En famille

La réussite passe par le ménage

Paraît que les ados de 13 ans, ça s’emmerde l’été. Je n’en suis pas encore là avec mes enfants toujours en âge de s’émerveiller devant un simple papillon, mais j’ai entendu les échos de bien des parents. Trop vieux pour aller au camp de jour, trop jeunes pour travailler légalement, paraîtrait que ces êtres en transition ne savent pas quoi faire de leur corps en pleine mutation une fois le dernier examen remis.

Personnellement, je me souviens très bien de l’été de mes
13 ans. C’était à une autre époque, j’en conviens. Les écrans ne s’étaient pas encore multipliés dans les foyers, imaginez ! Mais cet été-là, croyez-moi, je n’ai pas eu le temps de m’ennuyer.

Cet été-là, j’ai appris à me débrouiller. Ma mère avait subi une opération qui l’avait clouée au lit pendant six longues semaines. J’étais devenue, par la force des choses, maîtresse de maison intérimaire. Je m’étais retrouvée chef de famille, directrice du département des tâches ménagères et présidente du clan fraternel.

J’ai alors apprivoisé les fourneaux, fait connaissance avec le lave-vaisselle, découvert les secrets de la laveuse et fraternisé avec l’aspirateur. En parallèle, j’ai également développé de solides compétences en gestion de crisesssssssss auprès de mes trois frères, plus jeunes, ainsi qu’un certain talent de GO.

Je n’ai obtenu aucun diplôme à la fin de ce contrat imposé. Encore moins une rémunération au-delà d’un simple « Merci » venant du fond du cœur de ma chère maman. Mais le moins qu’on puisse dire, c’est que je suis ressortie grandie de cette « épreuve ».

Et savez-vous ce que je retiens de cette expérience qui m’a propulsé dans le monde des « grands », outre les très utiles connaissances de la gestion du quotidien ? C’est le souvenir que je n’ai pas détesté ça du tout ! J’irais même jusqu’à dire que j’ai passé du bon temps.

Éthique de travail

Si je vous parle de tout ça, c’est que je suis tombée par hasard sur un article intitulé Donner des corvées à vos enfants contribue à leur réussite.

Selon une étude de l’Université Harvard rendue publique il y a quelques mois, les enfants qui aident le plus à la maison sont ceux qui réussissent le mieux dans la vie. « Le succès professionnel est lié aux tâches ménagères réalisées lorsqu’on est encore enfant », affirme-t-elle.

Car ménage, rangement et préparation des repas développent leur sens des responsabilités, leur apprennent à faire des choses même quand ils n’en ont pas envie et leur enseignent à organiser leur temps, notamment. Chaque coup de balai est, en quelque sorte, un pas de plus vers l’obtention d’un MBA (bon, j’exagère peut-être un peu !)

Dans cette étude qui s’étend sur 75 ans, les chercheurs ont identifié deux facteurs essentiels au bonheur et au succès. Le premier : l’amour. Le second : l’éthique de travail. 

Et la meilleure façon d’apprendre une éthique de travail, selon les expériences des 724 répondants de l’étude — parmi eux se trouvent notamment le président Kennedy et l’ancien rédacteur en chef du Washington Post Ben Bradlee —, ce sont les tâches ménagères effectuées lorsqu’on est enfant.

« En sortant les poubelles ou en faisant le lavage, les enfants réalisent que dans la vie, ils doivent travailler. […] En lui confiant ces corvées, vous lui montrez que certains travaux doivent être faits. Vous lui apprenez le sens du travail d’équipe et de la coopération », fait valoir Julie Lythcott-Haims, auteure du best-seller Comment éduquer un adulte.

Autonomie, indépendance et débrouillardise s’en trouvent ainsi renforcées. Sans compter que les tâches qu’ils font, c’est du travail en moins pour nous, parents, n’est-ce pas ?

Déléguer

« Attends, t’es sérieuse, là ? Et négocier la crise qui survient immanquablement à la simple demande de vider le lave-vaisselle. Argumenter jusqu’à ce que mort s’ensuive si on ose ordonner de ranger leur chambre, c’est pas du travail, ça ? », vous entends-je déjà penser ? « Et devoir recommencer parce qu’ils ne l’auront pas fait comme il faut ! As-tu déjà admiré une salle de bain nettoyée par un kid de dix ans ? »

Vrai. J’ai moi aussi envie de pleurer juste à imaginer comment ma demande de ranger ses jouets sera reçue par ma fille de cinq ans. Et que dire du résultat de cette demande obtenu à grands coups d’argumentations dignes des meilleurs avocats en ville, d’excuses bidons et de larmes de crocodile...

Mais pour éduquer, il faut apprendre à déléguer. Il faut, comme parent, apprendre à faire avec, sinon accepter un job effectuée so-so par quelqu’un de moins expérimenté, mais qui gagnera en savoir-faire un peu plus chaque jour. 

Comme le dit si bien Julie Lythcott-­Haims, « en leur demandant de faire certaines tâches, les enfants apprennent qu’ils doivent contribuer au travail de la maison. Qu’il ne s’agit pas seulement de leur petite personne et de ce qu’ils veulent dans le moment ».

Partager les tâches ménagères, ça sert aussi à ça : à développer son sentiment d’appartenance à la famille, à se sentir utile et compétent, à être sensible aux valeurs d’entraide et de solidarité. Des qualités essentielles non seulement dans le monde du travail, mais dans la société en général.

Chronique

Le doigt de Justin Trudeau

CHRONIQUE / Justin Trudeau s’est acquis une respectable autorité morale. Au nom de valeurs cardinales — diversité, égalité, justice, paix… — il pointe les fautifs du doigt du juste. Il porte la voix des minorités et des opprimés de par le monde. Il jure, larme à l’œil, qu’il construira une harmonie durable entre la société blanche et les Premiers peuples. Il jure, l’arme à l’épaule, qu’il contribuera à la paix et à la sécurité en Lettonie et en Irak. Il porte les espoirs de chacune des lettres et chiffre du LGBTQ2. Il affronte le rustre président philippin qui confond justice et assassinat sommaire. Il accueille, entre novembre 2015 et janvier 2017, plus de 40 000 réfugiés de l’horreur syrienne. Il tient tête à Donald Trump au G7 puis au Sommet de l’OTAN et refuse de multiplier des dépenses militaires dont les Canadiens et les Québécois ne veulent pas…

Il y promet d’ailleurs de «protéger les “principes démocratiques” des pays occidentaux». Ouais. Bon. On y reviendra.

Il affirme aussi que «lorsque les femmes prennent la parole, nous avons le devoir de les écouter et de les croire». Ouais. Bon. On y reviendra.

On doit y revenir parce que l’autorité morale de Justin Trudeau est percée, craquée, ternie.

Il lui en reste. Beaucoup. Au Canada, on peut croire que Justin Trudeau incarne encore des valeurs passablement consensuelles. Si dans la genèse même du multiculturalisme canadien on ne trouvait pas une manœuvre pour noyer enfin la minorité française parmi toutes les minorités de la mosaïque canadienne, on pourrait y voir des valeurs d’accueil. Si le multiculturalisme n’était pas devenu un accessoire électoral qui épargne aux immigrants l’effort de l’intégration en échange d’un attachement durable au PLC, on pourrait y déceler une volonté humanitaire. Mais voilà : le multiculturalisme canadien ne parvient tant bien que mal à intégrer les immigrants que parce que la langue commune de l’Amérique est l’anglais. C’est cette faiblesse relative du français qui permet à la dynastie Trudeau de pointer un doigt accusateur sur le Québec qui se veut français et doit recourir à la contrainte. Raisonnable, mais contrainte.

En outre, sur la foi ajoutée aux dénonciations de victimes de comportements à caractère sexuel et malvenus, le portrait s’assombrit. On ne sait pas et ne saura jamais ce qui s’est passé un soir de l’an 2000 à Creston BC, dans une activité de la Fondation Avalanche. On ne saura jamais parce qu’aucun des protagonistes ne souhaite préciser ce que monsieur Trudeau a fait ou pas. On ne saura jamais si le «pelotage» — le mot est de La Presse canadienne — est affaire d’initiative insistante ou de perception de Rose Knight, alors journaliste au Creston Valley Advance.

Ce qu’on sait est qu’il dit s’être excusé d’un geste qui ne serait répréhensible que dans la perception de celle qui s’en affirme victime, anonyme jusqu’à tout récemment. Et qu’elle soutient que le geste fut réel, déplacé, et objet explicite des excuses. Et que le geste n’aurait pas été posé si le futur premier ministre avait su que madame Knight était journaliste. C’est bien assez pour douter, mais pas assez pour accuser.

Sauf aussi que Justin Trudeau a en effet lui-même dit à La Presse, le 28 janvier 2018, que «le harcèlement sexuel est un problème systémique. Il est inacceptable. Lorsque les femmes prennent la parole, nous avons la responsabilité de les écouter et de les croire.»… «et de les croire». Faut-il alors croire Rose Knight? Qu’en pensent les deux députés expulsés de son caucus pour des motifs comparables?

Justin Trudeau s’est aussi dressé en défenseur des principes démocratiques des pays occidentaux lors du sommet de l’OTAN. Est-ce que les principes démocratiques des pays occidentaux permettent ou cautionnent l’emprisonnement et l’exil d’élus catalans par les autorités espagnoles? Est-ce que le président de Catalogne, Carles Puigdemont, est un chef d’État moins légitime que Justin Trudeau? Est-ce que le droit à l’autodétermination du peuple catalan est moins valable que celui du Québec ou de l’Écosse qui ont, eux, tenu des référendums sur leur indépendance politique? On retiendra que les élus de l’Association des parlementaires de la Francophonie, réunis cette semaine à Québec, n’ont pas fait mieux en refusant de dénoncer le gouvernement de Madrid et que le délégué du Québec, docile, s’est abstenu lors du vote.

Malgré un sourire aveuglant et une dégaine qui ferait bonne figure dans la série Suits, Justin Trudeau a beaucoup perdu de sa superbe humanitaire et morale. Pour pointer du doigt le Québec, le président des États-Unis, celui de Russie ou des Philippines, il faut être irréprochable. Pour se poser en héros des diversités, des minorités vulnérables et des femmes qui — ­enfin! — dénoncent les agresseurs, il ne faut pas prétendre que «les gens comprennent que chaque situation est différente et que nous devons réfléchir et prendre au sérieux chaque situation au cas par cas», donc qu’il ne saurait être coupable de quelque geste répréhensible. Pour pointer du doigt la Russie en Crimée, il doit faire étalage d’un courage conséquent à l’encontre de l’Espagne en Catalogne.

À court de hauteur dans ses prétentions, le doigt accusateur pointé vers tout ce qui n’est pas conforme davantage à ses paroles qu’à ses gestes, son autorité morale fait figure de simple arrogance. À l’endroit d’un journaliste dont la question lui avait déplu, c’est aussi de l’arrogance que son père, Pierre Trudeau, a exprimée avec son doigt. Celui du milieu, pointé vers le haut. Le fils n’en a pas l’envergure.

Le gagnant…

Justin Trudeau qui se sort encore et encore, à grands coups de sourires et de larmes, de ses incohérences. Par un doigt… Il lui reste encore un capital important pour redorer l’image du Canada et la sienne.

…et le perdant

Ç’aurait pu être Rose Knight, écharde au doigt d’un premier ministre au-dessus de ses propres principes. À défaut d’une dénonciation claire de sa part, ce sera le président du gouvernement de Catalogne, Carles Puigdemont. Pendant que Justin Trudeau faisait la morale au Monde à Bruxelles, dans le pays voisin, il attendait le verdict du tribunal allemand allant, ou non, l’extrader vers l’Espagne où la prison le guette.

Chronique

Il en va de la presse comme de l’eau

CHRONIQUE / On a appris ça cette semaine, le gouvernement québécois demande des redevances dérisoires à des multinationales qui s’enrichissent avec notre eau.

Même pas une cenne le litre.

Ainsi, en 2017, pour plus de 2 milliards de litres, le Québec a reçu moins de 146 000$.

Et le gouvernement n’a pas l’air d’avoir l’intention d’en demander davantage, même si la ministre de l’Environnement, Isabelle Melançon, a affirmé à Radio-Canada par courriel que «l’eau est une richesse collective inestimable et il est de notre devoir de tout mettre en œuvre pour assurer sa protection et son utilisation durable».

Il y a loin de la coupe aux lèvres.

On croirait entendre la ministre du Patrimoine canadien, Mélanie Joly, quand elle parle de la presse, quand elle répète à quel point c’est important, mais qu’elle ne s’émeut pas outre mesure que les géants du Web, les Facebook et Google de ce monde, s’enrichissent impunément à partir de contenu produit à grands frais par les médias.

Parce que oui, produire une information de qualité, ça coûte de l’argent.

Et pendant que les médias traditionnels se fendent en quatre pour continuer à produire de l’information, les fausses nouvelles viennent brouiller les cartes. On avait besoin de ça comme d’un mal de dents. Non seulement faut-il trouver des nouvelles, il faut débusquer en plus celles qui n’en sont pas.

La ministre Joly est au courant du problème et, évidemment, comme s’il s’agissait d’une hydre à sept têtes, elle ne fera rien. 

La Presse canadienne, qui n’a d’ailleurs pas été épargnée par la crise, a révélé en février que son ministère a déjà baissé les bras. «Selon les documents obtenus par La Presse canadienne, grâce à une demande d’accès à l’information, le gouvernement fédéral reconnaît que les fausses nouvelles pourraient menacer les institutions démocratiques du Canada, dans un contexte où les médias traditionnels font face à des restrictions budgétaires et des défis financiers. Les notes ajoutent cependant que le gouvernement ne croit pas pouvoir faire en sorte de les stopper.»

On laisse ça à Facebook, encore.

Voyez l’ironie, Facebook mandate des journalistes pour identifier des fausses nouvelles en affamant les salles de rédaction.

Jusqu’ici, les quelques miettes distribuées à la presse par le gouvernement de Justin Trudeau ne visent que les médias locaux et encore, des montants tellement modestes qu’ils ne feront pas une réelle différence.

Un diachylon sur une hémorragie.

Pourtant, on n’hésite pas à subventionner les magazines, ceux de Québecor ont reçu 12,6 millions $ l’an dernier, à offrir des crédits d’impôt à ceux qui produisent des émissions télé, à soutenir les éditeurs, les producteurs de films. Ottawa vient d’annoncer 125 millions $ pour l’exportation de la créativité.

Quand les médias demandent de l’aide, on réplique qu’on ne veut pas soutenir une entreprise qui n’est pas viable, au lieu de dénoncer le détournement de fonds des géants du Web. Il est bon de rappeler que la chef de cabinet de Mélanie Joly, Leslie Church, était directrice des affaires publiques de Google jusqu’en 2015.

Ce sont aux vampires à payer pour le contenu avec lequel ils s’enrichissent.

Point.

Non seulement Ottawa donne des millions en publicité à Facebook, Google et Twitter, les crédits d’impôt octroyés aux compagnies qui font de même privent le trésor de 1,3 milliard $. Des déductions qui découlent de l’interprétation large d’un article de la loi sur le revenu.

Sans compter les millions que génère l’utilisation du contenu des journaux, des revenus estimés à 23 millions $ pour Facebook au Québec seulement, par Jean-Hugues Roy, professeur à l’UQAM, à partir des chiffres fournis par l’entreprise de Mark Zuckerberg. Les médias ne devraient-ils pas avoir leur part du gâteau?

Oui.

C’est ce que les médias demandent. Pas la charité, mais un partage équitable des revenus qu’ils génèrent. 

Il en va de la presse comme de l’eau. En s’obstinant à ne pas la reconnaître à sa juste valeur, à permettre à qui le veut bien de se l’approprier, de l’exploiter, les sources finiront par se tarir.

Chroniques

Question de feeling

Quand on s’attarde sur la base de mon genou gauche, on peut voir comme un chiffre d’écrit. En fait, ça a plus l’air d’un pourcentage : 18%, pour être vraiment précise. En bleu. Bleu-gris poussière de roche.

Cette marque est née d’une plonge en vélo quand j’avais dix ans. Malgré une bonne dose de Peroxide, la guérison a emprisonné des particules de garnottes dans ma peau.

Chronique

Le cœur grand comme ça

CHRONIQUE / Quand Karine Miville et Chantal Lambert sont allées chercher Élisabeth* à l’hôpital, elle avait six mois, elle y était depuis qu’elle était née.

Quand elles la prenaient, la petite pleurait.

«C’était un petit animal sauvage. Elle n’avait pas été habituée aux contacts humains à l’hôpital. Elle était farouche, elle n’aimait pas ça. Il a fallu l’habituer tranquillement à se faire prendre. Il a fallu lui apprendre l’amour.»

Il faut beaucoup d’amour pour enseigner l’amour.

Aujourd’hui, elle a deux ans. «Elle veut toujours nous coller et elle sourit tout le temps! C’est notre petit rayon de soleil.» Chantal et Karine ne savent pas combien de temps elles pourront l’étreindre, Élisabeth est atteinte de neurodystrophie, une maladie dégénérative qui finira par leur enlever.

Chantal et Karine vivent un jour à la fois.

Karine et Chantal sont en train de l’adopter, comme elles ont adopté leurs trois garçons, James, Christopher et Dominique, tous atteints de paralysie cérébrale. James vient de Montréal, il est aveugle, Dominique a les poumons si fragiles que les médecins ont dit qu’il ne passerait pas le premier hiver à la maison. Il est branché à une bonbonne d’oxygène 24 heures sur 24. «Lui aussi était à l’hôpital depuis un an et demi, depuis qu’il était né, ils n’arrivaient pas à lui trouver une place ailleurs. On a décidé de l’adopter quand même. On s’est dit qu’il passerait le temps qu’il lui reste dans une vraie famille.»

Il a six ans.

Et il y a leur plus grand, Christopher, huit ans. «Christopher, c’est le seul avec qui on peut communiquer. Il se fait comprendre, il a appris quelques signes à l’école et il peut exprimer ses besoins.»

Les quatre sont aux couches. 

Et gavés.

Juste préparer les médicaments, ça prend une heure par jour.

Je suis allée les voir dans leur maison de Saint-Marc-des-Carrières la semaine passée, c’est Chantal qui m’avait écrit pour m’inviter à venir rencontrer sa bande de joyeux lurons, parce qu’ils sont tous joyeux, même s’ils auraient toutes les raisons du monde de ne pas l’être. Ils pourraient faire pitié, on ne s’en formaliserait pas.

Mais non, pas une seconde. Même pas un millième de seconde. «C’est tous des colleux, nos enfants.»

Elles les aiment, pour de vrai.

Karine et Chantal ont commencé ça il y a une dizaine d’années, elles ont d’abord été une famille d’accueil pour Laura, atteinte de paralysie cérébrale, ses parents étaient totalement épuisés. «Quand j’ai vu l’annonce du CRDI où on cherchait un endroit pour leur offrir du répit, j’en ai parlé à Karine. On s’est dit que ça serait un beau projet de couple, on cherchait justement quelque chose.»

Vite comme ça, Karine n’avait pas le profil de l’emploi, elle travaillait en informatique, devant un écran et des pitons. Elle a tout laissé pour suivre une formation de préposée aux bénéficiaires, une formation de 1500 heures, pour se consacrer entièrement à la petite Laura.

Laura est décédée il y a cinq ans d’une infection pulmonaire. 

Puis il y a eu Antoine, il avait sept ans quand il est arrivé. «Il est rendu à 17-18 ans, il est atteint du syndrome Cornelia de Lange, qui fait qu’il mesure à peu près trois pieds. Il vient une fin de semaine sur deux ici, pour donner du répit à ses parents». 

Chantal le prend à Québec le vendredi en finissant de travailler, elle le ramène le lundi.

Elle travaille à temps plein.

Vu l’épaisseur du dossier médical de chaque enfant, et la quantité de soins qu’ils nécessitent, Chantal et Karine ont de l’aide de 7h à 19h30 la semaine, deux Laurie, Laurie jour et Laurie soir, qui leur donnent un coup de main dans tout ce qu’il y a à faire pour s’occuper de la marmaille.

Pendant que nous jasions autour de la table, le livreur de la pharmacie est entré sans cogner, il connaît les airs, pareil pour le monsieur venu porter les quatre grosses boîtes de couches pour Christopher.

Christopher avait deux ans quand il est arrivé.

Quand on s’est rencontrés, la famille revenait d’une semaine de vacances dans un chalet à Nicolet. «Ce n’était pas un chalet adapté, on s’est débrouillées. On en a choisi un où on avait accès à une piscine intérieure, au cas où il n’aurait pas fait beau. Il n’y a pas grand-chose qu’on ne leur fait pas faire...»

Elles ont même racheté un autobus adapté de la société des transports de Montréal pour se promener en famille.

Quand ils ne sont pas sur la trotte, ils profitent de leur belle maison, de l’air climatisé quand il fait trop chaud, et de la piscine aussi, qu’ils ont obtenue grâce à la Fondation rêve d’enfants. Le patio, c’est la Fondation Maurice Tanguay. «On joue dehors, on leur lit des histoires. On s’entoure de choses pour les stimuler.»

Il y a les nombreux rendez-vous aussi, à l’hôpital et un peu partout, Karine a un agenda bien rempli, tellement que Chantal ou Laurie jour doit parfois venir en renfort quand il y en a deux en même temps. Il y a les séjours à l’hôpital, pour Dominique surtout, plus fragile que les autres.»

Surtout l’hiver. 

Il y a aussi la bureaucratie, de plus en plus lourde. «C’est plus compliqué, et plus long. Il y a tellement de coupures, les délais d’attente s’allongent. Tout est plus ardu. Quand on a demandé le fauteuil adapté pour Élisabeth, ça a pris six mois pour l’avoir, il était trop petit quand on l’a eu. Il a fallu en demander un autre...»

C’est un exemple parmi d’autres.

Elles m’ont parlé d’un jeune garçon qui a une jambe amputée et qui arrive, avec ses «béquilles canadiennes» à jouer au soccer. «Il les a cassées en jouant, on a refusé de lui en donner d’autres, en disant que c’était un usage excessif.»

Quand elles ont voulu avoir une marchette pour Christopher, on exigeait qu’il puisse avancer de sept mètres avec. «On leur a dit qu’il fallait une marchette pour qu’il apprenne à marcher, c’était impossible. On a réussi à s’en faire prêter une et, quand il a pu faire sept mètres, il a eu la sienne.

Christopher adore sa marchette. «Quand on va au parc, il est à la hauteur des autres enfants. Il peut interagir avec eux.»

C’est toute la différence du monde.

Chronique

Mes clins d’oeil de la semaine

Ma plaque personnalisée

Ainsi donc, les Québécois pourront obtenir des plaques d’immatriculation personnalisées à compter du 27 juillet. Pour la modique somme de... 250 $ et des frais annuels de 34,50 $. Et puisque nous sommes dans le monde de plaques en métal et non pas numériques, les inscriptions autorisées devront compter entre deux et sept caractères.

Pas de problème pour moi, mon nom compte sept caractères… Et même si on vous a baptisé Onésime, ça va également. Mais dommage pour les Jean-François, Marie-Dominique, Anne-Louise, Charles-Édouard et compagnie, il faudra vous trouver un diminutif. Même problème pour Pierre Karl Péladeau, mais dans son cas, PKP fait l’affaire depuis longtemps.

Question : désirez-vous véritablement avoir votre prénom sur la plaque d’immatriculation de votre automobile, de votre motoneige ou de votre moto? Pas moi. Je n’écrirais surtout pas «retraité» sur la mienne parce que ça fait huit caractères, et surtout que ça fait déjà trop mal au cœur d’avoir atteint cet âge.

Encore la peinture…

Là je m’excuse, parce que c’est la quatrième fois en autant de semaines que j’en parle. Mais les courriels continuent d’entrer. La Ville de Québec, notre capitale nationale, se traîne encore les pieds dans la peinture des passages protégés pour les piétons.

Voici quelques témoignages :

«Décidément cette année la Ville a fait plusieurs oublis. Nous attendons toujours la peinture à l’intersection de la rue Fraser et Salaberry ainsi qu’à l’intersection des rues Maisonneuve et Salaberry. Un coin particulièrement dangereux surtout aux heures de pointe».

«Je viens de vous lire sur les passages piétonniers, et à Cap-Rouge face au stationnement municipal, on ne voit plus rien aussi!»

«Bonjour Monsieur Lavoie, un peu de potinage, pour pousser un peu plus l’absurde de l’administration Labeaume, pas capable de peindre les lignes mais qui envisage sérieusement de déneiger des pistes cyclables en hiver. Racontez ça à un cheval de bois et il va se mettre à ruer.»

Même si la Ville tarde avec sa peinture, un lecteur optimiste propose une nouvelle signalisation pour les passages à piétons. Je ne sais pas où il a pris ça, mais c’est plutôt convaincant. Mais si la capitale nationale du roi Régis a de la difficulté avec la signalisation actuelle, c’est rêver en couleur que d’espérer un tel effort d’originalité. Je vous transmets quand même la suggestion.

En famille

Bien vivre dans le chaos

La conciliation travail-famille… Chaque fois qu’on mentionne ces trois mots ensemble, je ne peux m’empêcher de pousser un soupir. Et/ou de sourire. Parce qu’on en fait un enjeu de société, alors qu’à mon avis, ce n’en est pas un.

On arrive tous, par la force des choses, à concilier travail et
famille. C’est souvent boiteux, souvent cahoteux et on tourne parfois les coins ronds, mais au bout du compte, on arrive tous à la ligne d’arrivée de chaque journée. Alors, l’enjeu n’est pas tant là, non.

Il se situe, selon moi, dans notre conception de la réalité.

La conciliation travail-famille est une source de stress importante pour 62 % des parents, selon un récent dossier de l’Observatoire des tout-petits. 

Mais une question me chicote. Qu’est-ce que ça signifie pour chaque parent interrogé, la conciliation travail-famille ? Comment définit-il le concept, et de quoi aurait-il besoin pour améliorer son quotidien ?

Selon le sondage, les parents d’aujourd’hui souhaitent avoir plus de temps à consacrer à leur famille et être en mesure d’effectuer toutes les tâches quotidiennes sans trop courir.

Plusieurs ont rapporté avoir déjà accès à des horaires de travail flexibles, de la flexibilité dans le choix de leurs vacances, posséder une banque d’heures ou de temps accumulé et même des congés payés pour responsabilités familiales. Mais encore ?

Culpabilité, quand tu nous tiens

J’ai donc posé la question à quelques personnes de mon entourage. Sans s’être parlé, quelques-unes d’entre elles m’ont rapporté essentiellement les mêmes propos qui ont trouvé écho dans ma réalité.

Vous savez ce qui est pire que d’affronter chaque jour ce gros défi qu’est la conciliation travail-famille ? C’est la culpabilité qui vient avec. « Je me sens souvent coupable, parfois face à mon patron, parfois face à mes enfants et ma femme », me disait notamment un collègue, papa de quatre enfants.

« Quand ça fait trois jours que je ne me suis pas pointé au bureau parce que j’en ai un de malade à la maison, j’ai envie de m’excuser à mon boss. Et quand je quitte toute la journée un samedi pour travailler, j’ai envie de m’excuser à ma gang et aussi à ma femme, qui se retrouve toute seule avec notre imposante tribu. »

Car il y a ça, aussi. Vrai que l’essor des nouvelles technologies nous facilite souvent la vie en permettant entre autres de travailler à distance, mais ça rend aussi plus difficile la coupure entre le travail et la vie de famille.

La flexibilité des horaires permet aussi de se rendre chez le médecin avec fiston à 14 h un mardi, mais ça a le désavantage que ces heures de travail manquées, il faut les rattraper, ce qui fait qu’on doit étirer la journée de travail jusqu’à tard en soirée, voire durant la fin de semaine. « Le problème, c’est que je n’arrive même pas à les reprendre dans mon horaire déjà trop chargé ! » fait pour sa part remarquer une amie maman de deux garçons d’âge préscolaire aux prises avec un trouble du spectre de l’autisme et un TDAH et pour qui les rendez-vous se multiplient.

Donc, on se sent coupable. Tout le temps. Coupable d’arriver tard au boulot, coupable de partir tôt. Coupable de s’absenter, coupable de devoir rattraper du travail en soirée plutôt que de jouer avec les enfants ou de passer du temps en couple.

Coupable d’être fatigué, coupable d’envoyer les enfants à la garderie même si on est en congé parce qu’on voudrait faire le ménage et des commissions en étant tranquille (même pas aller au spa ou au cinéma, là !), coupable de crier, coupable de demander de l’aide, coupable de caller une livraison parce qu’on n’a pas eu le temps de cuisiner un bon repas santé, coupable de ploguer les enfants devant la télévision juste pour avoir ne serait-ce que 30 minutes de sainte paix !

Coupable de ne pas voir nos amis assez souvent, coupable de ne pas appeler nos parents assez souvent. Coupable de s’effondrer devant la télévision à 21 h, quand les petits sont enfin couchés, plutôt que d’aller s’entraîner au gym. Coupable de voir d’autres parents avoir le temps d’aller skier ou faire du camping le week-end alors qu’on peine à en trouver pour se raser les jambes. Coupable, coupable, coupable.

Alors, c’est quoi, la conciliation travail-famille ? Un idéal à atteindre ? Une séduisante utopie ? Voire un concept marketing à exploiter (si ce n’est déjà fait) ?

Imparfait, c’est parfait

La meilleure réponse que j’ai trouvée à ce jour et que j’essaie d’assimiler, c’est : bien vivre dans le chaos !

C’est accepter que tout ne soit pas parfait. Que les limites de l’un ne soient pas les limites de l’autre. Que les choix et les façons de faire de l’un ne soient pas les nôtres. Que tout ne soit pas fait comme on voudrait qu’il le soit. 

C’est aussi réviser ses exigences à la baisse. C’est s’asseoir un jour, dresser sa charte des valeurs, définir ce qui est important pour nous, et se rendre compte que finalement, c’est pas si grave que ça si la balayeuse n’est pas passée quand la visite arrive. Que le meilleur choix un samedi après-midi est peut-être de faire une sieste plutôt que le ménage afin de recevoir les invités avec le sourire plutôt que dans une maison digne d’un magazine. 

Puis, c’est prendre des décisions en conséquence.

La conciliation travail-famille, donc, c’est d’abord dans notre tête que ça se passe. Quand ce qui est le plus important à ce moment précis est clair dans notre tête, tout semble plus facile. Parce que c’est moins culpabilisant. Parfois, la famille est plus importante que le travail. D’autres fois, c’est le contraire. C’est quand on arrive à ne pas se sentir coupable de prioriser ni l’un ni l’autre au moment opportun qu’on arrive, je crois, à un juste équilibre.

C’est le travail de toute une vie. Le reste peut attendre.

Chronique

Lac-Mégantic: l’angoisse persistante

CHRONIQUE / Depuis 2013, chaque année, à l’approche du 6 juillet, la petite angoisse revient. Persistante. Rien de terrible. Eux, à Mégantic comme on dit, ils ont vécu et sont condamnés à porter bien pire. Pour toute la vie. Juste ma petite angoisse à moi dans la foulée du drame de Lac-Mégantic. Chaque année, je sais que je devrai me souvenir, tenter d’expliquer, commenter, dénoncer ou apaiser, reliquat du rôle de ministre de l’Environnement du gouvernement de Pauline Marois. Gérer mes propres incertitudes, le petit serrement aux tripes.

Cinq ans après le drame de Lac-Mégantic, je suis toujours incapable de simplement me construire et croire en une explication, un sommaire rationnel, un récit qui, dur peut-être, colmatera tant bien que mal la brèche d’une réflexion qui ne semble jamais achevée.

Ce sont des images qui se bousculent d’abord.

Les regards vides dans les salles et les couloirs de la polyvalente de la petite ville, vides de détresse, vides d’une vie soutirée, vides de ne pouvoir se tourner vers un voisin qui n’est pas moins affligé.

Les milliers de litres d’eau sale qui, après le pétrole en flammes, se déversent dans le lac et la rivière Chaudière, un peu retenus, espère-t-on, par des estacades d’un jaune de parc d’amusement puis pompée, espère-t-on, pour éviter le pire en aval.

Le panache de fumée sombre et menaçante qui forcera l’évacuation de quartiers complets, ajoutant à la colère des gens. On nous interdira d’y aller sans tout un attirail jusqu’à ce qu’à bout de patience, je transgresse les limites pour aller voir, percevoir, comprendre ce qu’on y trouvera.

Les terrasses abandonnées, bières, verres, parfois sacoche ou veste oubliées dans la fuite d’un incendie d’une envergure inimaginable et des cris de gens avalés par le feu du pétrole.

Les décombres calcinés, les objets du quotidien noircis, fondus, brûlés, au fond des trous qui témoignent qu’ici, il y a quelques jours encore, vivait une famille.

Les reflets aux couleurs d’un arc-en-ciel sombre à la surface des eaux, une si mince couche d’huile alors que du pétrole — combien de pétrole? — est charrié, roulé et déposé au fond du lac et de la rivière. On ne saura jamais combien. Minimiser n’est pas plus responsable qu’alarmer. On sait toutefois que la rivière a repris son rôle auprès des riverains, du barrage de Lac-Mégantic jusqu’au Saint-Laurent. L’espace de quelques jours, on craignait même qu’une nappe de pétrole ne vienne ruiner la saison touristique de Québec. Bien sûr, rien de tel ne s’est produit…

Je me souviens avoir eu maille à partir avec quelques militants écologistes. Des gens que je respecte, mais qui, alors que beaucoup collaboraient discrètement pour le bien commun, ajoutaient, pour ainsi dire, de l’huile sur le feu de la détresse avec, me semblait-il, trop peu d’égards pour la connaissance et la science. Nous avons fait notre paix depuis.

Puis vinrent les jours, semaines, mois et années des bilans. Des retours dans le temps à la recherche d’informations qui nous faisaient cruellement défaut dans le feu de l’action. Ho! Je crois que toute l’équipe du gouvernement Marois et les fonctionnaires et experts du ministère de l’Environnement ont fait un travail absolument exemplaire et courageux. Mais avec ce qu’on avait. Avec ce qu’on savait.

Je me souviens d’une ordonnance — un acte exécutoire rendant les entreprises financièrement responsables des dommages matériels et environnementaux — que j’ai émise le 13 août 2013. J’en avais déjà émis plusieurs. Les médias disaient qu’on ne verrait jamais un sou de cet argent. Je crois que ce qui a été perçu depuis ne l’aurait peut-être pas été sans ces ordonnances. Celle du 13 août est particulière. Elle vise le Canadien Pacifique. Un géant ferroviaire avide de profits qui réfute toujours toute responsabilité dans l’affaire.

À l’époque, j’ai agi pour des raisons environnementales, morales et aussi politiques. Beaucoup par intuition aussi. Aujourd’hui, je prends connaissance d’un livre important écrit par Anne-Marie Saint-Cerny, une de ces militants qui m’ont donné du fil à retordre justement. Un livre appelé tout simplement Mégantic. On sera d’accord ou pas avec la colère, mais il a cette vertu salutaire de lever le voile sur la genèse du drame. À bien des égards, il pourrait avoir été en gestation des années, en gestation dans l’insouciance, l’avidité, l’hypocrisie d’actionnaires et de gestionnaires. L’affaire n’est pas finie. Les tribunaux trancheront.

Et qu’a-t-on fait depuis? On a détourné l’attention avec le procès de gens ayant agi conformément à la culture de négligence dangereuse d’une entreprise digne de toutes les injures et son patron digne de tous les mépris : la détestable MMA. Négligence des vérifications de sécurité, négligence de l’entretien des rails, alourdissement des convois, rallongement des convois, multiplication des convois, réduction du personnel… Une bombe à retardement qu’on a ignorée tant que des vies humaines n’ont pas été emportées.

On a aussi promis, enfin, une voie de contournement pour la communauté de Lac-Mégantic. Un apaisement. Un sommeil plus serein.

Mais à part ça? Davantage de trains transportent davantage de pétrole sur les rails et à travers les centres-ville du Québec, n’en informant les autorités locales qu’après leur passage.

Rien pour se débarrasser d’une petite angoisse persistante… Pour m’offrir ce recul libérateur, concilier colère et désir de compréhension à partager, peut-être que ce dont j’aurai besoin, c’est de retourner marcher sur le bout du quai de Lac-Mégantic d’où l’hélicoptère de la SQ me prenait pour mesurer l’ampleur du drame. Retourner voir le lac. Parler seul comme si je revisitais la trame avec ces si grandes dames qu’ont été Colette Roy Laroche et Pauline Marois. Aller battre un peu la semelle dans ce nouveau centre-ville qui n’a pas une âme, mais bien 47.

Les perdants…

47 familles auxquelles on a arraché ces âmes.

…les gagnants

Des actionnaires qui n’en ont pas.

Opinions

Délinquance et recyclage

CHRONIQUE / On assiste à une grave crise dans l’industrie du recyclage du papier au Québec. Sans solution rapide et durable, elle risque de nous ramener 30 ans en arrière, au moment où les premières collectes sélectives ont été mises sur pied dans des municipalités québécoises, et de décourager les gens à poursuivre leurs efforts de recyclage.

L’accumulation de ballots de papier dans des cours des centres de tri, comme celles de Montréal et de Récupération 2000 à Cowansville, pourrait se conclure par leur enfouissement si aucun débouché n’est trouvé. Plusieurs doutent déjà que les matières déposées dans les bacs bleus soient bel et bien recyclées. Acheminer du papier dans un dépotoir donnerait de la crédibilité à leurs soupçons. La confiance des citoyens envers les municipalités et les entreprises de recyclage serait lourdement et possiblement altérée à jamais.

Chronique

Pas de changements climatiques en Ontario…

CHRONIQUE / Prévisible, mais tellement décevant : l’Ontario se retire du marché du carbone. Il fallait un Ford, de la famille automobile du même nom, pour nous infliger une telle décision. Je comprends que le nouveau premier ministre ontarien en ait fait une promesse électorale, mais on aurait pu espérer qu’il y réfléchisse un peu, qu’il analyse soigneusement la question avant d’aller de l’avant. Mais non.

Nous avons vécu la même déception lorsque Donald Trump a retiré son pays de l’accord de Paris sur les changements climatiques. Mais au moins, les États américains ne le suivent pas tous dans sa décision. C’est différent dans le cas de l’Ontario : toute la province devra suivre la politique du gouvernement de la province.

«Nous sommes la première génération à constater les changements climatiques, et nous sommes la dernière génération qui peut faire quelque chose à ce sujet», avait déclaré Barack Obama à la Conférence de Paris. Tous les espoirs semblaient alors permis. Les leaders de la planète semblaient convaincus qu’il fallait agir, et qu’il en coûterait beaucoup moins cher d’intervenir immédiatement au lieu de ne rien faire et d’attendre les dégâts. L’autre grande conclusion de cette conférence était que le virage vers les énergies vertes entraînerait la création de nouveaux secteurs industriels très payants pour les pays qui accepteraient de le prendre.

Doug Ford n’était pas à Paris. Je parie qu’il n’a même pas suivi les travaux de cette conférence. Mais peu importe, sa décision nous renvoie au discours classique des gens qui n’ont que l’économie en priorité : pour eux, une taxe sur le carbone augmente les coûts de production de nos industries, donc leur capacité concurrentielle à l’international. Elle cause aussi une hausse du prix de l’essence à la pompe, ce qui est vrai. Mais qui a dit que la lutte aux gaz à effet de serre se ferait sans difficultés et sans investissements de la part des gouvernements, des entreprises et des individus? Personne! Il était clair, à Paris, que la réduction des GES demanderait des efforts considérables à tous les niveaux. Alors vous comprenez que si un pays riche comme le Canada se dit incapable d’assumer sa part de cet effort international, personne ne le fera.

Le plus surprenant, c’est que le gouvernement ontarien devra dépenser une fortune pour sortir du marché du carbone. Les entreprises ontariennes ont déjà investi 2,9 milliards $ pour acquérir les droits d’émission sur ce marché auquel l’Ontario s’était joint, aux côtés du Québec et de la Californie. Or il leur est maintenant interdit de revendre ces droits ou crédits puisque leur province s’en retire. Elles pourraient donc réclamer une forme de compensation auprès de leur gouvernement. Une belle bataille juridique en perspective.

D’autre part, Doug Ford devra s’engager dans une longue querelle avec le gouvernement Trudeau qui imposera sa taxe sur le carbone à compter du 1er janvier, aux provinces qui n’en auront pas. Doug Ford entend contester cette taxe jusqu’à la Cour suprême. À moins que les tribunaux n’ordonnent au fédéral de surseoir à l’application de cette nouvelle taxe, ce qui n’est pas acquis, le gouvernement Ford verra celui d’Ottawa empocher et redistribuer à sa guise des revenus qui auraient normalement dû être encaissés par la province.

Si les politiciens sont incapables de mener la lutte contre les changements climatiques, il faudra s’en remettre aux nouvelles technologies pour réduire les émissions. Il se fait de belles choses de ce côté, mais ce sera trop tard. Si ce ne l’est pas déjà…