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Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
Billie-Anne Leduc
<em>Leonardo Da Vinci, Mona Lisa. True version</em>, Svetlana Petrova
<em>Leonardo Da Vinci, Mona Lisa. True version</em>, Svetlana Petrova

Les chats

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CHRONIQUE/ Il y a la pandémie, mais au moins, il y a les chats.

Eux ne te donnent pas de regard de travers, d’amour faux ou de mensonges.

Les chats sont de petits acteurs du quotidien. Du matin au soir: ils sont là. Ils miaulent leur coming out. Ils font ce qu’ils veulent; ils existent pleinement.

Les chats sont de velours. Ils aiment les crayons et les fenêtres. Bref, ce sont des poètes. Ils regardent quelque chose - on ne sait pas quoi - des heures durant.

«Un romancier, c’est comme un chien: il se promène partout, il court, mais il ne voit rien. Le chat [analogie du poète], lui, ne bouge pas, mais il voit tout.» (Yvon Rivard)

Les chats se frottent corps et âme sur cette main tendue, quels que soient sa couleur, sa sècheresse, son genre et sa richesse. Tout ce qui les rend heureux, c’est une fenêtre - et un peu de thon.

Les chats sont là, maintenant. Ils ne pensent pas à cinq ans plus tard. «Cinq» et «plus tard» sont des notions inconnues. «Notion» même est inconnue. Ignorants bienheureux, la plus grosse tâche de leur journée est de se mettre propre. Eux-mêmes. Sans eau, sans compagnie se disputant le marché du savon. Sans pommeau de douche chromé, ni Drano.

Une boîte est pour eux un château. Une chambre de princesse, un condo sur le Plateau. Valeur ajoutée s’il y a des trous sur les côtés d’où gigote une ficelle.

Les chats sont le meilleur d’internet. Un antidote à l’anxiété. Leur ronronnement est une chanson douce, un bourdonnement-câlin. Leur pelage est noble et brillant: une cape de prince, méritant les caresses.

Imitation

Sur mon balcon, je tente de regarder comme regarde mon chat. Un oiseau se dégourdit les plumes et capte notre attention. Nous ne le quittons pas des yeux. Muscles tendus, mâchoires prêtes à claquer, paupières figées. Regard perçant - qui pourrait véritablement percer. L’oiseau ne se doute pas que deux regards le dévorent.

Respiration courte - presque morte. Ne pas bouger. Ne pas montrer notre présence. Inexister, l’espace d’un instant. Une invisibilité doit précéder le bond, l’intense «me voici».

Mon chat ne se doute pas que je l’imite. L’oiseau donne un coup d’aile, disparaît. Et avec lui l’espoir de mon chat d’en faire son dîner.

Je le flatte, félicite ses instincts. Et souris pour l’oiseau.