Coordonnateur de séjour? Pas fou.

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La pénurie de travailleurs occupe sa part d’espace dans la présente campagne électorale, mais aussi dans l’actualité.

La sortie du patron de Chocolats Favoris, Dominique Brown, a fait réagir sur les médias sociaux et dans les médias traditionnels. L’homme d’affaires, qui s’est fait connaître du grand public à l’émission Dans l’œil du dragon, n’a en effet pas eu le choix de retourner derrière la caisse enregistreuse cette semaine, faute d’employés pour accomplir le travail.

Son entreprise, qui compte une quarantaine de succursales, n’a reçu que sept CV durant la semaine. Or, une centaine de postes sont à combler, uniquement dans la région de Québec.

Son cas n’en est qu’un parmi des centaines, voire des milliers. Tout le monde s’arrache les travailleurs.

Ce faisant, les entreprises sont contraintes à rivaliser d’ingéniosité pour attirer, recruter et retenir les candidats qualifiés.

Si certaines misent sur les avantages sociaux (personnellement, je travaillerais bien chez Chocolats Favoris en échange de quelques gourmandises !), un milieu de travail convivial ou des salaires bonifiés, d’autres donnent de nouveaux noms aux postes à combler pour leur donner plus de prestance.

Une tendance qui date de bien avant la chute du taux de chômage, mais qui me fait sourire chaque fois où je découvre un nouvel intitulé pour un emploi que tout le monde connaît.

L’autre jour, je suis tombée par hasard sur une offre d’emploi pour un de poste de « coordonnateur de séjour » pour le compte d’une entreprise hôtelière de la région.

Coordonnateur de séjour ? Pas fou.

Quand j’étais étudiante, j’ai occupé cet emploi pendant quelques années. Être réceptionniste, c’est bien sûr d’accueillir la clientèle et d’être en charge des réservations, mais c’est aussi beaucoup plus que ça. Ainsi, il fallait être à l’affût de toutes les activités susceptibles d’intéresser nos hôtes afin qu’ils passent un séjour inoubliable dans notre région… et qu’ils reviennent.

Autre perle dénichée sur le Web : un « générateur d’expérience client » pour décrire un poste de vendeur dans un commerce de détail.

Ou bien « gestionnaire en solutions de recrutement ». Quessé ça ? Ça mange quoi en hiver ? On parle bien d’une chasseuse de têtes, d’une directrice des ressources humaines, c’est bien ça ?

On m’a déjà dit que plutôt que d’avoir un département des ressources humaines, une compagnie avait un bureau du capital humain. Wow !

Ça ne s’invente pas.

Ça me rappelle ma mère qui, quand j’étais plus jeune, me disait avec humour qu’elle n’était pas mère au foyer. Non, elle était ingénieure domestique, rien de moins !

Ça me fait aussi penser à une publicité, qui date de quelques années, où chaque employé d’une compagnie était vice-président de quelque chose. Le concierge n’y était-il pas vice-président Hygiène et salubrité, ou quelque chose comme ça ?

Qu’est-ce qui cloche avec les appellations « traditionnelles » de nos emplois ? Cherche-t-on à se distinguer des autres qui exercent le même métier ? Juge-t-on le travail si peu valorisant qu’on souhaite lui redonner de l’importance et le rendre plus attrayant ?

Si c’est pour se sentir comme un superhéros au quotidien, j’embarque !

Alors, dès maintenant, je ne suis plus journaliste. Non, à partir de tout de suite, je deviens une designer de la nouvelle. Une mercenaire de l’information. Une défricheuse d’actualité. Une bâtisseuse du fait divers. Une grande prêtresse du reportage. Appelez-moi comme vous voulez, mais de grâce, ne me réduisez plus au statut de simple journaliste !

Notre comptable, elle, n’est pas qu’une commune contrôleuse (mais pas contrôlante). Elle est le cerbère de la sacoche entrepreneuriale. La gardienne de la finance, la protectrice — l’ombudswoman, que dis-je ! — du profit patronal.

Entre vous et moi, on a beau donner le nom qu’on veut à notre travail pour en rehausser le prestige, le salaire, lui, n’augmentera pas pour autant.

Mais au fond, l’important, c’est d’être heureux de notre métier, quel que soit son nom, n’est-ce pas ?

Si ce n’est pas votre cas, je vous conseille de consulter un grand vizir de la vocation professionnelle.