Sports

Le sport à Montréal, ça va mal!

CHRONIQUE / Êtes-vous un partisan du Canadien ? Ou de l’Impact ? Ou des Alouettes ? Si vous avez répondu oui à l’une de ces trois questions, c’est clair que vous ne vous amusez pas beaucoup par les temps qui courent.

Honnêtement, je ne me souviens pas d’une époque où toutes les équipes de sport professionnel de Montréal avaient été aussi mal en point. Car ça va mal pour tout le monde !

Pour faire changement, attardons-nous d’abord à l’Impact, qui vient d’échanger Laurent Ciman, défenseur efficace et joueur très populaire auprès des partisans.

Depuis 2012, soit depuis que l’équipe a fait le saut en MLS, l’Impact jouit d’une immunité auprès des médias, principalement, et des amateurs, dans une moindre mesure. Montréal est enfin dans la grosse ligue de soccer, on est contents, on est heureux et on pardonne sans trop de mal à la formation des saisons ordinaires, des changements continuels d’entraîneurs et des décisions douteuses. Mais on est dans la grosse ligue et juste ça, c’est bien en masse pour le moment...

Du moins, c’était bien en masse. Car les choses viennent de changer avec la transaction qui a envoyé Ciman au Los Angeles FC. Depuis mardi soir, les critiques pleuvent et l’Impact se fait joyeusement ramasser sur les réseaux sociaux. À lire ce qui s’écrit sur Twitter, y’a plusieurs abonnements de saison qui ne seront pas renouvelés...

La lune de miel est finie et l’heure est venue pour l’Impact de livrer la marchandise et de se comporter en organisation sérieuse. Et ça commence dans les plus hautes sphères de l’organigramme avec Jœy Saputo, qui a tendance à se comporter comme feu George Steinbrenner, qui faisait la pluie et le beau temps alors qu’il était propriétaire des Yankees de New York.

Ceci, en passant, n’était pas un compliment.

Les Alouettes

L’Impact est tout croche, mais il suscite encore de l’intérêt. La situation des Alouettes est plus préoccupante puisqu’on sent que les amateurs ont commencé à décrocher. Et ça, c’est la pire chose qui puisse arriver à une organisation sportive.

Les sièges vides étaient parfois nombreux la saison dernière au stade Percival-Molson. Et ils risquent d’être encore plus nombreux en 2018 si les gens ne voient pas poindre un brin d’espoir à l’horizon.

Le directeur général Kavis Reed ne reviendra pas en tant qu’entraîneur en chef, ce qui est déjà une excellente nouvelle. Mais il doit maintenant trouver le bon homme et procéder aux changements de personnel appropriés. Devant l’évidence, il est condamné à réussir.

Car dans ce cas-ci, il en va de la survie de la concession. Rien de moins. Mais est-ce que Reed est la bonne personne pour ramener les Alouettes dans la bonne direction ? Ça, c’est une autre histoire...

Le Canadien

Même si on constate une baisse d’intérêt, la survie du Canadien est loin d’être menacée. Car gagne ou perd, on parle de l’équipe tout le temps, ne serait-ce que pour chialer.

Le Canadien est à la merci des humeurs de ses partisans. Lorsque l’équipe a remporté cinq victoires de suite, les gens ont recommencé à agiter leur drapeau tricolore et ont recommencé à croire solidement aux chances de leur club de faire les séries et même d’aller loin. Mais là, à la suite des trois dernières défaites, la déprime a repris toute la place. Et on recommencera à triper quand les p’tits gars de Claude Julien vont en coller deux en ligne. 

Même si c’était leur idée, croyez-vous vraiment que Geoff Molson et Marc Bergevin seraient capables de vendre un plan de reconstruction à des partisans aussi instables ?

C’est drôle à dire, mais les fans du Canadien n’aident pas toujours leur équipe.

Entre les lignes

Des rangées d’yeux mouillés

CHRONIQUE / La dernière fois que j’ai pleuré, c’était dans la rangée U.

Là, ça m’est arrivé, encore, mais dans la rangée B. 

Par chance, les deux fois, ma mère se trouvait tout près et elle me fournissait en mouchoirs. 

Allez savoir pourquoi: moi qui me mouche 95 fois par jour, 365 jours par année, j’ai TOUJOURS des mouchoirs sur moi. Mais quand je sors avec ma mère, j’oublie de me faire des réserves. 

Le temps d’un spectacle, je redeviens une enfant. Avec le Kleenex, elle m’offre parfois un bonbon rayé à la menthe ou une gomme Excel dans le paquet bleu. Des fois aussi, elle me fait des gros yeux en voyant qu’encore une fois, je me fie sur elle au niveau de l’écoulement nasal. 

Mais comme elle m’aime d’un amour inconditionnel...

En novembre, ensemble nous sommes donc allées voir le spectacle de la Troupe Musicophonie au théâtre Palace. Rangée U. 

Organisé au profit de la Chaire de recherche Louis-Philippe Janvier, En famille était animé par Émilie et Marie-Ève Janvier, les soeurs-chanteuses du jeune homme emporté par le cancer en 2013. À un moment donné dans le concert, on nous présente un montage des nombreux spectacles animés par Louis-Philippe au fil des années. Musicophonie c’était pour lui. C’était lui. Une vidéo forte en émotions. Tout de suite après, les deux filles sont arrivées sur scène pour livrer Le Phil de nos vies, une chanson écrite à la suite de son départ. 

Seigneur.

Voir quelqu’un chanter des paroles qui prennent aux tripes sans trémolo dans la voix, ça me jette chaque fois par terre. D’entendre ces deux grandes voix livrer cette chanson avec aplomb, et ce, malgré la charge émotive que cela représentait pour elles, m’a complètement bouleversée. J’en avais mal à la gorge. 

«Comment elles font?», que j’ai réussi à souffler à ma mère... tout en lui tendant la main, signe qu’il me fallait un Kleenex pour me recoller le mascara à la bonne place.

Quelle force. 

Le week-end dernier, c’était le spectacle de Noël de l’école de danse Tendanse où nos deux filles sont inscrites. Une joyeuse ribambelle de chorégraphies hip hop, de danse lyrique et de paillettes mettant en vedette beaucoup de talent, le jaune moutarde et le jeans troué. Cette année, pour la première fois, l’école offrait un cours de danse parents-enfants. 

Seigneur.

Les premiers mouvements de la choré, c’est une grand-maman qui les faisait, seule, au beau milieu de la scène. Quand les lumières ont éclairé le reste du groupe, des mamans suivaient le rythme et, comme de petites souris sortant des murs, leurs filles sont venues les rejoindre en courant. Le tout sur une version smooth d’Everybody Hurts du groupe R.E.M. Cette pièce occupe la 37e position dans le Top 100 des chansons qui font pleurer. Juste avant Hallelujah interprétée par Rufus Wainwright. 

Vous savez à Battleship, quand on touche et coule le paquebot de notre adversaire? J’étais soudainement ce bateau: touchée droit au coeur et submergée par un flot de larmes.

Parmi les souris-danseuses, il y avait Annabel. La petite souffre d’une maladie très rare qui a nécessité une trachéotomie à sa naissance.

Elle dansait avec sa mère et sa mamie. Ti-chat d’amour.  

C’était tellement beau de la voir. Beau de les voir.

J’ai pleuré ma vie. Rangée B. 

Et à entendre les gens se moucher ici et là dans le Palace, je n’étais pas la seule. Les gens braillaient. Rangées A à Z.

Ce numéro était d’une douceur... C’était complètement renversant. 

Chapeau à l’école qui ouvre grand ses portes aux enfants différents.

J’ai croisé Véronique, la maman de Milann, à l’entracte. Le petit bonhomme est atteint de trisomie 21, ce qui ne l’empêche pas de faire du hip hop. Il a dansé avec son groupe ce week-end.

«On a tellement pleuré de le voir aller!», qu’elle m’a lancé, fière de l’exploit de son garçon, qui a fait ça comme un grand.

Bref, on est une méchante gang de braillards à se tenir au Palace.

Ne nous présentez pas Les Misérables, on va inonder la place...

Entre les lignes

Communiquoi ?

Mardi dernier, Chantal m’appelle au bureau pour me parler d’un projet mis sur pied par son fils dans le cadre de ses études en cinquième secondaire. Une exposition. Comme le jeune homme est à l’école le jour, c’est elle qui veille à faire circuler l’information. Ce que je comprends parfaitement.

On s’organise. Elle m’envoie du matériel et je m’engage à publier un petit quelque chose dans ma prochaine édition, celle que vous lisez actuellement.

Jeudi dernier, c'est au tour de Martin de me laisser un message au bureau pour me parler d’un projet mis sur pied par son fils dans le cadre de ses études en cinquième secondaire. Une exposition. Comme le jeune homme est à l’école le jour, c’est lui qui veille à faire circuler l’information. Il souhaite que je le rappelle, car il veut me donner tous les détails.

Avant de composer son numéro pour le joindre, je me fais une promesse intérieurement : si les parents du dit jeune homme habitent sous le même toit, c’est officiel qu’ils deviennent le sujet de ma prochaine chronique. Celle que vous lisez actuellement !

Pourquoi ? Parce que comme eux, tous les couples ayant leurs enfants sept jours sur sept, 365 jours par année — ceux formant les familles dites « nucléaires » —, voient le temps filer si vite que parfois, ils n’ont même pas le temps de se parler. Pire, ils souhaitent se dire certaines choses, mais les heures passent, et ils oublient. 

De septembre à juin, le phénomène est pire. 

Avec l’école, les cours, les rendez-vous ici et là, le travail et tout le reste, un couple ça se met rapidement au courant, ça s’avertit, ça s’organise, ça projette, ça met au point, ça se questionne, ça chiale, ça peut même juger et se chicaner, mais ça prend moins le temps de se « parler » à proprement dit. C’est plus rare, mettons. Il y a des jours, on se donne la tag dans la porte d’entrée de la maison... C’est complètement fou.

— « Ouin, on a une belle communication ! », m’a lancé le papa, en riant, quand je lui ai annoncé avoir déjà tout ce qu’il faut pour parler de l’exposition de son ado.

— Pas grave, vous êtes loin d’être les seuls : c’est pareil chez nous !, que je lui ai dit tout en lui avouant ma joie de les savoir ensemble. Ça va me faire un super bon sujet de chronique !

Pas facile de maintenir un taux de communication dans le brouhaha du quotidien. Surtout avec des enfants de 6 à 17 ans. 

Moi, après avoir fait deux fois le taxi pour ma grande, avoir fait réciter les mots d’anglais à ma petite, avoir rempli sa boîte à lunch, fait couler son bain et lui avoir répété huit fois d’aller se brosser les dents, après avoir mis le souper au frigo dans-des-ti-plats-de-plastique et plié deux bacs de linge propre, j’ai comment dire besoin d’une pause. Je n’ai pas nécessairement le goût de régler des dossiers, de parler de choses sérieuses ou encore du boulot. Du mien comme du sien. Parce que oui, les moments qu’il nous reste seuls à mon chum et moi, se pointent souvent le soir vers 22 h. Comme je me couche vers 21 h, faites le calcul, le temps destiné à la communication est… limité.

Ce n’est pas qu’on n’a rien à se dire. C’est le temps pour le faire qui nous manque, souvent, malheureusement. Les priorités, on y fait toutefois face. On en jase et on est efficaces, mais le reste...

Mon chum a déjà appris des trucs par rapport à mon horaire de la semaine en jasant avec une de nos amies ! Mieux vaut en rire.

Bien communiquer est le secret d’une entente amoureuse durable, qu’on peut lire partout.

Facile à dire, penseront plusieurs. L’important, que je me dis, c’est la qualité des choses qu’on se dit. Pas la quantité.

Souvent, pour ne rien oublier, ou pour m’assurer de dire telle ou telle chose à mon homme, je l’écris. Pas le choix.

Moi, le soir après le train, je ne veux pas toujours parler : j’ai la langue à terre.

Patrick Duquette

Rendre des comptes

CHRONIQUE / Une autre enquête accablante du coroner, une autre crise à gérer pour le CISSS de l’Outaouais.

Ce qui me frappe chaque fois, c’est le peu d’empressement de l’organisation à rendre de véritables comptes à la population.

On préfère en imputer la faute aux médias, comme l’a laissé entendre la haute direction du CISSS lors de son point de presse vendredi. Les journalistes ne font pourtant que leur travail en rapportant le résultat des enquêtes.

Ou encore, on se cache derrière la menace de judiciarisation d’un dossier pour rapidement mettre fin à un point de presse sur les ratés du système de santé, comme l’a fait la ministre régionale Stéphanie Vallée, lundi matin, à Gatineau.

Quant au ministre de la Santé, Gaétan Barrette, il préfère ne pas se mêler de ce qu’il considère comme des « enjeux internes ».

Le fait est qu’on refuse de rendre de véritables comptes à la population sur la qualité, et même sur la sécurité des soins hospitaliers donnés en Outaouais. 

C’est bien beau de dire que les « morts évitables » survenues dans les hôpitaux de l’Outaouais sont des cas isolés et n’ont pas de similitudes entre eux. Encore faut-il le démontrer. Et c’est cela que la ministre Vallée, de même que la haute direction du CISSS de l’Outaouais sont incapables de faire de manière convaincante.

Toute comparaison est boiteuse, mais imaginons un instant qu’il se produise deux meurtres dans la même semaine à Gatineau. Ce serait inhabituel et on peut imaginer sans peine que la population serait sous le choc. Le chef de police convoquerait une conférence de presse. Après avoir exprimé son empathie pour les victimes, il tenterait de rassurer la population. Ces deux meurtres, bien que choquants, sont des cas isolés, dirait-il. Et il aurait des statistiques et des rapports annuels pour démontrer qu’effectivement, le nombre d’homicides demeure stable. Il trouverait peut-être même un graphique quelque part, avec une courbe indiquant que la criminalité est en baisse…

Bref, il serait en mesure de donner une perspective globale. De fournir le big picture. De nous décoller le nez de la tragédie pour saisir l’ensemble de l’œuvre. Et de démontrer qu’effectivement, les apparences peuvent être trompeuses. C’est ce que le CISSS de l’Outaouais est incapable de faire quand une autre histoire pathétique survient dans ses hôpitaux et fait la une des journaux.

Pourtant, la majorité des gens sensés est capable de comprendre qu’il se commet des erreurs dans un hôpital.

Les patients hospitalisés sont de plus en plus vulnérables en raison de leur fragilité et de la complexité croissante des soins. Pas pour rien qu’une hospitalisation sur 18 donne lieu à un événement préjudiciable pour les usagers du système de santé, rapportait une étude canadienne publiée en 2016. Même qu’une fois sur cinq, une première bavure médicale en entraînera d’autres, souligne cette étude de l’Institut canadien d’information sur la santé.

Oui, il se commet des erreurs dans les hôpitaux. C’est inévitable.

Encore faut-il avoir le courage de les admettre. Et la meilleure manière de le faire, c’est de documenter avec rigueur l’ensemble des incidents et accidents qui surviennent dans les hôpitaux. Certaines provinces ont même adopté des lois ou des politiques obligeant la déclaration de tels incidents. C’est le cas du Manitoba… et du Québec.

Pourtant, après le décès tragique et évitable de Marc-André Maxwell à l’hôpital de Gatineau, en décembre 2015, personne n’a jugé bon de remplir un rapport d’incident après l’échec des procédures de réanimation. Une lacune relevée par le commissaire aux plaintes du CISSS de l’Outaouais, Louis-Philippe Mayrand, dans son rapport.

Si on veut que le réflexe de blâmer les personnes impliquées dans telles tragédies cède la place à une culture d’ouverture et d’apprentissage, il faudra pourtant avoir le courage de les documenter. C’est encore le meilleur moyen d’en tirer des leçons et de rendre de véritables comptes à la population.

Entre les lignes

Une belle soirée poivre-tilleul

CHRONIQUE / En fouillant pour trouver de la soie dentaire dans la pharmacie d’une amie dernièrement, je suis tombée sur ce qu’on pourrait appeler «une antiquité». Là, à côté de son déodorant et du nécessaire pour qui porte des verres de contact, j’ai découvert une bouteille de parfum poire-tilleul signé Fruits et Passion.

Ça, des bouteilles de parfum poire-tilleul signé Fruits et Passion, j’en ai vendu des caisses... dans une autre vie.

Cette fiole vert foncé, avec sa petite étiquette ronde tout aussi verte, m’a fait faire un méchant voyage dans le temps ce soir-là. En portant le flacon à mon nez, j’ai immédiatement été transportée aux Galeries de Granby, en plein rush de Noël, à l’hiver 1998!

Cette bouteille, ma chum la garde précieusement depuis... très longtemps. 

Malgré tout, l’odeur n’avait pas changé.

La poire occupait toujours la note de tête, laissant ensuite place au doux parfum du tilleul.

Tout en ramenant d’heureux souvenirs à ma mémoire, ce petit contenant de verre m’a réconciliée avec moi-même. En l’apportant dans la cuisine pour en vaporiser le contenu sur tout le monde, j’ai appris que Véro s’en servait désormais comme parfum d’ambiance dans sa salle de bain.

Le parfum d’ambiance est un phénomène né il y a une vingtaine d’années. Avant ça, on craquait des allumettes ou on épluchait des clémentines. 

Dans le temps, le parfum d’ambiance était THE cadeau d’hôtesse. Un push-push et ça chassait toutes les odeurs de cuisson ou les relents de couche de bébé Léon. Personnellement, j’en avais toujours deux versions à portée de main: Fruits des Vergers et Fruits des Champs. Honnêtement, l’odeur était nettement plus agréable que celle du vaporisateur désinfectant Lysol.

Bref, moi qui me trouvais fancy d’utiliser de l’eau de toilette pour chasser les odeurs désagréables de petit coin, j’ai découvert que je n’étais pas seule.

Tout le monde a, un jour, manqué son coup au niveau de l’alchimie parfum/corps. Au lieu de refiler nos mauvais achats à la belle-soeur dans un échange de cadeaux poches, repenser son utilité peut être une option.

Personnellement, il y a longtemps que je vaporise de la bruine pour le corps Human, toujours de Fruit et Passion, pour parfumer ma salle de bain. Chaque fois que je le portais, je le sentais. 

Visiblement, le match n’était pas parfait. 

Mais comme j’aimais bien l’odeur, j’ai décidé de le convertir en vaporisateur. 

En m’attardant à l’étiquette pour le bien de cette chronique, j’ai réalisé que cette «brume pour le corps», j’aurais pu m’en servir comme déodorant. 

Autre découverte: celle-ci est faite à base de fomes officinalis.

Le mot est d’ailleurs mis en évidence sur la bouteille, comme si tout le monde avait suivi sa formation en botanique. J’ai fait une recherche rapide. Pour notre culture personnelle, retenons qu’il s’agit ici d’une espèce de champignon. D’un point de vue marketing, j’avoue que le caractère exotique de fomes officinalis donne plus envie de s’en mettre partout...

C’est fou de voir à quel point le simple fait de croiser un flacon de 250 ml de parfum vendu à l’aube des années 2000 en allant faire pipi peut nous amener loin!

Si j’ai eu du plaisir à ce fameux souper parfumé?

Oui. Beaucoup. Je l’ai souvent écrit: passer du bon temps entre amis fait partie des belles choses de la vie.

Comment reconnaître nos bons amis?

Laissez-moi vous mettre au parfum: ce sont ceux qui vous le disent quand vous avez un grain de poivre coincé entre deux dents.

Sports

Le personnage Carey Price

CHRONICLE / J’écris cette chronique avant la rencontre que disputait le Canadien face aux Blue Jackets de Columbus lundi soir. Peut-être que Carey Price a connu un autre bon match, peut-être que les partisans du Tricolore ont retrouvé foi en leur équipe. Et peut-être que vous allez trouver que je passe à côté avec ce texte.

Carey Price est un des meilleurs gardiens de la Ligue nationale. Je ne crois pas avoir déjà écrit que c’était le meilleur parce qu’il ne s’est jamais comporté comme tel en séries éliminatoires, là où ça compte vraiment. Mais ça reste un des meilleurs.

Il y a le gardien, mais il y a aussi le personnage. Et j’ai plus de misère avec le personnage qu’avec le gardien.

Le personnage, c’est celui que l’homme a créé un peu lui-même, mais c’est probablement surtout celui que le Canadien a créé. Et un brin les médias aussi.

Le personnage Carey Price, c’est l’athlète intouchable et inatteignable qu’il est devenu.

Intouchable parce que c’est difficile de le critiquer. Le statut du meilleur gardien de la Ligue nationale, que lui ont accordé plusieurs, fait en sorte qu’il faut se lever de bonne heure pour remettre ses performances en question. Avant de dire que c’est de sa faute si le Canadien a perdu, il faut passer en revue le travail des défenseurs, des attaquants, du coach, de tout le monde. Peut-être qu’après avoir analysé l’ouvrage de tous, on pourra dire qu’il a coûté la victoire à son équipe. Peut-être.

Inatteignable. Price est inatteignable parce qu’il y a constamment une aura de mystère autour de lui. On sait rarement ce qu’il pense, il répond rarement aux questions et, quand il le fait, il balance quelques mots qui ne veulent pas dire grand-chose. Et on ne parlera pas de ses blessures, dont la nature fait toujours l’objet de cachotteries inimaginables.

Price fait beaucoup d’argent. Et de nos jours, les organisations de sport professionnel font de gros efforts pour « protéger » leurs athlètes multimillionnaires. Quitte à en faire des êtres à part et quitte, par le fait même, à les rendre moins sympathiques pour la peine auprès du public, celui qui met directement l’argent dans leurs poches.

Je ne vous parlerai pas de Guy Lafleur qui, malgré son statut de meilleur joueur de la Ligue nationale en deuxième partie des années 70, était un grand livre ouvert. Je ne vous en parlerai pas parce qu’on me dira qu’il s’agissait d’une autre époque et que ça ne se compare pas. Mais il doit y avoir un juste milieu entre Lafleur et Price.

Quand le Canadien gagne et que le numéro 31 fait les arrêts, les gens font avec le personnage Carey Price. Mais quand le Tricolore perd et que le gardien n’arrête rien, tout ce qu’il y a autour du personnage agace, dérange et ne passe pas.

C’est le personnage qui, un jour, risque de sortir Carey Price de Montréal.

Isabelle Légaré

Mourir pour ça?

Avez-vous un cellulaire? Question inutile, j’en conviens. Tout le monde en a un. Vous regarderez plus tard, ce n’est pas urgent, mais que dit votre plus récent texto? Celui que vous avez envoyé ou reçu, peu importe.

Personnellement, j’ai écrit à l’ado juste avant de quitter le bureau pour la maison. «T’as le goût de quoi pour souper?» Le mot «Pizza!» est apparu quelques minutes plus tard à l’écran de mon téléphone portable, au moment où je démarrais la voiture. Le temps de trouver et de peser sur le symbole du pouce en l’air que j’étais en route. 

«Êtes-vous prêts à mourir pour ça?» 

C’est Alain Bilocq qui nous pose la question en sachant pertinemment que la réponse est non. Personne ne veut se tuer en conduisant d’une main et en demandant de l’autre: «Toute garnie ou végétarienne?» 

N’empêche que ça arrive, des décès causés par des messages très souvent anodins échangés quand ce n’est pas le bon moment ni le bon endroit.

Le neurochirurgien compte au moins deux patients qui sont morts parce que selon toute vraisemblance, ils étaient concentrés à lire ou à écrire sur leur cellulaire, mais pas à conduire prudemment. Il le sait parce que les interlocuteurs de ces victimes lui ont avoué, anéantis: «On se textait puis à un moment donné, il ne me répondait plus...»

Le médecin ne tient pas de statistiques. Son rôle ne consiste pas à connaître tous les tenants et aboutissants reliés à un accident de la route, mais une chose est certaine: «J’ai connaissance dans ma pratique de plusieurs cas où le texto est impliqué.»

En apprenant qu’un jeune homme a embouti un chasse-neige en plein après-midi, alors que les conditions météo et routières étaient parfaites, le docteur Bilocq ne peut s’empêcher de penser qu’il y a un cellulaire là-dessous. Il poserait bien la question au conducteur étendu sur la civière, mais ce dernier est plongé dans un profond coma et s’il en sort vivant, son existence d’avant ne sera probablement qu’un vague souvenir. Victime d’un grave traumatisme crânien, le gars voué à un brillant avenir devra apprivoiser des troubles moteurs, cognitifs, de comportement... À moins d’un miracle, l’invalide ne pourra jamais retrouver son emploi ou reprendre ses études là où tout s’est brusquement arrêté.

Tout ça pour ça. 

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Chronique

Électoraliste et jovialiste

CHRONIQUE / Annoncer de tels cadeaux à trois jours du congrès du Parti libéral et à moins d’un an des élections, c’est poser un geste électoraliste. Je comprends pourquoi le député Guy Ouellette a demandé à réintégrer tout de suite le caucus du PLQ : la rencontre de la fin de semaine avec les militants sera une véritable célébration de la générosité de leur gouvernement. Ce sera la fête!

La question n’est pas de savoir si les Québécois seront heureux de la baisse d’impôt et des chèques à venir de 100 $ pour la rentrée scolaire. Tout le monde applaudira. Mais avant de bénir ce gouvernement, il faut se demander s’il a les moyens de ses ambitions. Parce qu’à l’évidence, cette mise à jour des finances de l’État est avant tout une manœuvre visant à tirer le tapis sous les pieds de François Legault et de la CAQ.

Les prévisions économiques du ministre sont très optimistes. Tellement optimistes qu’elles pourraient être jovialistes. Le document déposé par le ministre consacre 50 pages à nous démontrer à quel point l’économie va bien dans le monde, et à peine deux pages pour nous rappeler les principaux risques qui nous guettent.

Sans surprise, le ministère des Finances signale l’incertitude entourant la renégociation des accords sur le libre-échange. Mais le risque principal ne couvre que deux lignes : «Le cycle économique mondial est mature, et un ralentissement généralisé est toujours possible.»

En mars dernier, les documents budgétaires avaient été plus précis : «Dans plusieurs pays, l’activité économique se situe près du potentiel.» En termes clairs, cela veut dire que la croissance économique tire à sa fin et qu’un ralentissement est à prévoir.

Le budget de mars nous avait aussi mis en garde contre un resserrement des politiques monétaires des banques centrales «à un rythme plus élevé que prévu, ce qui pourrait contribuer à limiter la croissance économique mondiale». On a ignoré cet avis dans les documents de mardi. Mais on a ajouté que le secteur immobilier canadien demeure surévalué à Vancouver et Toronto, et que «le risque d’éclatement d’une bulle est toujours présent». Un tel événement aurait des effets «sur la croissance économique de l’ensemble du Canada», rappelle le Ministère.

Je n’ai rien contre les baisses d’impôt et les investissements dans la santé et l’éducation annoncés par le ministre Leitão, et je nous souhaite à tous de voir ses prédictions optimistes devenir réalité. Mais quand le gouvernement nous annonce des cadeaux de 11 milliards $ sur six ans alors que son mandat électoral tire à sa fin, il faut se garder une petite dose de réalisme : les prévisions économiques ne sont pas une science exacte.

Ce qui est exact et inquiétant, c’est que le Québec demeure la province la plus endettée au pays. Et malgré les centaines de millions de dollars versés au Fonds des générations, on constate, dans les tableaux du Ministère, que la décroissance de la dette brute en pourcentage du PIB sera moins importante en 2018 par rapport à celle des trois années précédentes. Ce n’est jamais surprenant de voir un gouvernement augmenter ses dépenses en année électorale, mais c’est toujours inquiétant. Parce que s’il est vrai que l’économie du Québec va tellement bien, c’est maintenant qu’il faut faire des efforts supplémentaires pour diminuer la dette, et non pas à l’approche de la prochaine récession.

Carlos Leitão est un économiste compétent. Mais il a démontré mardi qu’il est également un politicien.

Entre les lignes

Histoire de cernes

CHRONIQUE / Le syndrome du voisin gonflable ne m’a jamais affectée. La preuve, pendant qu’autour de moi tout le monde textait, facebookait ou pinterestait à partir d’iPhones 6 et plus ou de Samsung Galaxy gros comme des tablettes, moi, je me contentais de mon petit iPhone 4 noir, ton sur ton. Oui, celui lancé juste après le flip.

Vous savez, contrairement à la croyance populaire, je pouvais l’utiliser pour appeler et envoyer des courriels ! 

C’est vrai, je vous l’accorde, je ne pouvais pas coller le GIF d’une otarie qui applaudit pour exprimer ma joie en image, mais dans l’ensemble, mon cellulaire « faisait la job », comme on dit. 

Dire que j’ai souvent fait rire de moi en sortant cette antiquité de mes poches (surtout au bureau) serait toutefois un euphémisme.

Même si mon estime personnelle n’était pas en chute libre devant tout ce sarcasme, j’ai dit « Oui ! » quand mon chum m’a offert son vieux iPhone 6 Plus dernièrement. Il entre plus serré dans mes poches, mais je n’ai plus besoin d’une deuxième paire de lunettes quand je navigue sur Internet.

Bref. Un matin, j’arrive au bureau, fière de montrer à mes collègues que, comme eux, je suis à-la-fine-pointe-de-la-technologie. Bien sûr, ça en prend plus que ça pour les impressionner. D’ailleurs, mon « nouveau » côté full techno a vite pris une débarque quand, tout bonnement, mon patron est passé à côté de mon bureau en m’annonçant qu’il venait de partir son souper... avec son téléphone cellulaire.

Bon, je connais les grandes lignes de la domotique, mais de savoir que quelqu’un pouvait partir la cuisson de son rôti de lard à distance, ça, je n’avais encore jamais vu ça. Moi, je suis encore à l’étape d’applaudir le génie qui se cache derrière ma mijoteuse. On part de loin...

En fait, Marc a expliqué à la néophyte que je suis qu’il possédait un thermocirculateur. Un ANOVA Precision Cooker. C’est un récipient qu’on remplit d’eau dans laquelle on plonge nos aliments à cuire emballés sous vide. « Par un procédé d’équilibrage thermique, la bouffe cuit en atteignant la température de l’eau et, comme ça, rien n’est jamais surcuit ! », qu’il m’a dit, avec tous les termes scientifiques liés au phénomène.

Sa machine, liée à une application et une panoplie de recettes, il peut la contrôler à distance avec son téléphone. « Un jour, ils vont sans doute faire une application pour les Apple Watch », qu’il m’a lancé en jetant un œil... à son Apple Watch.

Bla,bla, bla...

On n’arrête pas le progrès.

Qu’est-ce qu’il a fait cuire avec son téléphone, le cuistot ?

Des œufs à la coque !

Ça m’a pris le temps de cuisson d’un œuf tourné avant d’arrêter de rire.

— Tout ça pour faire cuire des ŒUFS À’COQUE ? , que je lui ai balancé. Pis ça va cuire pendant combien de temps ton festin ?

Quand il m’a annoncé que ça allait prendre 45 minutes, j’ai failli demander qu’on me réanime tellement je riais.

Wow, ça c’est de l’efficacité !

Les nouvelles technologies ne sont pas censées nous faire gagner du temps ?

Bof, si le souper se fait pendant qu’on est au bureau, on s’en fout pas mal du temps que ça prend finalement, que je me suis dit. 

Pourvu que ce soit prêt une fois à la maison.

Moi, la folle, je passe mes dimanches après-midis à faire de la bouffe pour la semaine. Quand je ne le fais pas, je cours comme un singe toute la semaine et on ne soupe jamais avant 19 h.

Paraît que les œufs patronaux étaient « soyeux et sans aucun cerne noir à l’intérieur » ce soir-là.

Si je m’ouvrais, moi aussi, à toutes ces bébelles technos destinées à la cuisine, peut-être que moi aussi je serais moins cernée. 

Patrick Duquette

Sortir du cadre

CHRONIQUE / Très enrichissantes, ces discussions amorcées par Tourisme Outaouais en vue de faire de Gatineau une vraie porte d’entrée du Québec pour les touristes de l’extérieur.

Je pense même qu’on devrait en profiter pour admettre une fois pour toutes qu’il faut parler d’Ottawa-Gatineau comme d’une seule région.

Pour les touristes qui arrivent de France, de Grande-Bretagne ou d’Allemagne, les frontières entre nos deux villes n’ont aucune espèce d’importance.

Et peut-être qu’il faut en tirer une leçon comme Gatinois nous qui vivons et dormons à Gatineau, qui envoyons nos enfants à la garderie et à l’école au Québec, mais qui travaillons pour la plupart en Ontario.

Peut-être que la solution pour aviver le sentiment d’appartenance des gens de Gatineau, c’est de cesser de se voir comme des résidents d’une ville, mais comme faisant partie d’un ensemble plus large qui est la région d’Ottawa-Gatineau.

Le succès des fêtes du 150e est en train de nous démontrer ce qui se passe quand on raisonne comme une seule et grande entité au lieu de se voir comme des villes et des provinces différentes.

On a déjà commencé à le faire davantage en transport en commun et en développement économique. Le tourisme est un autre domaine où Ottawa et Gatineau ont tout intérêt à s’entendre.

Avec le succès des Mosaïcultures et de Volta, Gatineau a même démontré qu’elle pouvait à l’occasion damer le pion à Ottawa, sa célèbre voisine, en termes de succès touristique.

Même les tours Brigil, un projet controversé pour toutes sortes de bonnes raisons, part de cette même logique tout à fait légitime, que Gatineau et l’Outaouais doivent prendre davantage leur place dans la région de la capitale.

Avec les célébrations de 2017, Ottawa a été forcé de regarder ce qui se fait de bien de l’autre côté de la rivière. Il y a là un momentum à exploiter pour les gens de l’Outaouais.

Je pense que Tourisme Outaouais fait bien de profiter de ce moment de lucidité collective pour essayer de créer quelque chose de plus permanent, que ce soit une vraie porte d’entrée du Québec ou autre chose.

J’aime beaucoup cette idée qui est ressortie de la rencontre de mardi dernier à la Ferme Moore et qui rassemblaient une centaine des principaux acteurs touristiques, d’affaires et culturels de la région.

On suggérait à Tourisme Outaouais de miser sur la cohabitation entre les cultures francophones, anglophones et autochtones. C’est vraiment une particularité propre à notre région, en plus d’être foncièrement… canadien.

Pas de doute que d’un point de vue touristique, il y a là un filon intéressant à explorer.

Ce débat sur la porte d’entrée est une belle occasion de laisser tomber nos frontières parfois imaginaires. Il faut cesser de rester « pogné dans le cadre », comme l’a si bien résumé la directrice de Tourisme Outaouais, France Bélisle.

J’espère qu’on saura la saisir.