Sports

Et qu’est-ce qui attend Adam Dyczka maintenant?

«Pis M. Tassé, il va faire quoi, Adam, maintenant ? »

Cette question, elle m’a été posée plusieurs fois depuis samedi. À l’épicerie, à la station-service, à la garderie et même par mon voisin, qui me parlait de sport pour la toute première fois en 10 ans !

Opinions

Aux urnes en famille

CHRONIQUE / Sur la route menant à Sutton, samedi dernier, ma petite de neuf ans a manifesté sa surprise de ne pas voir « François » (Bonnardel) — comme si elle avait gardé les cochons avec lui dans une autre vie ! — sur les pancartes de la CAQ.

— C’est qui, elle ? qu’elle nous a demandé, confuse et visiblement déstabilisée.

Chronique

Moi, je vote pour Mme Leclerc!

CHRONIQUE / Depuis le temps que les politiciens se plaignent du gouvernement par les juges, voilà qu’ils se tournent vers la vérificatrice générale (VG) du Québec, Guylaine Leclerc, pour décider à leur place. En fin de semaine, François Legault a déclaré qu’une fois élu, il lui demanderait de scruter les compétences des sous-ministres pour se débarrasser des incompétents.

Au Parti québécois, Jean-François Lisée a déjà dit qu’il confierait à Mme Leclerc la tâche de faire des recommandations sur le nombre d’immigrants à accueillir «en fonction de nos besoins d’emploi et de notre capacité d’intégration».

Coudonc! Tant qu’à faire, pourquoi ne pas demander à Mme Leclerc de se présenter dans une circonscription? La vérificatrice a déjà dit que l’idée de M. Legault n’était pas dans son mandat. «Ben, on va changer la loi», a dit M. Legault en fin de semaine. Franchement, ça ne fait pas sérieux. Pas plus, d’ailleurs, que l’idée de Lisée de lui demander combien d’immigrants le Québec peut accueillir. On élit les politiciens pour prendre ce genre de décision. Et jusqu’à preuve du contraire, leurs fonctionnaires sont aussi compétents que ceux de la vérificatrice pour faire des recommandations au gouvernement.

L’énoncé d’intention de François Legault est d’autant plus surprenant que le premier défi d’un nouveau gouvernement est de gagner la confiance de la haute fonction publique. Or, voilà que le chef du parti qui a le plus de chances actuellement de devenir premier ministre leur dit qu’il va les faire évaluer, et qu’il va chercher des moyens pour les convaincre de quitter la fonction publique. Le chef de la Coalition avenir Québec pointe même du doigt le ministère des Transports. Vous imaginez un peu le climat que ça va créer si M. Legault prend le pouvoir? Et pire encore, vous voyez d’ici la faible collaboration qu’il aura de ces hauts fonctionnaires, surtout s’il dirige un gouvernement minoritaire?Parce que l’évaluation de la compétence de ces fonctionnaires par la VG, ça prendrait un certain temps, surtout s’il faut changer la loi pour lui confier ce mandat!

Je comprends François Legault de désirer la compétence aux plus hauts niveaux de l’administration publique. Mais je pense qu’à cette étape, il devrait gagner la confiance des employés de l’État, au lieu de nourrir leur méfiance. Parce que veut, veut pas, il aura besoin d’eux.

Brasser les cartes

Question : est-ce que vous voteriez pour Québec solidaire (QS) si le parti avait une chance réelle de prendre le pouvoir? Pas nécessairement. QS a démontré son utilité à l’Assemblée nationale en soulevant des préoccupations qui échappent parfois aux autres partis. Et si Manon Massé a pris tellement d’importance dans cette campagne, c’est parce qu’elle a démontré un sérieux qui lui a valu un grand capital de sympathie. Elle offre donc une voix de protestation à ceux et celles qui ne se retrouvent plus dans les autres partis. C’est une avenue rassurante parce que tout le monde sait bien qu’elle ne prendra pas le pouvoir.

Mais c’est une avenue qui pourrait tout de même brasser les cartes si le prochain gouvernement est minoritaire et qu’il a besoin d’appuis dans les autres partis. Alors à ce chapitre, Jean-François Lisée a raison de nous demander de lire le programme politique de Québec solidaire.

Chronique

Autour d'un ballon, la suite

CHRONIQUE / Ça a commencé par un sourire, par un bonjour de Samuel à Francis, pendant leur quart de soir.

Le premier est de l’île Maurice, l’autre de Beauce.

Francis Guénette travaille à l’usine d’Olymel à Vallée-Jonction depuis huit ans, il venait tout juste d’avoir un poste de soir quand Samuel est débarqué avec une trentaine d’autres Mauriciens en plein mois de mars. Il manque tellement de main-d’œuvre que la compagnie est allée recruter directement là-bas.

Et à Madagascar aussi.

Toujours est-il que Samuel Riche saluait Francis et que Francis l’a salué en retour. Ils se sont parlé, Samuel a demandé à Francis s’il y avait une place où il pouvait jouer au soccer, Francis ne savait pas trop quoi répondre, il savait juste où on pouvait jouer au hockey. Ils se sont regardés, ont pensé à la même chose.

D’organiser eux-mêmes des matchs de soccer.

Je vous ai parlé d’eux il y a deux mois, c’est une lectrice qui m’avait refilé le tuyau. Elle avait rencontré Francis la veille au spectacle de Beck au Festival d’été, il lui avait parlé de son projet, elle a trouvé ça beau. Elle s’est dit que c’est le genre d’histoire qui m’intéresserait et elle avait raison.

J’ai contacté Francis cinq minutes plus tard.

Il m’a dit que les matchs avaient lieu le dimanche après-midi à Sainte-Marie, en arrière du casse-croûte Chez Dan. Les gens viennent jouer quand ils peuvent, pas besoin de s’annoncer, les équipes sont faites sur place avec ceux qui sont là. Les joueurs sont là pour s’amuser, et pour gagner aussi.

Ça se sent.

Pour ceux qui n’ont pas lu la première chronique, ou qui ont oublié, je disais que j’étais allée les voir, le match avait lieu samedi parce qu’il y avait un grand festin mauricien le lendemain. Mes deux gars ont joué avec eux pendant que je jasais dans les estrades. Même Marquis, le contremaître, est passé faire son tour.

Samuel et Francis travaillent dans son département, Samuel est «désosseur», Francis est «scieur».

J’ai raconté cette histoire et ça aurait pu en rester là, mais ils avaient d’autres projets pour l’équipe, ils voulaient être une vraie équipe pour s’inscrire à des tournois. Olymel leur a fourni les chandails, ils ont trouvé un nom. Beauce United. Ça résume bien, même si c’est en anglais.

Un clin d’œil au Manchester United, légendaire club britannique.

J’aime bien l’idée que ça sous-tend, une Beauce unie.

Je dis ça même si je sais qu’au début, quand on a annoncé l’arrivée de ces cohortes de travailleurs venus de très loin, tout le monde n’était pas chaud à l’idée. La Municipalité de Sainte-Marie avait organisé des rencontres avec les citoyens avant que les renforts débarquent pour qu’ils posent leurs questions.

Et exposent leurs peurs.

Je suis retournée à Sainte-Marie la semaine dernière, le maire était venu voir le match, il m’a dit que des choses comme ça, «ça aide».

Mes gars n’ont pas pu jouer cette fois-là, ce n’était pas un match comme les autres fins de semaine. Francis avait profité de l’occasion pour inviter l’équipe compétitive de Saint-Georges, les Ascalon. Beauce United les avait affrontés dans un tournoi. C’est vrai, j’ai oublié de vous dire qu’ils ont fait un tournoi.

Leur premier match était à 6h un samedi, le directeur de l’usine était venu les encourager. Il a assisté aux trois matchs.

Ils ont joué le premier match contre les Ascalon, ils ont tenu leur bout.

Les Ascalon ont remporté le tournoi.

Les entraîneurs de l’équipe de Saint-Georges ont même remarqué quatre ou cinq joueurs de Beauce United qui pourraient être recrutés. Le match amical de l’autre samedi avait justement comme but de permettre aux gars de l’île Maurice et de Madagascar de montrer de quel bois ils se chauffaient.

Ils ont tout donné.

Même ceux qui avaient travaillé de nuit.

Parmi ceux qui ont été remarqués, il y a Christopher Arthée, qui faisait partie de la sélection nationale de l’île Maurice. Quand il est parti pour ici, on a dû juste lui parler de la neige et du sirop d’érable, tellement qu’il a laissé derrière lui toutes ses choses de soccer. Il s’est dit qu’on ne joue pas au foot en bottes d’hiver.

Il ne pensait plus jouer.

Et voilà que maintenant, il renoue avec ce qui le passionnait là-bas, on ne le voit pas seulement comme un immigrant qui vient combler un quart de travail dans la production de charcuterie, mais comme un joueur de soccer. Lui non plus ne se voit plus juste comme un immigrant.

Il a l’impression de participer à quelque chose.

Je lui ai demandé par Messenger comment il se sentait : «Je vois que petit à petit je recommence à voir une lumière dans ma passion que je croyais avoir laissée chez moi. Je vivais et respirais pour le soccer, mettre un arrêt d’un coup, ça a été dur. À l’île Maurice, j’étais joueur professionnel pendant quatre années, et mon rêve c’était de jouer au plus haut niveau possible. Pourquoi pas l’Impact de Montréal? Dans la vie, il y a des sacrifices à faire si on veut atteindre son objectif et rêver plus haut. Je veux remercier les personnes qui m’ont aidé pour mon intégration au Canada.»

C’est la magie du ballon, qui continue d’opérer.

Chronique

Lendemain de tornade chez Guy A.

CHRONIQUE / Il est impossible d’établir un lien direct entre les changements climatiques et la tornade qui a frappé Gatineau. Mais il s’agit là du genre de sinistres qui vont se multiplier sur la planète au cours des prochaines décennies à cause du climat. Ce à quoi s’ajouteront la montée du niveau des eaux dans les océans et la multiplication des sécheresses dans les pays du Sud, qui provoqueront de grands mouvements migratoires. Ces scénarios catastrophes ne sont plus de la fiction, sauf pour les climatosceptiques.

L’ampleur des événements de Gatineau a forcé les chefs des partis en campagne électorale à modifier leurs horaires et à visiter la zone sinistrée. Cette réaction se serait imposée même en dehors de la période électorale. L’heure était au rassemblement et non à la controverse.

La sévérité de cette tornade a ramené les questions environnementales au premier plan de l’actualité politique, mais pas pour longtemps. Jean-François Lisée a repris ses attaques contre Québec solidaire qu’il soupçonne de cacher son vrai chef, pendant que Philippe Couillard accusait François Legault de vouloir préparer un référendum.

Dimanche soir, sur le plateau de Guy A. Lepage, on a consacré un gros 12 minutes et 13 secondes… aux questions environnementales. En proportion avec le reste de la campagne électorale, c’est déjà mieux. Mais vous comprenez qu’on n’y a pas appris grand-chose, parce que le seul terrain couvert a été celui de l’exploitation des hydrocarbures en sol québécois. MM. Couillard, Legault et Lisée se sont réfugiés derrière l’accessibilité sociale. Le chef de la Coalition avenir Québec a même ouvert la porte à un retour du forage sur l’île d’Anticosti, si la population locale le désire, tandis que Jean-François Lisée a lié ses décisions aux études du BAPE et à des référendums locaux. 

C’est court, 12 minutes et 13 secondes pour parler d’environnement, alors que tout le monde s’entend pour dire que les changements climatiques sont le plus grand défi qui confronte l’humanité. On ne peut plus se croiser les bras sous prétexte que des leaders comme Donald Trump ou Doug Ford refusent d’agir.

La présence des chefs à Tout le monde en parle a permis de les voir évoluer dans un autre contexte que celui des débats télévisés. Ils n’avaient pas le droit de se chamailler dans le désordre, et ils n’avaient pas à répondre aux mêmes questions. On a souvent senti leur désaccord par des mouvements de tête ou des regards désapprobateurs, mais à l’exception d’un court affrontement entre Lisée et Legault, ils ont tous respecté les règles établies par Guy A. Lepage. Ce qui leur a permis de s’expliquer sur les contradictions ou les controverses soulevées par l’animateur. Franchement, ce n’était pas mauvais, même si c’était frustrant d’entendre des politiciens nous vendre leur salade sans se faire rappeler à la réalité lorsque leurs explications manquaient de crédibilité.

Surprise, on a vu Philippe Couillard faire de l’humour à deux ou trois reprises, et même rigoler avec François Legault en écoutant Jean-François Lisée. Le simple fait d’être assis côte à côte devant public et dans un petit studio leur imposait un comportement plus respectueux et même amical. Jean-François Lisée avait retrouvé son calme et sa bonne humeur des deux premiers débats, et il était assis à l’autre extrémité de la table, loin de Manon Massé… Les questions de l’animateur n’étaient pas complaisantes, et elles ont été distribuées équitablement aux quatre chefs, qui s’en sont bien sortis. 

Bref, c’était un événement plutôt sympathique qui a permis aux téléspectateurs de comprendre qu’au-delà de leurs désaccords et de leurs attaques partisanes, nos leaders politiques demeurent des gens civilisés. 

Sciences

L'océan qui est mort au pied des Appalaches

SCIENCE AU QUOTIDIEN / «Lors d’un récent séjour à Berthier-sur-mer, quelle ne fut pas ma surprise d’observer des dépôts calcaires sur le sol, comme s’ils étaient orientés verticalement et non horizontalement. Généralement, je m’attendrais à voir de telles stratifications une par-dessus l’autre en regardant une paroi, comme j’en voyais dans mon enfance — j’ai grandi à proximité du fleuve aux Grondines. Comment les dépôts ont-ils pu s’accumuler de cette manière? Ont-ils été retournés par un cataclysme?» demande Daniel Guilbault, de Saint-Augustin-de-Desmaures.

Cela peut effectivement paraître étonnant puisque les roches que l’on voit à Berthier-sur-Mer — comme dans toutes les Appalaches — sont des roches dites sédimentaires: elles se sont formées par l’accumulation de débris divers (sable, coquilles, cadavres, algues mortes, etc.) au fond de l’océan, et ces sédiments ont par la suite été transformés en roche par la pression continue de l’eau. Alors forcément, les couches que l’on voit sur la photo ci-bas que m’a envoyée M. Guilbault se sont à l’origine empilées les unes sur les autres, pas une à côté de l’autre. Que s’est-il donc passé depuis?

Les roches des environs de Berthier-sur-Mer font partie d’une formation géologique nommée groupe de Saint-Roch, indique le chercheur en géologie de l’Université Laval Georges Beaudoin. Il s’agit de roches qui se sont formées il y a environ 500 millions d’années. À l’époque, note M. Beaudoin, les Appalaches n’existaient pas encore, et c’est justement ce qui s’est passé par la suite qui explique pourquoi les couches sont superposées autour de Grondines et juxtaposées à Berthier.

Comme on l’a déjà vu dans cette rubrique, les continents sont faits de plaques tectoniques, que l’on peut se représenter comme des espèces d’immenses «radeau» de pierre qui flottent sur la roche en fusion située sous la croûte terrestre, à plusieurs dizaines de kilomètres de profondeur. Comme il y a des mouvements dans cette roche en fusion, cela fait dériver les plaques tectoniques. Très lentement, soit, mais sur des centaines de millions d’années, les changements sont spectaculaires.

Ainsi, les roches de Berthier se sont formées au fond d’un océan ancien, Iapetus, qui était bordé (entre autres) par deux anciens continents nommés Laurentia et Baltica. Le premier, comme son nom l’indique, est grosso modo la plaque du Bouclier canadien avec les Laurentides actuelles, et le second forme maintenant le nord-ouest de l’Europe. Et quand on vous dit que la tectonique des plaques peut être spectaculaire, voyez plutôt: il y a un peu plus de 500 millions d’années, ces continents étaient situés sous les tropiques (!) de l’hémisphère sud (!!), c’est vous dire comme ils ont dérivés…

Sur une période d’environ 150 millions d’années, lit-on sur le site du Parc national de Miguasha, les continents qui entouraient Iapetus se sont rapprochés jusqu’à refermer complètement l’océan. Dans le processus, Laurentia et Baltica sont entrés en «collision», et les fonds marins qui gisaient entre les deux s’en sont trouvés (très) déformés, jusqu’à en relever hors de l’eau. C’est de cette manière que les Appalaches sont «nées», ou du moins ont «commencé à naître», puisque cette chaîne de montagnes s’est formée en plus d’une étape — mais c’est une autre histoire.

L’essentiel à retenir, ici, est qu’au cours de ce processus, certaines couches sédimentaires qui s’étaient jusque là tenue bien sagement à l’horizontale ont été soulevées jusqu’à en devenir verticale. C’est ce qu’a observé M. Guilbault à Berthier-sur-Mer.

En ce qui concerne la couleur des couches sur la photo (ci-bas), M. Beaudoin indique que «dans les strates rouges, on a simplement des couches qui se sont formées dans de l’eau plus oxydées ou qui se sont oxydées par la suite, et les couches plus grises semblent être des calcaires [moins riches en fer] ou des grès [ndlr: une roche faite de sable comprimé]».

Maintenant, cela peut sembler étonnant, mais ces redressements de roches sédimentaires ne sont pas particulièrement rares, du moins pas aussi exceptionnels qu’on serait tenté le penser a priori. Il suffit simplement pour s’en convaincre de prendre l’exemple du Rocher Percé: si l’on regarde attentivement la photo ci-haut, on se rend vite compte que le plus célèbre caillou du Québec est fait d’une série de strates orientées à la verticale. Ces couches se sont elles aussi formées à l’horizontale dans le fond d’un océan avant que la tectonique des plaques ne les soulève et ne les ré-incline à la verticale. Attention, avertit M. Beaudoin, ça ne s’est pas passé en même temps que la roche autour de Berthier-sur-Mer: la pierre du Rocher Percé est plus récente par plusieurs dizaines de millions d’années et s’est soulevée plus tard (ce fut une autre «étape» de la naissance des Appalaches). Mais le principe est le même et cela montre qu’il est relativement commun de voir des roches sédimentaires dont les couches sont orientées à la verticale.

Enfin, explique M. Beaudoin, les strates de la roche autour de Grondines sont à l’horizontale parce qu’elles font partie d’un autre ensemble géologique, les basses terres du Saint-Laurent. Ce sont elles aussi des roches sédimentaires, mais elles n’ont presque pas subi de déformations. «Le front de déformation [en ce qui concerne la formation des Appalaches], c’est ce qu’on appelle la faille de Logan», dit-il. C’est cette fameuse faille qui remonte le Golfe Saint-Laurent et bifurque vers le sud en amont de Québec.

Les roches sédimentaires au sud de cette faille ont été soulevées et peuvent être à la verticale dans certains secteurs (mais c’est loin d’être le cas partout); celles des basses terres, comme à Grondines, se trouvent au nord de la faille Logan n’ont pas subi de «cataclysme» et reposent toujours à l’horizontale.

Chronique

«Il va y avoir une catastrophe»

CHRONIQUE / Bruno Tremblay est médecin de famille depuis presque 40 ans, il «commence sa 40e année» en fait.

Des réformes, il en a vu une et une autre.

Il travaille dans une clinique à Beauport, il a ses «1642 patients dont 940 vulnérables», il doit en plus faire du sans rendez-vous dans une super clinique, environ une fin de semaine par mois. 

Ce n’est pas lui qui choisit, on lui dit quand il doit prêter main-forte.

Il est bien placé pour voir ce qui ne va pas.

Il en a particulièrement contre les cibles que le gouvernement s’entête à imposer aux médecins, ce fameux 85 % des Québécois qui devraient avoir un médecin de famille attitré. «Ça sort d’où, ce 85 %? En partant, cet objectif-là, c’est tout croche. On ne sait même pas ça repose sur quoi.»

Il ferait les choses autrement. «En réalité, il faut que 100 % des gens malades aient un médecin. J’en vois plein des malades qui n’ont pas de médecins et des gens qui en ont un et qui n’en ont pas besoin. Les “pas malades”, c’est plus payant.»

Pour eux, il faut du sans rendez-vous efficace.

Des malades orphelins, il en voit plusieurs à la superclinique. «J’ai vu un diabétique, il n’avait pas de médecin de famille, ça faisait deux ans sans prises de sang. On me demande tous les jours : “Docteur, avez-vous de la place? ”»

Il n’en a plus. «J’ai une clientèle très lourde, ça me prend tout mon petit change pour les voir. J’ai 61 ans, je ne peux pas en prendre plus.»

Comme si ce n’était pas suffisant, Philippe Couillard a promis il y a trois semaines d’augmenter la cible à 90 %. Selon Bruno Tremblay, la capacité de prise en charge a atteint sa limite. Il doute fort que les médecins de famille de la région arrivent à en prendre davantage. «C’est impossible à Québec.»

Et le pire est à venir.

Bruno Tremblay a fait un exercice intéressant, il a inscrit dans le bottin de 2017 des médecins de famille de Québec l’année à laquelle chacun a été diplômé. «Dans la région 03, on est des médecins vieux, il y a plus de départs que d’arrivées. Il y en a un, à 83 ans, il vient de prendre sa retraite, ses 2000 patients se retrouvent dans le système. Il y en a un autre, on a fêté ses 50 ans de pratiques il y a quelques années. Quand il va s’en aller, sa clinique va probablement fermer.»

J’ai feuilleté le bottin annoté, j’ai pu constater que bon nombre de médecins de famille pratiquent depuis les années 70 ou 80. «Il y en a qui partiraient, mais ils restent parce qu’ils ne veulent pas que leurs patients se retrouvent sans médecin...»

Il m’a remis un tableau fait à la main, recensant par décennies la diplomation des médecins de famille. 

1967-1977: 44

1977-1987: 116

1988-1997: 78

1998-2007: 40

2008-2016: 14

«Tu peux en rajouter une dizaine de plus depuis 2016, mais ça ne changera pas grand-chose. Regarde ça comme tu veux, dans cinq ans, il va y avoir une catastrophe. Il y a d’autres cliniques qui vont fermer, dans deux ans? Dans cinq? Et les patients qui n’auront plus de médecins, ils vont se retrouver sur la liste d’attente...»

Par milliers.

Les jeunes médecins ne seront pas assez nombreux pour pallier le départ des plus vieux, il faudra nécessairement trouver une solution.

Bruno Tremblay n’aimerait pas être de ceux qui sortent de l’école. «Il y a déjà eu un temps où on avait accès aux spécialistes. Ce n’est pas facile présentement pour les jeunes médecins, l’accès n’est pas facile. Tu as quelqu’un de malade et tu essayes de le soigner. Et ce n’est pas évident.»

Il le vit aussi. «J’ai eu un dossier pour une hernie, ils m’ont rappelé après un an pour demander une nouvelle IRM (imagerie par résonnance magnétique), l’autre IRM n’était plus bonne! Il y a quelques spécialités où ça va mieux, comme la rhumatologie. La cardio et la pneumo, c’est resté bon. L’orthopédie, c’est pourri, la physiatrie, t’oublies ça. Un cas d’arthrose, c’est six mois ou un an, et pour la psychiatrie, si tu n’es pas suicidaire, t’oublies ça.»

Sans compter les formulaires qui se multiplient à la vitesse de l’éclair, aux procédures qui ne vont pas en se simplifiant.

Prescrire certains examens est plus compliqué qu’avant.

Depuis 40 ans, Bruno Tremblay a vu sa clientèle vieillir, les problèmes de santé se complexifier. Le jour où il va partir, il arrivera plus tôt que tard, ce sont 900 malades vulnérables qui se retrouveront le bec à l’eau en devant, au mieux, tout recommencer à zéro avec un autre médecin. 

Au pire, ils n’auront plus de médecin.

Chronique

Un rendez-vous avec l’histoire?

CHRONIQUE / Préparez-vous à l’entendre, on va vous le répéter dans les derniers milles de cette campagne : les élections du 1er octobre sont importantes parce que le Québec est arrivé à un point tournant de son histoire. Tous les politiciens tiennent ce genre de propos pendant les campagnes électorales, comme s’il y avait des élections plus importantes que les autres. En réalité, ce n’est pas vrai, du moins pas toujours.

J’admets que la prochaine campagne électorale aux États-Unis sera plus importante : nos voisins du sud auront enfin l’occasion de nettoyer la Maison-Blanche et de renvoyer son locataire dans sa Trump Tower. Mais chez nous, cette année, c’est différent.

D’une part, considérons-nous chanceux : je connais Philippe Couillard, François Legault et Jean-François Lisée depuis près de deux décennies, et aucun de ces trois chefs ne nous fera honte s’il prend le pouvoir. Quant à Manon Massé, c’est une femme intelligente et très engagée. Elle ne jouit pas encore de l’autorité morale d’une Françoise David, mais elle y travaille sérieusement. Elle a fait bonne figure depuis qu’elle a été élue à l’Assemblée nationale, et elle a démontré au débat de jeudi soir qu’elle méritait sa place sur la scène politique québécoise. C’est un véritable exploit si on se rappelle les préjugés colportés à son endroit à cause de son apparence lorsqu’elle est arrivée en politique.

Quant aux trois autres leaders, une fois les propos partisans mis de côté, ce sont des politiciens responsables qui portent assez bien les valeurs de la société québécoise. C’est pour ça qu’il y a tellement de points communs dans leurs promesses électorales. Nous ne courons pas le risque d’élire un Doug Ford.

Au fond, c’est beaucoup plus pour eux et leurs partis respectifs que cette campagne électorale est historique. Parce que dans les trois cas, les résultats pourraient marquer la fin de leur carrière, ou un nouveau début. 

Jean-François Lisée est peut-être celui qui a le plus gros fardeau à porter. Un échec cuisant à la tête du Parti de René Lévesque pourrait signifier la fin d’une époque et un sort similaire à celui réservé au Bloc québécois depuis le départ de Gilles Duceppe.

François Legault est à l’autre bout de l’équation. Après autant d’années et d’efforts consacrés à la mise en place de la Coalition avenir Québec, il voit enfin la porte du pouvoir s’entrouvrir. Pour lui, ce serait un moment historique. Un échec serait une énorme déception qui mettrait fin à sa carrière politique.

Philippe Couillard est dans une autre situation. Un échec serait douloureux, mais ne menacerait pas la survie du Parti libéral. À moins de se retrouver devant un gouvernement minoritaire, M. Couillard quitterait la vie politique. Il aurait quand même à son actif un mandat de quatre ans qui a permis notamment d’assainir les finances publiques du Québec. Ses adversaires auront beau critiquer les méthodes utilisées, il reste que le futur premier ministre héritera d’une situation budgétaire enviable. S’il n’est pas libéral, le prochain gouvernement pourra lui dire merci : Philippe Couillard aura fait la «sale besogne».

À compter de cette fin de semaine, de nombreux électeurs profiteront des élections anticipées pour inscrire leur décision. Les autres ont encore une grosse semaine pour soupeser le pour et le contre, prendre connaissance des programmes des partis, et évaluer lequel des trois chefs mérite le plus leur confiance. Ou lequel des candidats dans leurs circonscriptions respectives a montré le plus de sérieux et de compétence sur la scène locale. Mais peu importe les raisons. À partir de maintenant, c’est à vous de parler.

Chronique

Le débat de trop?

CHRONIQUE / Les pièges étaient tendus. Certains les ont contournés, d’autres pas. On ne saura qu’au gré des prochains jours si ce troisième débat d’une campagne à l’emporte-pièce et essoufflante aura changé la donne. Pour les commentateurs de tous jus, le verdict est tombé, mais nous n’avons qu’un vote chacun. Comme s’il en avait manqué, il reste l’exercice d’information récréative de Tout le monde en parle. Compte tenu des profils d’auditoires des uns et des autres, cette dernière intervention simultanée des quatre chefs sera aussi très importante.

Autres lendemains de débat, autre tourbillon d’influenceurs, chroniqueurs et analystes — dont votre modeste serviteur — de plus en plus suspectés en cette fin de course serrée et intense de négliger leur réserve et plonger dans la mêlée sans vraiment l’admettre.

Certaines évidences émergent toutefois : François Legault a fait mieux. Beaucoup mieux. Moins grimaçant, moins belliqueux, meilleure livraison de messages bien préparés, acte de contrition sur l’immigration, pertinent sur la laïcité, perspective économique plus efficace. La fin d’une chute qui semblait interminable est maintenant possible. Le séjour au purgatoire est terminé.

Il est aidé en ceci par l’erreur, à son tour, de Philippe Couillard. Quelque 75 $ de victuailles pour une famille pour une semaine. Comment peut-on penser une telle chose? En ignorant complètement la réalité et le quotidien des gens dont le premier ministre sollicite la confiance. Erreur, maladresse, oui, mais aussi révélation de plus d’une personnalité cérébrale et peu empathique. Encore vendredi, il a tenté par tous les moyens de s’en sortir et sa réponse habile — il n’a que fait état d’une réalité à laquelle il est sensible, dit-il — ne suffit pas. Le grelot est accroché.

Bien sûr, la palme de la maladresse lors de cet échange à TVA va à Jean-François Lisée. Non, il n’a pas eu ce débat d’apocalypse que le spin a voulu lui attribuer dans les heures suivantes, mais oui, il a été d’une grande imprudence. Pourquoi se rendre de nouveau vulnérable à cette persistante accusation d’arrogance? Pourquoi s’en prendre à Manon Massé et QS, téflons, le vent en poupe, fluorescents d’autorité morale dont ils n’ont pas à prouver la viabilité et de surcroît, sur une formalité interne qui n’intéresse personne…?

Pour arranger les choses, Pierre Bruneau s’instaure véritable vedette du débat, rabroue Lisée et le prend en grippe pour la première heure de l’exercice. Cet homme affable, courageux et attachant deviendra le glaive par lequel le débat de Lisée s’enlisera. Le chef péquiste n’a que lui-même à blâmer. Il aura du mal à retrouver un certain aplomb en seconde heure. Il lui reste Tout le monde en parle et il a brûlé dans un moment malheureux son capital d’attaques contre ses adversaires. Il n’a pas été si mauvais, il a transmis de l’information pertinente, il maîtrisait toujours autant ses dossiers. C’est toutefois son sang à lui que la machine a senti jeudi. Les commentateurs ne lui pardonneront plus rien.

Cela dit, selon ce que mesurait le BAROMÈTRE ÉLECTIONS 2018 vendredi matin, les libéraux seraient toujours en avant de 1,6 % (28,9 %) sur la CAQ à 27,3 %. Québec solidaire est à 16,4 %, mais surtout, le Parti québécois atteint un 23,4 % sans précédent. Inespéré. Fragile? Entre le meneur et le quatrième joueur, l’écart n’est plus que de 12,5 % et entre l’équipe du Parti québécois et le premier ministre Couillard, de 5,5 %. Un retard de moins de 3 % sur la CAQ, de 3,3 % chez les francophones et 3,4 % dans le «reste du Québec». Il ne fait aucun doute que ce qui se dit en ces lendemains de débat est névralgique. Chacun d’entre nous sent bien le poids du crayon et du micro qu’il a en main.

Enfin, une question devra être posée. On reproche aux chefs l’acrimonie qui plombe les débats, les privant d’une large part de leur pouvoir d’information. Les chefs n’en sont pas les principaux responsables. L’appareil média se nourrit de ces affrontements, et les plus vifs et désordonnés ils sont, les plus écoutés ils semblent aussi être. Ça sert bien le commerce, mais mal la démocratie. C’est peut-être la formule même des débats qui doit être revue : davantage d’interventions en parallèle, moins d’affrontements programmés, moins de complaisance face aux obstructions systématiques, moins de spectacle au détriment du mandat d’aider les électeurs à faire un choix.

Dans l’intervalle, il est légitime de nous demander aussi si ce débat était de trop. Parce qu’encore ici, le commerce a imposé un spectacle de plus au détriment d’un grand rendez-vous national lors duquel les réseaux mettent leurs différends de côté pour le bien commun. Comme on le demande si souvent aux partis politiques.

Vu d'même

Appeler un chat un chat

La pénurie de travailleurs occupe sa part d’espace dans la présente campagne électorale, mais aussi dans l’actualité.

La sortie du patron de Chocolats Favoris, Dominique Brown, a fait réagir sur les médias sociaux et dans les médias traditionnels. L’homme d’affaires, qui s’est fait connaître du grand public à l’émission Dans l’œil du dragon, n’a en effet pas eu le choix de retourner derrière la caisse enregistreuse cette semaine, faute d’employés pour accomplir le travail.