Vous savez ce qui est pire que d’affronter chaque jour ce gros défi qu’est la conciliation travail-famille? C’est la culpabilité qui vient avec.

Bien vivre dans le chaos

La conciliation travail-famille… Chaque fois qu’on mentionne ces trois mots ensemble, je ne peux m’empêcher de pousser un soupir. Et/ou de sourire. Parce qu’on en fait un enjeu de société, alors qu’à mon avis, ce n’en est pas un.

On arrive tous, par la force des choses, à concilier travail et
famille. C’est souvent boiteux, souvent cahoteux et on tourne parfois les coins ronds, mais au bout du compte, on arrive tous à la ligne d’arrivée de chaque journée. Alors, l’enjeu n’est pas tant là, non.

Il se situe, selon moi, dans notre conception de la réalité.

La conciliation travail-famille est une source de stress importante pour 62 % des parents, selon un récent dossier de l’Observatoire des tout-petits. 

Mais une question me chicote. Qu’est-ce que ça signifie pour chaque parent interrogé, la conciliation travail-famille ? Comment définit-il le concept, et de quoi aurait-il besoin pour améliorer son quotidien ?

Selon le sondage, les parents d’aujourd’hui souhaitent avoir plus de temps à consacrer à leur famille et être en mesure d’effectuer toutes les tâches quotidiennes sans trop courir.

Plusieurs ont rapporté avoir déjà accès à des horaires de travail flexibles, de la flexibilité dans le choix de leurs vacances, posséder une banque d’heures ou de temps accumulé et même des congés payés pour responsabilités familiales. Mais encore ?

Culpabilité, quand tu nous tiens

J’ai donc posé la question à quelques personnes de mon entourage. Sans s’être parlé, quelques-unes d’entre elles m’ont rapporté essentiellement les mêmes propos qui ont trouvé écho dans ma réalité.

Vous savez ce qui est pire que d’affronter chaque jour ce gros défi qu’est la conciliation travail-famille ? C’est la culpabilité qui vient avec. « Je me sens souvent coupable, parfois face à mon patron, parfois face à mes enfants et ma femme », me disait notamment un collègue, papa de quatre enfants.

« Quand ça fait trois jours que je ne me suis pas pointé au bureau parce que j’en ai un de malade à la maison, j’ai envie de m’excuser à mon boss. Et quand je quitte toute la journée un samedi pour travailler, j’ai envie de m’excuser à ma gang et aussi à ma femme, qui se retrouve toute seule avec notre imposante tribu. »

Car il y a ça, aussi. Vrai que l’essor des nouvelles technologies nous facilite souvent la vie en permettant entre autres de travailler à distance, mais ça rend aussi plus difficile la coupure entre le travail et la vie de famille.

La flexibilité des horaires permet aussi de se rendre chez le médecin avec fiston à 14 h un mardi, mais ça a le désavantage que ces heures de travail manquées, il faut les rattraper, ce qui fait qu’on doit étirer la journée de travail jusqu’à tard en soirée, voire durant la fin de semaine. « Le problème, c’est que je n’arrive même pas à les reprendre dans mon horaire déjà trop chargé ! » fait pour sa part remarquer une amie maman de deux garçons d’âge préscolaire aux prises avec un trouble du spectre de l’autisme et un TDAH et pour qui les rendez-vous se multiplient.

Donc, on se sent coupable. Tout le temps. Coupable d’arriver tard au boulot, coupable de partir tôt. Coupable de s’absenter, coupable de devoir rattraper du travail en soirée plutôt que de jouer avec les enfants ou de passer du temps en couple.

Coupable d’être fatigué, coupable d’envoyer les enfants à la garderie même si on est en congé parce qu’on voudrait faire le ménage et des commissions en étant tranquille (même pas aller au spa ou au cinéma, là !), coupable de crier, coupable de demander de l’aide, coupable de caller une livraison parce qu’on n’a pas eu le temps de cuisiner un bon repas santé, coupable de ploguer les enfants devant la télévision juste pour avoir ne serait-ce que 30 minutes de sainte paix !

Coupable de ne pas voir nos amis assez souvent, coupable de ne pas appeler nos parents assez souvent. Coupable de s’effondrer devant la télévision à 21 h, quand les petits sont enfin couchés, plutôt que d’aller s’entraîner au gym. Coupable de voir d’autres parents avoir le temps d’aller skier ou faire du camping le week-end alors qu’on peine à en trouver pour se raser les jambes. Coupable, coupable, coupable.

Alors, c’est quoi, la conciliation travail-famille ? Un idéal à atteindre ? Une séduisante utopie ? Voire un concept marketing à exploiter (si ce n’est déjà fait) ?

Imparfait, c’est parfait

La meilleure réponse que j’ai trouvée à ce jour et que j’essaie d’assimiler, c’est : bien vivre dans le chaos !

C’est accepter que tout ne soit pas parfait. Que les limites de l’un ne soient pas les limites de l’autre. Que les choix et les façons de faire de l’un ne soient pas les nôtres. Que tout ne soit pas fait comme on voudrait qu’il le soit. 

C’est aussi réviser ses exigences à la baisse. C’est s’asseoir un jour, dresser sa charte des valeurs, définir ce qui est important pour nous, et se rendre compte que finalement, c’est pas si grave que ça si la balayeuse n’est pas passée quand la visite arrive. Que le meilleur choix un samedi après-midi est peut-être de faire une sieste plutôt que le ménage afin de recevoir les invités avec le sourire plutôt que dans une maison digne d’un magazine. 

Puis, c’est prendre des décisions en conséquence.

La conciliation travail-famille, donc, c’est d’abord dans notre tête que ça se passe. Quand ce qui est le plus important à ce moment précis est clair dans notre tête, tout semble plus facile. Parce que c’est moins culpabilisant. Parfois, la famille est plus importante que le travail. D’autres fois, c’est le contraire. C’est quand on arrive à ne pas se sentir coupable de prioriser ni l’un ni l’autre au moment opportun qu’on arrive, je crois, à un juste équilibre.

C’est le travail de toute une vie. Le reste peut attendre.