, Virginia Woolf, Colette, Sylvia Plath, Ingeborg Bachmann, Djuna Barnes. 

Redoutables êtres humains

Les femmes sont des miracles. Une chance sur deux de l’être.

Aussi deux chances sur deux de choisir de l’être.

Les femmes sont des merveilles.

La femme est une sensualité englobante, une sensation vivante.

La femme est une fleur. Qui éclot au rythme de ses pétales propres.

Elles savent chanter, elles comprennent le doux. Certaines sont pourvues d’une fureur veloutée, d’une rage profonde, d’autres encore parlent tout bas, certaines ont le regard solidaire.

Les femmes sont de redoutables êtres humains.

Leur vitalité les rend robustes, inestimables. 

Je louange leurs changements d’humeur (quelle platitude serait la vie...), leur beauté fine, leur intelligence démesurée (jusqu’au ciel), leur don d’amour, leur vision rayonnante, leurs vagues, leur boule de feu parfois là, parfois cachée. 

Merci aux femmes de ma vie, de la vie des autres, d’avoir gagné la course du dedans du ventre. Votre venue au monde est un cadeau, un infini de possibilités, un bassin d’avancements, une terre de découvertes, un flot de paroles, une panoplie de gestes doux.

Merci à votre folie sans laquelle mes consœurs et moi ne pourrions pas écrire.

Aujourd’hui, embrassez chaque pore de pétale de chaque femme. 

Enlacez leur corps, leur vie, murmurez-leur vos mercis.

Aujourd’hui, mettez-vous un peu de sève féministe dans le sang.

Monde, mettez au monde des femmes, des hommes qui aiment des femmes, des femmes-hommes-femmes. Mettez au monde.

On en a besoin.