Opinions

Saveur immigrante

CHRONIQUE \ On sait que l’immigration occupera une place importante dans la campagne électorale qui s’amorce au Québec. Libéraux, caquistes, péquistes et solidaires formulent depuis quelques semaines des propositions pour améliorer l’accueil et l’intégration sociale et économique de nos nouveaux compatriotes. Certaines propositions ont du mérite. Comme celle du Parti québécois d’encourager des immigrants à s’installer en région.

C’est ce que Joanne Ouellette prône depuis des années. Les régions, soutient la directrice générale de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SÉRY), doivent être incluses dans la stratégie québécoise d’immigration. D’autant plus, fait-elle valoir, que de bons emplois sont disponibles dans plusieurs régions du Québec. L’accès à l’emploi, soutient-elle, est l’un des principaux facteurs de réussite pour l’intégration des nouveaux arrivants.

Chronique

Et si l’Ontario virait à gauche...

CHRONIQUE / Plus que deux semaines avant les élections en Ontario, et c’est le NPD d’Andrea Horwath qui constitue maintenant la seule menace à la formation d’un gouvernement conservateur sous la direction de Doug Ford. Ce virage impressionnant montre à quel point le dernier sprint d’une campagne électorale peut changer les choses et déjouer les prédictions.

Les forces en présence ne sont pas similaires à celles qui se feront la lutte au Québec le 1er octobre, mais la campagne ontarienne constitue un rappel important : il ne faut jamais tenir le résultat des sondages pour acquis. Jean-François Lisée a été le premier à s’en réjouir mardi. Il a déclaré qu’à l’exemple du NPD ontarien, la situation pourrait évoluer en faveur du PQ au Québec.

Le résultat des élections en Ontario sera suivi de très près dans les autres capitales au pays parce qu’il sera révélateur de l’humeur de l’électorat, et qu’il aura des conséquences pour tout le monde.

Pour le gouvernement Trudeau, le pire scénario serait la victoire de Doug Ford. Un tel événement serait annonciateur de litiges importants entre les deux paliers de gouvernement à 16 mois des élections fédérales, au moment même où les conservateurs fédéraux d’Andrew Scheer sont en remontée dans les sondages au pays et même au Québec. De plus, une victoire de M. Ford serait suivie d’une contestation en règle de la politique environnementale de Justin Trudeau contre les changements climatiques. Un échec du premier ministre sur cette question, associée à l’impasse qu’il semble incapable de dénouer entre l’Alberta et la Colombie-Britannique, pourrait lui coûter ses élections.

Pour le gouvernement du Québec, la situation est moins évidente. On peut penser qu’un gouvernement Couillard aurait de meilleures relations avec l’Ontario sous la gouverne de la néo-démocrate Andrea Horwath. Même chose pour Jean-François Lisée. Il est plus difficile de deviner quelle serait la préférence de François Legault. La Coalition avenir Québec (CAQ) est davantage associée à la droite. Mais comme son nom l’indique bien, il s’agit d’une coalition dont la diversité des intérêts se prêterait mal à un virage aussi radical que celui proposé aux Ontariens par Doug Ford.

Ce qu’il y a de plus fascinant dans la situation actuelle, c’est de constater à quel point le désir de changement dans les deux provinces risque de les mener dans des directions opposées. Au cours des 15 dernières années, les législatures du Québec et de l’Ontario ont été dirigées presque sans arrêt par des gouvernements libéraux. Mais en 2018, le changement souhaité par l’électorat pourrait être incarné par le NPD en Ontario, et la CAQ chez nous. À moins que Doug Ford ne maintienne l’avance des conservateurs…

Peu importe les résultats d’un côté et de l’autre de la rivière des Outaouais, l’influence du «Canada central», dont parlait Jean Charest en traitant de l’axe Québec-Ontario, devra être redéfinie. Sous Stephen Harper et à la faveur des prix élevés du pétrole, l’Alberta avait gagné en prestige et en influence à Ottawa et au sein du Conseil de la fédération. Mais la chute du prix de l’or noir sur les marchés a favorisé ensuite les entreprises manufacturières de l’Ontario et du Québec. La résistance à la construction de nouveaux pipelines pour exporter le pétrole des sables bitumineux a accentué les difficultés économiques de l’Alberta.

La fin du régime de Stephen Harper et la victoire de Justin Trudeau a également marqué un retour à Ottawa des politiciens du «Canada central». Mais les élections à Queen’s Park et à Québec laissent entrevoir des changements majeurs qui pourraient modifier l’équilibre des pouvoirs au sein de la fédération canadienne. 

Chronique

Vers un G6?

CHRONIQUE / À lire et à entendre tout ce qui se dit sur le Sommet du G7 présentement, on pourrait presque croire que l’événement est un grand congrès de manifestants.

Et qu’on ne badine pas avec la sécurité.

Des centaines de chiens, des milliers de policiers en renfort, 1,4 kilomètre de clôture pour entourer la Zone de libre expression (!), 375 murets de béton recyclés du fiasco de la Formule E à Montréal où, voyez l’ironie, on aurait tout fait pour que le monde se bouscule au portillon. 

On attend, les 8 et 9 juin, 3000 dignitaires et 2500 journalistes. Un budget qui oscille autour de 600 millions $, plus que ce qu’a coûté le Centre Vidéotron

Et pourquoi, déjà, tout ce rififi?

Ah oui, c’est vrai, on pourrait l’oublier tellement on parle de sécurité, il y aura pendant deux jours, dans le confort feutré du Manoir Richelieu, loin de l’écho des manifestants, les dirigeants des sept pays les plus industrialisés qui feront le point sur les grands enjeux du monde.

Rien à voir avec les réserves mondiales de gaz lacrymogènes.

Jusqu’en 2014, le G7 était le G8, la Russie de Vladimir Poutine ayant été suspendue pour avoir annexé de force la Crimée. Restent, en ordre d’importance de l’économie, les États-Unis avec Trump, le Japon, avec Shinzo Abe, l’Allemagne avec Angela Merkel, la France avec Emmanuel Macron, la Grande-Bretagne avec Theresa May, l’Italie avec Paolo Gentiloni et le Canada avec Trudeau. 

Une hydre à sept têtes.

Chacun a ses problèmes à la maison. Pendant que l’étau se resserre sur Trump, May est empêtrée dans le Brexit, Macron est engagé dans un bras de fer contre les cheminots, la cote de popularité de Merkel n’a jamais été aussi basse. Gentiloni est un canard boiteux, il a démissionné en mars et demeure en poste le temps qu’une coalition se forme, ce qui, en Italie, est un sport national.

Abe, lui, est empêtré dans une série de scandales, entre autres d’avoir voulu dissimuler des rapports militaires sur la participation du pays à une mission en Irak. Il aimerait bien convaincre Donald Trump de revenir sur sa décision de larguer l’Accord de partenariat transpacifique.

Cela pendant que Justin Trudeau essaye de souffler sur les braises de l’ALENA.

Mais c’est du sort du monde dont il sera question en juin. Et, par les temps qui courent, les dirigeants du G7 ont l’embarras du choix: le bourbier syrien, l’Iran, la Corée du Nord, la flambée de violence meurtrière dans le conflit israélo-palestinien, gracieuseté de Trump qui a décidé de déménager l’ambassade américaine de Tel-Aviv à Jérusalem. 

L’art de mettre de l’huile sur le feu, littéralement.

En tant qu’hôte du G7, le Canada a identifié cinq thèmes aux fins de discussion : la croissance économique, le climat, les emplois de l’avenir, l’égalité des sexes et, le dernier et non le moindre, «construire un monde pacifique et plus sûr».

Gros programme.

À peu près le même, remarquez, que le dernier Sommet du G7 l’année passée à Taormine en Italie qui avait frôlé l’éclatement. Et qui s’était terminé par une déclaration tout en circonlocutions, Donald Trump s’étant inscrit en faux sur à peu près tous les enjeux, surtout l’environnement.

On a parlé du G6+1.

Ça risque de ressembler encore à ça, peut-être même à un G6 tout court, avec comme trame de fond le retrait récent des États-Unis de l’accord sur le nucléaire iranien, qui vient fragiliser encore davantage l’équilibre géopolitique. Justin Trudeau et les autres dirigeants des pays ont déjà annoncé que le sujet sera à l’ordre du jour.

La Corée du Nord sera bien évidemment sur toutes les lèvres, alors que tous les yeux sont tournés vers Donald Trump qui, cette fois, semble être parvenu à créer une certaine ouverture au dialogue. Le premier ministre du Japon, en colère contre l’imposition de droits par Washington, pourrait être tenté de mettre de l’eau dans son vin.

Les dirigeants européens n’auront pas ces réserves.

En tant qu’hôte du Sommet, Trudeau aura fort à faire pour sauver les apparences. En entrevue à l’AFP, il s’est dit confiant que lui et ses homologues du G7 sauront «se rassembler sur les questions de sécurité et [...] de croissance économique» avec «des discussions vraies et solides sur la façon d’avancer ensemble».

Rien n’est moins sûr.

En fait, c’est à se demander si les dirigeants seront même capables, comme le veut la formule consacrée, d’arriver à s’entendre sur le fait de ne pas s’entendre.

Entre les lignes

Mauvaise conduite

CHRONIQUE / Le matin, je suis souvent l’une des premières à me pointer au bureau. Chaque fois, et c’est comme ça depuis des années, je me stationne au même endroit : dans la première case des espaces qui se trouvent au centre du stationnement. (Dans une salle de cours aussi j’avais cette tendance à toujours m’asseoir à la même place. Au spinning, je prenais toujours le même vélo, etc. La psychologie de l’espace propose sans doute une explication à ce drôle de phénomène...)

Bref, un jour, un collègue s’est pointé à mon bureau pour me dire que j’avais garé mon véhicule « un peu trop collé » sur la ligne jaune côté conducteur.

En famille

La vraie richesse, c’est la famille

« La famille, c’est une richesse incroyable », a un jour affirmé Céline Dion. Bien que son affirmation fasse référence au sens figuré, elle est loin d’être fausse quand on la prend au sens propre, selon l’économiste Ianik Marcil.

Ce dernier a ouvert le tout premier Sommet de la famille, qui se tenait à Saint-Hyacinthe les 14 et 15 mai dernier et auquel ont participé près de 400 intervenants de divers milieux — scolaire, communautaire, de la santé, municipal, etc. — en provenance des quatre coins du Québec. Dans le lot, il y avait aussi au moins une représentante des médias : moi. Je m’étais dit que l’occasion était belle d’aller à la pêche aux sujets de chronique. Et mon instinct ne m’a pas trompée.

Spécialisé entre autres dans les transformations sociales, Ianik Marcil est venu nous entretenir du rôle économique des familles. Et son constat a de quoi surprendre. Les familles sont un véritable moteur économique, a-t-il dit d’entrée de jeu. Au Québec, les dépenses des ménages — essentiellement les dépenses de consommation (logement, énergie, transport, alimentation, loisir, etc.) — représentent près de 60 % du produit intérieur brut (PIB), selon l’indice de la Banque mondiale. « C’est de loin l’acteur économique le plus important », affirme-t-il.

M. Marcil a analysé les dépenses des différents types de ménages au Québec — personnes seules, couples sans enfants, couples avec enfants et familles monoparentales — et en est arrivé à la conclusion que les couples avec enfants dépensent en moyenne 24 000 $ de plus par an que les couples sans enfant (selon la moyenne basée sur le 1,9 enfant par couple). Sachant que des 4 818 968 ménages de la province en 2018, un peu plus du quart (26,7 %, soit 1 287 303) a des enfants, et que de ce nombre, 907 840 sont biparentaux (deux parents), ce sont près de 22 milliards (21,8 G $) supplémentaires qui sont ainsi injectés dans l’économie québécoise, selon un rapide calcul.

Vingt-deux milliards, pour vous donner une idée, c’est l’équivalent d’un peu plus du cinquième du budget total du gouvernement du Québec, qui est de 100 G $. C’est, pour être plus précis, environ 6 % de l’ensemble de l’économie québécoise, estimée à quelque 375 G $ cette année. « C’est assez considérable », fait valoir l’économiste.

Coincé dans la logique capitaliste

« Plus de dépenses au quotidien a bien sûr un impact immédiat individuel, mais aussi sur l’économie nationale », ajoute-t-il.

Il explique que jusque dans les années 60, les deux tiers, voire les trois quarts, de l’économie du Québec étaient soutenus par le secteur primaire (ressources naturelles), dont on exportait les produits en grande majorité. « Aujourd’hui, les deux tiers de notre économie dépendent directement de la consommation des ménages, dit-il. C’est donc dire que les deux tiers de notre salaire dépendent directement de la consommation des autres. »

La blogueuse Bianca Longpré n’avait pas complètement tort, finalement, dans son controversé billet « T’as pas d’enfants, tu m’en dois une ! »... Sans aller jusqu’à dire que les couples sans enfants devraient contribuer davantage que les « avec enfants », ils peuvent à tout le moins leur dire merci de dépenser autant !

Oui, on est coincé dans cette logique capitaliste, reconnaît Ianik Marcil. Et c’est d’ailleurs là que le bât blesse. Le taux d’endettement des ménages depuis 30 ans est en hausse constante. On n’a pas de données spécifiques pour les familles avec enfants, mais selon l’économiste, on peut présumer que leur taux d’endettement est, en moyenne, supérieur aux ménages sans enfants.

C’est pourquoi il y a une réflexion à faire, est d’avis Ianik Marcil : « Elle n’est pas simple, puisque si on freine du jour au lendemain nos dépenses, ça va avoir des conséquences désastreuses sur l’économie ; on va la bloquer complètement. »

« Moins consommer, c’est aussi accepter d’être moins riche [d’un point de vue économique] », poursuit-il.

Une chose est néanmoins non discutable, selon lui : protéger le pouvoir économique des familles est une véritable stratégie de prospérité économique. « Nos politiques familiales — et on est des champions dans le domaine, rappelle-t-il — sont extrêmement rentables », dit-il.

Il cite en exemple la création des Centres de la petite enfance (CPE), qui est probablement la mesure la plus payante d’entre toutes. En permettant un retour sur le marché du travail plus tôt, ils génèrent en revenus de taxes et d’impôts plus que ce que le réseau coûte à gérer, fait-il valoir.

Aussi serait-il logique de considérer davantage les intérêts des familles dans la prise de décisions politiques, économiques et sociales, peut-on en déduire. Ce qui était, en fait, le but avoué du premier Sommet de la famille : réfléchir aux enjeux auxquels font face les familles d’aujourd’hui et aboutir à des propositions concrètes de politiques publiques en soutien à celles-ci. En tout, 282 propositions ont été rédigées ; elles seront présentées cet été aux différents partis en vue des élections. Reste à voir ce qu’ils en feront...

Chronique

Le «Lucien Bouchard» de Couillard?

CHRONIQUE / Quand l’équipe du «Oui» au référendum de 1995 a constaté que Jacques Parizeau ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois, elle a fait appel aux talents de communicateur et à la passion de Lucien Bouchard. Cette année, Philippe Couillard a compris qu’il ne parviendrait pas seul à convaincre les Québécois de lui donner un autre mandat. Il a donc fait appel à Alexandre Taillefer, un autre communicateur passionné.

Dans les deux cas, les machines politiques se sont tournées ou se tournent aujourd’hui vers des personnalités offrant une plus grande capacité que MM. Parizeau et Couillard à faire passer leurs convictions. D’ailleurs, on pourrait dire la même chose de Jean-François Lisée, qui est allé chercher Véronique Hivon pour asseoir son autorité sur une équipe davantage à l’écoute de la population.

En 1995, la décision de Jacques Parizeau d’amener Lucien Bouchard à ses côtés a eu un effet positif pour la campagne du «Oui». L’arrivée d’Alexandre Taillefer sera-t-elle un facteur dans le choix des électeurs aux élections générales du 1er octobre? La réponse à cette question est beaucoup moins évidente. 

Même si la notoriété des gens attire toujours l’attention des médias, elle ne donne pas toujours les résultats souhaités. L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois n’a pas fait bouger l’aiguille des sondages d’opinion en faveur de Québec solidaire, même s’il est très connu et qu’il fait un excellent travail à l’Assemblée nationale.

L’autre grande question concernant Alexandre Taillefer est sa capacité de plonger aussi rapidement et profondément dans la bataille politique sans commettre d’impairs, et plus encore, sans créer de malaises au sein de la machine libérale.

L’homme est un excellent communicateur et il a une image sympathique dans ses entrevues. Mais qu’en sera-t-il dans les coulisses de l’organisation de campagne du PLQ? Contrairement à Daniel Johnson, qui a présidé de haut la dernière campagne électorale de Philippe Couillardm laissant l’autorité nécessaire au directeur de la campagne, M. Taillefer veut s’y investir très profondément. Il a même annoncé son intention de prendre place dans l’autobus de campagne du chef. Or c’est Jean-Marc Fournier qui doit y accompagner M. Couillard. Trop de conseillers à bord, ça risque de créer des tensions. Issu du milieu des affaires, M. Taillefer sera tenté d’intervenir à tous les niveaux, à celui de la présidence, de la direction de la campagne, et de l’entourage immédiat du chef. Comme c’est Philippe Couillard en personne qui l’a recruté, il se sentira investi de son autorité. 

C’est dangereux dans une équipe. D’autant plus dangereux que les ministres qui ont un œil sur le leadership du parti ont probablement sourcillé en voyant M. Couillard donner la présidence de la campagne libérale à un outsider qui dissimule mal son intention de devenir leur chef un jour.

S’il y a un «effet Taillefer» et que la campagne électorale va bien, tout le monde l’applaudira. Mais si les sondages sont mauvais et que le parti se dirige vers la défaite, les querelles éclateront au grand jour et il sera le bouc émissaire. 

Pour Philippe Couillard, l’arrivée d’Alexandre Taillefer s’inscrit dans le renouvellement du Parti libéral, de ses politiques et de ses communications. Les attentes sont énormes et les embûches seront nombreuses. Ses commentaires sur le journalisme pratiqué par les médias de Québecor lui ont déjà valu les foudres de Pierre Karl Péladeau. Taillefer vient d’apprendre que la moindre critique de PKP donne à ce dernier un prétexte apprécié pour dénigrer ses concurrents ou ses adversaires. C’est le métier qui rentre, mais il a peu de temps pour apprendre.

Chronique

Le voleur à la cigarette

CHRONIQUE / Ça arrive partout, bien sûr, et chaque fois que quelqu’un signale un vol dans sa voiture, on lui demande tout de suite si les portières étaient verrouillées.

Après, s’il a appelé la police.

Des fois, le voleur prend des CD ou carrément la radio. Ce printemps, un voleur est parti avec une boîte à lunch avec des Tupperware pas lavés. Un autre avec un siège d’auto pour enfants. Une fille que je connais avait, dans sa boîte à gants, une lampe de poche et des lunettes fumées. 

Parfois, pour entrer, il casse la vitre.

À Limoilou, le mois dernier, un homme a sévi plusieurs fois, assez pour que les gens du quartier le remarquent et partagent son modus operandi sur Facebook. On avait une description sommaire, maigre, environ cinq pieds huit pouces, un vieux sac à dos vert. 

Un autre, peut-être est-ce le même, prend le temps de fumer une cigarette pendant qu’il fait l’inventaire de ce qu’il y a à voler.

Il laisse parfois des cendres dans l’auto.

On a aussi partagé un cambriolage où le filou s’était coupé, laissant derrière lui une traînée de 150 mètres de son ADN.

Les vols dont je vous parle se sont produits à Limoilou, d’autres se produisent à Val-Bélair, ou un peu partout en ville. Il y a quelques années, une connaissance s’est fait voler un gigantesque pot de fleurs devant sa maison, dans un quartier que les agents immobiliers qualifieraient d’homogène.

Dans la plupart des cas, les vols sont déclarés à la police.

Et que fait la police? 

Elle donne, essentiellement, un numéro de dossier dont la seule fin, pratiquement, est de remplir la demande de réclamation auprès de sa compagnie d’assurances. Même pas besoin d’appeler à la centrale, on peut faire la plainte en ligne, après quoi un reçoit son numéro d’événement.

C’est que, m’a-t-on expliqué à la police, les vols dans les voitures empruntent un «cheminement particulier». À moins de prendre l’escroc sur le fait et d’arriver à le retenir jusqu’à l’arrivée des policiers, les chances qu’on lui mette la main au collet sont infinitésimales.

«Pour les vols de moins de 5000 $ où on n’a ni suspect, ni indice, ni témoin, on soumet un numéro et le dossier est mis en suspens, m’explique Cindi Paré, porte-parole du Service de police de la Ville de Québec. Le dossier n’est pas transféré à un enquêteur. Après ça, les personnes peuvent faire le cheminement de leur côté.»

Lire, appeler les assurances.

Aux gens qui voudraient retrouver leurs objets, on suggère d’aller sur Kijiji ou de faire le tour des prêteurs sur gages.

Le dossier à la police est, en somme, clos. Même si des citoyens jouaient les Sherlock Holmes et arrivaient à trouver des indices menant vers un suspect, tout porte à croire que ça n’irait pas plus loin. 

Et, chaque dossier étant considéré comme un cas isolé, bien peu de chance non plus de détecter une vague de vols. Récemment d’ailleurs, une femme a signalé ce qu’elle percevait être une recrudescence d’infractions dans Limoilou, ce n’est pas allé plus loin. «Les enquêteurs n’ont rien remarqué.»

Le contraire serait étonnant, vu que les dossiers de vols de moins de 5000 $ sans indices ni témoins ne leur sont pas transférés.

Oui, évidemment, il faut verrouiller ses portes et ne laisser rien à la vue. Ou se munir d’un système d’alarme ou de surveillance. La plupart des personnes qui ont partagé leur mésaventure sur Facebook n’avaient pas été négligentes, certaines ont dû réclamer une vitre cassée.

Selon les chiffres fournis par le SPVQ, il y a eu depuis le début de l’année dans «l’arrondissement au complet de Limoilou», 167 vols à l’intérieur de véhicules. C’est quand même plus d’un vol par jour.

Me semble que c’est beaucoup.

Et me semble que la police envoie un drôle de message aux malfaiteurs, qui savent trop bien qu’ils n’ont à peu près pas de risques de se faire pincer, que le dossier sera réglé en quelques minutes, «classé en suspens» dans un serveur avec les centaines d’autres dossiers en suspens.

Qu’ils ont, en volant, le temps d’en griller une.

Chronique

Cracheurs de feu

CHRONIQUE / Aborder la semaine d’Alexandre Taillefer alors que sont en cause l’indépendance des institutions de presse, celle des journalistes et des chroniqueurs, la Loi sur l’accès à l’information, la lutte sans pitié (ni classe parfois) que se livrent des entreprises d’information et la pertinence d’interventions politiques pour à la fois soutenir financièrement et protéger législativement un appareil média mis à mal? Irrésistible.

Alexandre Taillefer n’est pas n’importe qui. Il vous le dira. Entrepreneur à succès, dragon de salon, téméraire en affaires, image savamment négligée... On refuse difficilement une subvention à Alexandre Taillefer à qui tout semble réussir. Pourtant, mettre en doute le succès de ses entreprises peut en déclencher la vindicte. Après un exhaustif et follement médiatisé tour du jardin, le «queer» politique s’est reconnu, entre tous, dans le progressisme de Philippe Couillard.

J’ai dit de l’atterrissage de Vincent Marissal chez QS qu’il s’était plutôt agi d’un écrasement. Dans le cas d’Alexandre Taillefer, le PLQ aura dû le déterrer ce mercredi pour un point de presse à peine moins manqué que la fuite calculée de lundi.

Chapelet de maladresses dont voici un florilège : 

Personne au Parti libéral n’a cru bon de vérifier le passé auprès des autres partis d’une recrue à la présidence de campagne pourtant «queer politique». 

Membre en règle du Parti québécois jusqu’en 2020, il sort la ridicule cassette de l’être… à son insu! C’est à quelqu’un qui ne regarde pas ce qu’il signe que le PLQ confie sa campagne? Bien sûr, il s’agit surtout que de brandir Taillefer comme preuve de renouveau, entrepreneur cool et enfant jusque-là chéri de l’infodivertissement. Quelqu’un de qualifié prendra la direction de la campagne. Ça presse.

Que M. Taillefer ait magasiné une adhésion politique pétrie de convictions sincères à faire pâlir Amir Khadir, on veut bien. Ce n’est pas une maladresse. Il en va autrement d’avoir fait confiance à François Legault qui s’empresse de trahir le caractère privé de la conversation. Une spécialité maison. Le chef de la CAQ nous apprend qu’entre maire de Montréal et premier ministre, le dragon se dandine.

Enfin, M. Taillefer accuse Pierre Karl Péladeau d’exercer des pressions idéologiques sur ses journalistes, chroniqueurs et autres professionnels. Si on ne provoque pas Pierre Karl Péladeau, il s’en chargera lui-même. Donnez-lui un prétexte pour activer ses pouces sur Twitter et vous en aurez pour votre argent. Le dragon a investi une phrase malheureuse chez Québecor que l’empereur a fait fructifier. À juste titre!

Lorsque Monsieur Péladeau a formulé des allégations semblables à l’encontre du groupe de presse dont vous lisez présentement une publication, je n’y écrivais pas. Je ne me suis pour autant pas privé de le lui reprocher vertement. Ce sont des professions entières — journalistes, analystes, commentateurs, chroniqueurs, titreurs, photographes… — dont l’intégrité fut mise en doute. Venant du plus influent entrepreneur média au Québec, il y avait de quoi choquer. Pourtant, lorsqu’Alexandre Taillefer commet la même bourde, lui aussi propriétaire de médias, des voix s’élèvent pour le défendre et en faire reproche… à Péladeau. Injuste et incohérent. Malaise chez les professionnels hautement qualifiés qui œuvrent à L’actualité et au Voir, dont Taillefer est toujours propriétaire. Et si, sur les ondes du 98,5, Alexandre Taillefer met en doute la probité de PKP, ce dernier est absolument dans son droit de lui répondre.

Les médias québécois ont en effet été confrontés à une lourde séquence de crises au cours des derniers mois : surveillance de journalistes par la police, protection des sources, urgence d’une aide structurée et équitable, vol systématique de leurs contenus par les Facebook et autres Google, et ainsi que leurs revenus publicitaires, déclenchant une crise qui n’est pas que québécoise, mais qui s’y vit avec une acuité toute particulière.

La manne publicitaire ainsi ratatinée, il est tentant de jalouser toute aide que l’ennemi commercial et idéologique obtiendra. L’équité est en effet une valeur à laquelle un gouvernement ne devrait jamais se soustraire. Il est aussi tentant de souhaiter la disparition corps et biens du concurrent. Un tel monopole sur les tables des Tim Hortons du Québec ne servirait ni l’information, ni la diversité, ni la démocratie.

Ajoutez au buffet une loi archaïque qui, dans le cadre de la succession d’un propriétaire de La Presse, imposa en 1967 que toute transaction ultérieure reçoive l’aval de l’Assemblée nationale du Québec. Il n’en fallait pas davantage pour que le Parti québécois pose ses exigences et que tant QS que Martine Ouellet, de passage à Québec, ne prennent carrément en otage idéologique la transaction substituant une fiducie d’utilité publique à Power Corporation comme propriétaire de La Presse. Il s’agit pourtant d’une loi antérieure à la plupart de règles qui régissent désormais les médias et d’une contrainte qu’aucune autre entreprise ne subit.

Bref, le coude média se porte haut sur la patinoire politique.

Le perdant…

Le Parti libéral de Philippe Couillard espérait faire oublier la cascade des départs alors qu’il se morfond dans un sous-sol sans précédent chez les sondeurs. Mal lui en prit. On a oublié les départs, oui. Pour pire… Le sauveur autoproclamé qui devait rafraîchir un PLQ tristounet en a fait une risée.

… et le gagnant

Pierre Moreau, bien sûr. Alexandre Taillefer, membre en règle du séparatiste PQ, s’est confié à Paul Arcand du désir de devenir premier ministre. Ça remonte à sa tendre enfance. Presque de droit divin. Sauf que le PLQ n’a pas cette mansuétude. Pierre Moreau, enfant du sérail, brillant politicien, redoutable et pugnace, voit un adversaire à la direction du Parti libéral se disqualifier lamentablement. On dit toutefois que Taillefer n’est pas le seul dragon — ou dragonne — à lorgner le fond de commerce du PLQ.

Alexandre Taillefer s’est aventuré beaucoup trop tôt, sans entourage, sans conseil, sans lettres de créance, sur une patinoire qu’il n’a pas le souffle de parcourir. Coincé, il insulte à la fois deux équipes de journalistes — la sienne et celle de Québecor — et un magnat de presse qui, lui, ne sait que trop bien cracher le feu. Pour le meilleur et pour le pire, un seul des deux dragons dort sur un trésor.

Chronique

Une très mauvaise idée!

CHRONIQUE / François Legault devrait visiter l’Outaouais avant de laisser ses députés spéculer sur un projet de casino à Québec. L’idée peut sembler attrayante à cause des milliers de croisiéristes qui visitent la capitale, mais elle ignore un facteur important. Un casino, ce n’est pas que des appareils de jeux de hasard. C’est une ou deux salles de spectacles, des restaurants, des bars, et des évènements culturels ou récréatifs de toute nature. Or en Outaouais, l’ouverture d’un casino a créé une dure concurrence aux restaurateurs et aux bars locaux.

La ville de Québec a une belle réputation en terme d’offre gastronomique et culturelle. Désire-t-on vraiment voir l’État y faire concurrence aux commerçants locaux? 

«C’est une compétition déloyale», m’a expliqué mercredi le propriétaire du restaurant Le Troquet, de Gatineau, Éric Gaudreault. Membre de Vision Centre-Ville, un regroupement de commerçants qui ont vécu l’implantation du Casino du Lac-Leamy, M. Gaudreault explique «que personne dans le privé ne peut faire une offre comme le Casino peut en faire». 

En 2014, une initiative du Casino a soulevé la grogne chez les propriétaires de bars. Il s’agissait d’une nouvelle boîte de nuit visant à attirer les jeunes de 18 à 24 ans.

«Certains d’entre nous font des affaires depuis 35 ans à Gatineau, et tous les investissements faits dans nos établissements proviennent du privé. L’État québécois nous taxe déjà suffisamment et voilà qu’il va nous livrer une compétition directe en finançant ses activités avec les fonds publics. C’est carrément indécent», avait averti M. Gaudreault.

Le directeur général de Vision centre-ville, Stefan Psenak, avait lui aussi déploré l’attitude de la direction du Casino : «C’est un grand navire qui se dirige souvent seul. Ils font souvent peu de cas des doléances des personnes autour».

Les deux hommes n’ont pas changé d’idée. Pire encore, M. Gaudreault estime que l’annonce de la création d’un nouveau casino à Ottawa, en 2021, forcera celui de Gatineau à se montrer encore plus agressif dans son offre de jeu et de restauration, au détriment des commerces locaux. «On ne peut pas faire l’autruche, se mettre la tête dans le sable et dire que ça n’affecte pas le commerce local, ce n’est pas vrai».

M. Gaudreault signale par ailleurs que la compétition du Casino ne se limite pas à la clientèle, mais touche également le personnel. «Présentement, il y a une pénurie incroyable de cuisiniers et ils [le Casino] ont un avantage parce qu’ils offrent de meilleurs salaires. Alors c’est toujours difficile de leur faire compétition sur les salaires. C’est de plus en plus criant depuis un an ou deux».

«S’il y a un endroit où il y a tellement de choses à faire qu’on n’a pas besoin de casino, c’est bien le Vieux-Québec, estime M. Gaudreault. Si on parle de problématique en région, mettez plutôt un beau casino en Gaspésie, ça va peut-être aider Percé.»

Les députés de la Coalition avenir Québec (CAQ) veulent sortir l’actuel Salon de jeux de Vanier, l’un des quartiers les plus défavorisés de la capitale. Cette préoccupation a ses mérites. Mais elle fait fausse route en la doublant d’un autre projet, celui de transformer le Salon de jeu en casino afin d’y attirer les croisiéristes qui font escale à Québec. Les caquistes se sont immédiatement attiré la colère des gens de Charlevoix, qui craignent une concurrence directe à leur propre casino, situé à La Malbaie. Les restaurateurs, les tenanciers de bars et les dirigeants des salles de spectacle de Québec n’ont pas encore réagi, mais si j’étais à leur place, je garderais l’œil ouvert. La proposition de la CAQ, c’est une très mauvaise idée.

Chronique

L'homme qui voulait (re)vivre

CHRONIQUE / Jocelyn Prescott était membre de la Chambre de commerce, il avait une trentaine d’employés, cinq millions de chiffre d’affaires. Il avait une femme, une belle maison.

Sa femme est partie, sa compagnie a pris l’eau. «L’entreprise a bien fonctionné pendant environ 13 ans, mais les deux dernières années, c’était plus difficile. Après le divorce, ça a périclité. J’ai fait une faillite commerciale et puis une faillite personnelle. Je suis passé d’homme d’affaires reconnu à... rien.»

Sa vie s’est effondrée comme un château de cartes.

En novembre, il est monté dans son auto. «J’étais en dépression, je ne voyais pas de solution, j’avais l’idée d’en finir. J’ai quitté Gatineau, je suis venu à Québec. J’ai couché cinq jours dans mon auto, dans des stationnements de Tim Hortons. Et un matin, je suis parti avec l’intention d’aller frapper un poteau.»

À la place, il est allé frapper à la porte de la Maison Revivre, rue Saint-Vallier Ouest. 

Il avait entendu parler par hasard de cette maison pour les hommes qui n’ont nulle part où aller, mais il n’arrivait pas à se faire à l’idée d’aller là. «J’avais des préjugés... Et quand je suis arrivé, j’ai rencontré un homme à peu près du même âge que moi, qui avait aussi eu une entreprise, qui avait tout perdu.»

Ils sont de plus en plus comme eux, des hommes qui avaient une «vie normale» et qui, du jour au lendemain, se retrouvent dans la rue. 

Le pire, c’est que Jocelyn, avant de se lancer en affaires, avait travaillé pendant 15 ans en relation d’aide. Avec un baccalauréat en psychologie, un certificat en adaptation psychosociale, un autre en toxicomanie et un autre en santé mentale, il savait, en théorie, comment s’en sortir.

Je lui ai demandé si quelque chose aurait pu l’aider à bifurquer avant le cul-de-sac. «Je pourrais te dire plein de choses, des belles phrases... mais est-ce que ça aurait été utile? J’avais tous les outils en main, toute la théorie, mais je suis tombé quand même. Il n’y a pas de recette magique, pas de solution miracle. Tu descends, tu touches le fond et, arrive un moment où tu as deux choix...»

Mourir ou vivre.

Jocelyn a choisi de vivre.

Le 9 novembre, il est entré à la Maison Revivre. Le lendemain, il est allé s’inscrire à l’aide sociale. «J’ai tourné pendant une heure et demie autour... je ne me voyais tellement pas faire ça, je n’en revenais pas d’être rendu là, moi qui avais toujours connu le succès, bac avec mention, qui a été reconnu pour mon travail en relation d’aide, puis comme entrepreneur. Toute ma réalité était liée au succès.»

Il a pris une sacrée débarque.

À 59 ans, il est reparti de là. Du zéro kelvin. Il est allé chercher de l’aide chez Autonhommie, un centre de ressources pour hommes. «On a travaillé mon estime, je n’en avais plus, j’avais toujours vécu pour mon image. Ça a l’air super cliché ce que je vais te dire, mais j’ai compris que j’avais toujours vécu dans le paraître et là, je vis dans l’être.»

C’est la base.

Jocelyn a habité à la Maison Revivre jusqu’en février, le temps de se revirer de bord, d’encaisser un premier chèque d’aide sociale, de se trouver une place pour rester. «Je me suis trouvé un studio tout meublé, j’en suis à mon troisième mois. Là, j’économise et je calcule qu’en septembre, je vais pouvoir me trouver un 3 et demi.»

Il s’implique maintenant dans l’organisation du 40e anniversaire de la fondation de la maison, qui sera fêté cet automne. «J’ai trouvé le slogan “la Maison Revivre crée encore de l’espoir”. C’est ce que j’ai vécu. Je n’étais plus rien et maintenant, après sept mois, tout redevient possible.»

Il passe encore plusieurs nuits à la Maison. 

Comme employé maintenant. «Ici, ils ont vu mon potentiel et ils m’ont offert de travailler comme surveillant la nuit. Ils m’ont embauché, je suis rémunéré. J’ai retrouvé ma dignité que j’avais perdue. Tu sais quoi? Je gagne 400 $ clair par semaine et je n’ai jamais été heureux comme ça.»

– Et si tu n’étais pas venu ici, serais-tu mort?

– C’est clair.

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