Billie-Anne Leduc
<em>Vertumne</em>, Giuseppe Arcimboldo, 1590
<em>Vertumne</em>, Giuseppe Arcimboldo, 1590

Forêts enchantées

CHRONIQUE / Certaines personnes m’inspirent ce que j’appelle des « descriptions poétiques ». Leur être traverse le mien, passe par un filtre, et ressort en poème.

Des rencontres, au courant de ma vie, m’ont marquée. Dans le sens de marque, de cicatrice, de chose là en moi pour toujours.

J’ai un fichier, dans mon ordinateur, appelé «Descriptions poétiques», qui contient des textes qui ne m’appartiennent pas. Du moins, plus. 

Dès qu’ils touchent le papier, le clavier, ils ont une vie propre à eux.

En ce temps où les regards yeux dans les yeux se perdent, et où les anniversaires ne sont plus bondés, offrez une description poétique à un être qui vous a traversé - de bord en bord.

Mille rêves

La description poétique doit partir de l’intérieur. De perceptions, de feeling, de gut qui te lient à la personne.

Elle se moule au passé, se rattache aux fous rires, aux escapades dangereuses, aux voyages ratés et réussis, aux chansons à tue-tête, aux paroles déchirantes.

C’est véritablement ton essence vue par l’autre.

La description poétique d’une personne est une forêt enchantée. Aux mille feuilles-possibilités.

Chaque personne a des rêves rattachés à leur vie, à leur expérience et à leur avenir. Chaque personne peut être aimée de mille façons. 

Il ne faut pas chercher absolument la beauté, le vocabulaire, la perfection. Juste, laisser venir les mots. Les écrire sur un bout de papier, et glisser ce cadeau dans une poche de jeans, une boîte aux lettres, entre deux tranches de pain, entre deux mains.

C’est un petit cocon de sensibilité, un baume d’intimité.

En ces temps durs, offrez des mots-douceurs.

Hommages personnifiés

Voici des « descriptions poétiques » que j’ai déjà offertes à des personnes ayant croisé mon chemin :

M. est un feu d’artifice en forme d’amitié. Elle possède une écoute-soleil. Elle fait de la vie un art qui file jusqu’au profond des cœurs. La douceur de sa joie est un honneur à côtoyer. Je pense à son rire : sourire. Elle se dévoue, se démène, se donne pour créer, pour aimer sans mesure. M. est belle et ouverte, et une simple promenade est pour elle une forêt enchantée, et toutes les créatures sur son chemin : magiques. De son coup de crayon/baguette, elle offre le cadeau de son âme. Partage, lumière, histoire et étincelle – voilà M.

***

D. a une blancheur d’âme translucide où l’on peut voir la pureté de son aura. Il est tellement à l’écoute des cœurs qui battent qu’il va jusqu’à synchroniser le sien à chaque pouls tambourinant. Il offre et s’offre avec ouverture, cernée de traits secrets, que seule l’intimité choisie tend à dévoiler – lentement. Son regard évoque voilier et sable. Il veut tant tout dire, tout englober le monde, qu’il doit parfois s’arrêter, contempler, reculer.

***

B. garde son cœur au chaud sous ses gilets de laine et ses couches de tissus. Il est protégé du froid, du gel, des fissures. B. a des yeux d’océan. Il est le vent : insaisissable et tout à fait englobant. Sa présence est un petit cyclone : tu ne vois rien et pourtant il te tient – entre ses bourrasques. B a une vieille âme. Sage et complexe. Une aura bleue. Rappelant les vagues. Son corps est des vagues – petites. Une mer calme. Pour tout ça, pour sa fragilité forte, il faut que moi, toi, nous, fassions absolument attention à lui.

***

J. est un arbre éclatant dans une forêt sombre et magique. Au premier coup d’œil, on sent que malgré sa petitesse, il dépasse les autres de par sa vigueur. L’écorce de J. est douce et invitante, mais couverte de cicatrices, causées par l’amour, la guerre et toutes les choses qui usent plus que le temps. Elle dégage l’infinie tristesse, mère de la sagesse. Sous cette armure : une sève bouillante, une chaleur enveloppante. Ses branches ont beau se laisser porter par le vent, elles resteront toujours au même endroit. Mais rien ne les empêchera de grandir un peu plus, pour crier et créer la vie, toujours un peu plus fort.

Et autour de vous, quelles forêts enchantées sommeillent?