La députée de Glengarry-Prescott-Russell, Amanda Simard, a claqué la porte de son parti jeudi.

Amanda, je la trouve brave

CHRONIQUE / La décision de la députée Amanda Simard de quitter le parti de Doug Ford n’est pas passée inaperçue dans son patelin natal d’Embrun, dans l’Est ontarien.

« Pauvre petite, elle fait assez pitié ! Je la comprends à 100 % de claquer la porte si elle est pour se faire piler sur les pieds », s’exclame Jasmine Lalonde, tout en s’affairant derrière le comptoir du Experience, café et smoothie bar, rue Notre-Dame.

La jeune mère francophone de 28 ans a été touchée par le discours que la députée de Glengarry-Prescott-Russell a livré avec émotion à Queen’s Park, quelques heures avant de claquer la porte de son parti. 

« Les choses qu’elle dit ne sont pas hyper, méga inspirantes… mais tu sens que c’est sincère, qu’elle le prend comme un affront personnel, reprend Jasmine Lalonde. Je l’ai trouvée brave de prendre le parti des francophones. Elle, toute petite en plus, seule francophone dans un gros parti d’anglophones ! »

Attablé dans le café, Stéphane Lalonde (aucun lien de parenté avec Jasmine) opine du bonnet : « Je pense qu’elle n’avait pas le choix de quitter le parti de Doug Ford pour maintenir sa base électorale. Ce sont les Franco-Ontariens qui l’ont élue par ici », 

Cet avocat de profession se dit déçu de la ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney. Mais tout comme elle, il se questionne sur le projet d’université franco-ontarienne à Toronto. « Pourquoi Toronto alors que la majorité des francophones de la province habitent la région ici ? »

À la résidence Le Pavillon, les résidents étaient en train de dîner. « Amanda Simard a bien fait de quitter. Je suis d’accord qu’elle passe aux libéraux », m’assène Lise Brisson, une fière « Canadienne française » native de Cornwall.

– Euh… Amanda Simard n’est pas passée aux libéraux, ai-je précisé. Pas encore, du moins. Elle siège comme indépendante.

« En tout cas, je la félicite d’avoir tenu tête à son parti pour défendre la langue française. Ma langue, j’y tiens ! J’ai le français étampé sur le cœur. La rue en avant, c’est Notre-Dame, pas Notre-Dame Street. Et quand je vais au Tim Horton, j’insiste pour me faire servir en français. Sinon je leur dis des bêtises ! »

À la sortie d’un centre commercial, un grand gaillard sortait du gym. Jeremy Gordon, un Anglo, est marié à une francophone. Le couple envoie ses trois enfants à l’école bilingue. « En tant que membre de la communauté, je suis sensible à la réalité des francophones », dit-elle. Et la démission d’Amanda Simard ? « On l’a élue pour qu’elle apporte des changements. À la première occasion, elle démissionne. C’est peut-être un peu vite, non ? »

À tout malheur, quelque chose est bon, dit le dicton.

S’il faut absolument trouver un point positif aux coupes du gouvernement Ford, c’est d’avoir mobilisé de jeunes francophones allumés comme Jasmine Lalonde.

« Je ne suis pas très politique d’habitude, admet-elle. Mais là, je me sens touchée directement. C’est injuste que Ford veuille fermer l’université et bafouer nos droits en tant que francophones. Ça a touché ma fibre de Franco-Ontarienne. Je me suis mis à lire plein d’articles de journal, ce que je ne fais pas habituellement. »

Mieux, elle participera à la manifestation contre le gouvernement Ford ce samedi avec son conjoint mexicain et son bébé de 14 mois. Quatorze mois ?

« C’est vrai, on le commence jeune ! Mais vous savez quoi ? J’aime faire partir d’une minorité. J’adore être à contre-courant, être le mouton noir et surprendre les autres. Je suis fier de notre caractère latin, de notre ouverture aux autres, de notre côté chaleureux. Je n’ai rien contre les Anglais et je suis 100 % en faveur du bilinguisme. Mais je suis contre la destruction d’une langue. »