Billie-Anne Leduc
<em>Le Voyageur contemplant une mer de nuages</em>, tableau du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich
<em>Le Voyageur contemplant une mer de nuages</em>, tableau du peintre romantique allemand Caspar David Friedrich

Guérir du mur

CHRONIQUE / La vie, ça donne des murs, des stops, des coups. 

Après un choc, il faut se cicatriser.

Pour se guérir, il faut aller à la rencontre du mur, mourir, puis revenir. 

Il faut se dire let go — lâche tout. Puis tombe (vole). Sois. Lâche toutes tes prises parce que la chute tu l’as déjà eue. Ne reste qu’à aller par en haut.

Respirer les étoiles ; respirer les arbres. De jour et de nuit : être bien.

Écouter beaucoup de musique — puisque caresses. De jour comme de nuit : écouter. Laisser tout. S’immerger. Baigner dans tout, en laissant le corps flotter comme il veut, vers les rochers — les effleurer — vers les herbes hautes. On s’en va vers ; on s’y laisse porter. Voir l’horizon comme une non-ligne. 

Il faut préférer ce qui ne finit pas. 

On t’a imposé une fin — pas la tienne. Trouve l’infini qui t’est propre. 

La force de la douceur

Aime les choses qu’on dit petites : sentir les racines sous tes pieds, le soleil dans chaque pore de ta peau, le vent sur ton plexus. Lève les yeux souvent, relâche absolument le dos. Chéris ce qui croise ta route. Dis « bonjour » aux uns, dis « je t’aime » à d’autres. Écris des poèmes sur tes amis.

« Il ne faut pas sous-estimer la force de la douceur » (Alexandra Stréliski, discours du Gala de l’ADISQ 2019).

Puis : amorcer un mouvement vers l’avant. C’est comme avancer le corps, mais avec l’âme. C’est vouloir tout embrasser. C’est respirer le plein, puis le propulser vers l’avant. Ça part du milieu de toi, pour aller sur tout : le vélo devant, le vieux et ses lunettes, le café renversé par terre.

La force se forme à petites doses.

Puis, la curiosité des autres se dessine. Les gens deviennent des amas irradiants de trésors. Tout d’eux est emballant. Intéresse-toi à leurs douleurs, leurs peurs, leur folie. 

Puis, le goût du voyage aux tripes. L’envie de vivre dans une hutte, d’explorer la mer. Envies qui furent cachées par le mur et ses fleurs ; le mur et ses possibilités derrière. 

Enfin, trouve ta grande folie. Vis-la.

Soins

Guérir du mur, c’est prendre soin de soi.

Prendre soin de soi, c’est passer un gant de crin sur sa peau. Flatter le nez des chevaux. Écraser son hamburger. C’est décortiquer le poulet avec ses doigts. C’est écouter quelqu’un chanter dans la douche. Sourire. C’est enlever ses bas et passer ses doigts sur les textures de peau qu’ils ont formées. Prendre soin de soi c’est être dans la lune sur un feu de foyer. C’est le petit choc quand tu regardes quelqu’un. C’est la puff de parfum qui passe. Prendre soin de soi c’est suivre son instinct. C’est glisser lentement sa main sur le bras de son amour.

Guérir du mur, c’est prendre grand soin de soi.