Billie-Anne Leduc
<em>Philosophe en méditation</em>, Rembrandt, 1632
<em>Philosophe en méditation</em>, Rembrandt, 1632

Ce rien qui te soutient

CHRONIQUE / Aujourd’hui, le monde est contraint de ralentir jusqu’à ne sentir que son propre battement de cœur.

Le monde a besoin de se regarder le cœur.

En ces moments surréels, accrochons-nous au non tangible : la conscience. Celle pleine.

Être en vie

La pleine conscience, c’est permettre aux yeux un peu de doux. D’accorder aux mains le droit de se déposer. De fermer les yeux et de sentir le sang pomper dans les veines : être en vie. 

Rien d’autre.

Dans son livre Méditer, jour après jour, Christophe André enseigne par des peintures et des leçons, à regarder :

« Et si l’on regarde, on voit : de la simplicité en majesté. Une présence intense derrière l’immobilité. Si l’on regarde, on voit que, même ce qui ne clignote pas, ne bouge pas, ne scintille pas, ne fait pas de bruit, peut avoir de l’intérêt et de l’importance. »

Il faut se donner le droit de regarder par la fenêtre, d’être juste là, sans toutes les pressions. Le droit d’observer, de sentir, de respirer. Les choses se feront ; la terre tournera.

Il faut laisser l’esprit inspirer, expirer, entre deux coups de téléphone. Il importe de donner du mouvement au corps et au cœur. 

Se donner le droit.

Arrêter.

Inspirer.

Aujourd’hui : ne pas étouffer

Pour certains, le confinement est contraire à la liberté, parce qu’il ne correspond pas à ce qu’ils connaissent. Mais finalement, la vraie liberté, n’est-ce pas de ne pas être contraint à des actes obligatoires du quotidien ?

« La pleine conscience nous recommande de prêter attention à la naissance de ces impulsions avant de leur obéir ; elle nous suggère de défusionner avec elles. De les accueillir : ‘’Tiens, j’ai envie d’interrompre mon travail.’’ De les observer : ‘’Ça me pousse à arrêter ce que je suis en train de faire, parce que c’est difficile.’’ » (Méditer, jour après jour, Christophe André)

Nous pourrions passer notre vie sans nous abandonner, puisque tout nous interpelle. Dans la vie, beaucoup plus d’actions que de non-actions — pourtant essentielles.

On a le droit de ne pas passer tout de suite à autre chose. De rester immobile. De ressentir.

Aujourd’hui, la crise, quoiqu’étouffante, nous donne un nouveau souffle : se regarder l’intérieur.

Fermer les yeux un instant et sentir véritablement ses états d’âme : « Je vais bien ? »

Surtout, penser aux moments d’affection. Se laisser envahir par un, deux souvenirs. 

Les dessiner.

« Quand je danse, je danse »

Montaigne a écrit : « Quand je danse, je danse ; quand je dors, je dors ».

Rien que ça. Tout ça.

Il faut aimer ce rien.

« Abandonne tout, abandonne tout ce que tu connais, abandonne, abandonne, abandonne. Et n’aie pas peur de rester sans rien, car, à la fin, c’est ce rien qui te soutient. (Méditer, jour après jour, Christophe André)

Méditations du lundi

1. Les bras le long du corps, laissez votre corps ballotter, de gauche à droite, en imitant le mouvement des vagues. 

2. Assis le dos droit, visualisez dans votre esprit une feuille d’arbre au vent qui, lentement, se promène dans toutes les parties de votre corps — une à la fois. Elle tombe en cascades et se dépose ; elle apaise tout.

3. Imprégnez vos yeux de la couleur du ciel, et glissez-la dans chacun de vos membres, du bout des doigts aux orteils, en inspirant profondément.