Billie-Anne Leduc
<em>Le Baiser de l'hôtel de ville</em>, photographie de Robert Doisneau publiée dans le magazine <em>Life</em>, 1950
<em>Le Baiser de l'hôtel de ville</em>, photographie de Robert Doisneau publiée dans le magazine <em>Life</em>, 1950

La bonté du journalisme

CHRONIQUE / En ces temps teintés d’incertitude, l’importance du journalisme positif se fait sentir. L’importance du regard bienveillant, de l’élan vers l’autre et de l’ouverture sur le monde à coup d’articles et de photographies de presse.

Depuis la pandémie, plusieurs sentiments de haine sont dirigés envers les médias - envers une profession.

D’où vient la haine ; pourquoi tant de cœurs noirs envers les rapporteurs d’information, envers ceux qui détaillent et archivent les jours qui passent, les événements qui se déroulent, les malheurs, certes, mais aussi les bonheurs des gens?

Parce que oui, le bonheur a une grande place dans le journal, quoiqu’en disent les verres-à-moitié-vides.

Des histoires et des gens

Depuis que je suis journaliste, j’aime faire dans le positif.

Des portraits d’hommes fabuleux, de femmes inspirantes, des voix d’enfants, des idées nobles et des accomplissements surhumains jonchent, chaque jour, les pages - numériques et papiers - des journaux de la CN2i et autres médias.

Faire valoir le maraîcher passionné, féliciter les exploits d'adolescents, encourager la relève, rendre hommage aux disparus.

Nous sommes gardiens du quotidien. Observateurs de comportements. Témoins du chaos. Défenseurs de vérités. Rapporteurs de faits. Raconteurs d’histoires vraies. Peintres de portraits.

Presque biographes.

« J’aime, non pas les gens, mais les âmes, non pas les événements, mais les destins. » (Vivre dans le feu, Marina Tsvetaeva, 2005)

Le journaliste est un nouveau poète. Comme le chat qui observe par le fenêtre on-ne-sait-quoi pendant des heures, le journaliste capte de ses yeux, de son expérience, de son verbe, de sa plume, les méandres de la vie.

Nous sommes des visages de l’information.

Pas mieux qu’un et pas pire que l’autre, nous respirons, vivons, marchons, ressentons.

J’entends parfois chez mes consœurs, confrères, un cri intérieur. J’entends des commentaires inappropriés, des opinions mal lancées.

Il y a, je le répète, un art de dire.

Une façon de débattre, un respect à avoir.

« Le journalisme nous révèle les petitesses des grands hommes, la grandeur des petites gens. Un manuel pratique de l’espèce humaine. » (Le Prix du souvenir, Jean-Marie Poirier, 1957)

Humains-médias

Mon travail, c’est retourner chaque pierre, dénicher l’humanisme, écouter les histoires de vie, compatir avec la souffrance.

Mon travail, c’est tourner des actions en mots, dépeindre des personnalités, ancrer dans le réel des rêves, faire connaître des perles.

Mon travail, c’est du journalisme positif.

Non, je n’ai pas des envies de propager la peur dans le monde.

Non, personne ne s’ingère dans mes reportages.

Non, les médias n’ont pas d’intentions secrètes et inavouables de dominer la planète.

Les médias, ce sont des humains.

Qui ont droit à l’erreur; qui ressentent lorsqu’on les insulte, les rabaisse, commente leur travail de façon péjorative et condescendante.

Les médias ont des cœurs.

Qui battent.

Les journalistes sont des humains, observateurs d’humains, empathiques d’humains.

Qui veulent votre bien.

Qui donnent une voix.

Peut-être une éducation, dès le jeune âge, serait-il nécessaire pour ne pas avoir peur, pour ne pas craindre ces tant-terribles médias. Ne pas avoir peur de parler d’humain à humain à un être écrivant, une personne qui se passionne d’ores et déjà de par sa profession pour toi, pour l’autre.

Peut-être devrions-nous voir le journalisme comme un art - féroce certes, mais un art.

Le journalisme peut être doux.