Patrick Duquette

Cellulaires en classe: comme au judo...

CHRONIQUE / Au judo, on enseigne aux combattants à utiliser la force de l’adversaire pour le renverser. C’est l’approche qu’a choisie Johanne Sirois dans ses cours au collège La Cité, à Ottawa, afin de combattre la fascination des jeunes pour leurs téléphones cellulaires.

Au lieu d’interdire les distrayants appareils en salle de classe comme veut le faire l’Ontario à compter de l’an prochain, cette enseignante de 58 ans a décidé d’exploiter à son avantage les nouvelles technologies pour capter l’attention de ses étudiants.

Patrick Duquette

Un consensus difficile à forger

CHRONIQUE / Lorsque le député fédéral de Gatineau, Steven MacKinnon, a promis la construction d’un sixième pont, durant l’élection de 2015, j’ai été le premier à l’accuser de sombrer dans l’opportunisme politique.

La région d’Ottawa-Gatineau sortait tout juste d’un débat stérile et déchirant sur l’emplacement d’un sixième lien interprovincial. Après des années de consultations et d’études pour décider objectivement du meilleur corridor possible, les experts avaient recommandé de faire passer le nouveau pont par l’île Kettle. Voyant cela, l’Ontario s’était tout bonnement retiré du processus, insatisfait de la recommandation. Et tant pis pour le nouveau pont !

Ce que je reprochais essentiellement à M. MacKinnon en 2015, c’était de ramener la question du nouveau pont moins de deux ans après cet échec retentissant. Alors qu’il n’avait rien de neuf à proposer pour dénouer l’impasse politique. Alors que tout consensus régional semblait impossible. Pourquoi rouvrir le débat si vite ? J’y voyais de l’opportunisme politique de sa part, rien d’autre.

Quatre ans plus tard, à la veille d’une autre élection fédérale, le débat autour d’un nouveau pont refait surface. Cette fois-ci, je n’accuserai personne d’opportunisme. Il y a suffisamment de nouveaux éléments en jeu pour justifier que la Commission de la capitale nationale dépoussière ses études et relance ses partenaires.

L’élément déclencheur de la réflexion ?

Le pont Alexandra, qui date de plus d’un siècle, devra être reconstruit d’ici 2030. Les travaux priveront la région d’un pont pour une période d’au moins trois ans. Quant aux quatre autres ponts interprovinciaux — Champlain, du Portage, des Chaudières et Cartier-MacDonald, ils prennent de l’âge et feront l’objet de travaux de réfection de 80 millions.

Autre matière à réflexion, c’est que les ponts entre Ottawa et Gatineau ont été conçus à une époque où le navettage entre les deux rives était loin d’être ce qu’il est aujourd’hui. L’achalandage sur les ponts a explosé. Près de 150 000 véhicules les traversent chaque jour. Sans compter 9000 piétons et cyclistes. Juste depuis 2015, le trafic sur les ponts a bondi de 15 000 nouveaux usagers par jour, selon les chiffres cités dans le budget fédéral. C’est sans parler du transport lourd au centre-ville d’Ottawa, un vieux problème encore irrésolu.

Alors oui, il y a lieu de rediscuter d’un sixième pont dans l’Est. Je ne dis pas qu’il en faut un. Simplement qu’il vaut la peine d’en débattre. Tout en considérant des moyens de mieux arrimer le transport en commun entre les deux rives. Ça n’a aucun sens qu’Ottawa veuille prolonger son train léger jusqu’à Kanata avant de le connecter avec Gatineau. Si le gouvernement fédéral jouait véritablement son rôle de leader dans le transport interprovincial, il mettrait un holà à cette aberration qui encourage l’étalement urbain.

Chose certaine, le consensus autour d’un pont, qui semblait impossible en 2015, semble encore difficile à bâtir quatre ans plus tard. D’abord, le maire de Gatineau, Maxime Pedneaud-Jobin, n’est pas convaincu qu’il vaut la peine d’investir des milliards dans un nouveau pont qui risque de favoriser l’utilisation accrue de l’automobile. Quant au maire d’Ottawa, Jim Watson, son énergie est monopolisée par le parachèvement du train léger ces temps-ci.

Au sein même du gouvernement Trudeau, les libéraux ne s’entendent pas sur l’emplacement d’un nouveau pont. C’est de notoriété publique que l’ancien député d’Ottawa-Vanier, Mauril Bélanger, ne voulait pas d’un pont sur l’île Kettle. Sa successeure, Mona Fortier, n’est pas plus chaude envers l’idée. S’ils veulent convaincre qui que ce soit de la nécessité d’un nouveau pont dans l’Est, les libéraux ont intérêt à d’abord s’entendre entre eux.

Patrick Duquette

Les jeunes héros du climat

CHRONIQUE / Au début, personne ne voulait aller manifester pour l’environnement avec Greta Thunberg.

La jeune fille de 15 ans avait gagné un concours d’écriture organisé par un journal suédois où elle insistait sur la nécessité d’agir tout de suite en matière de changements climatiques.

Des écologistes l’ont approchée pour organiser une grève étudiante dans la cour de récréation ou dans les classes. Mais Greta voulait en faire plus, elle voulait porter sa cause devant le siège du Parlement suédois à Stockholm, selon le récit qu’en fait le Courrier International.

Elle a essayé de convaincre des camarades de se joindre à elle. Mais personne n’était intéressé. Alors elle est allée se planter seule devant le Parlement, en août dernier, assise sur une natte de camping. Avec une pancarte où était inscrit : grève scolaire pour le climat.

Des hurluberlus qui se plantent avec une pancarte devant un Parlement, il y en a dans tous les pays du monde. Allez savoir pourquoi, cette jeune fille autiste, qui ne parle pas pour ne rien dire, mais qui passe aux actes sans attendre personne, a réussi là où tant d’autres ont échoué.

Par la force de l’exemple, elle a lancé un mouvement étudiant mondial en faveur du climat. Ainsi sont nées les grèves étudiantes du vendredi. Une tradition qui est en train de s’incruster à Stockholm, et dans plusieurs pays du monde.

Un mouvement qui a gagné le Canada et la grande région d’Ottawa-Gatineau vendredi. Des centaines d’étudiants ont convergé vers la colline parlementaire. Je les ai entendus clamer le même message que Greta a lancé devant le Parlement suédois : « Vous êtes en train de me voler mon avenir ».

D’ailleurs, j’ai souri en les entendant crier qu’ils voulaient donner un avenir à leurs enfants. Je me suis tourné vers l’un des manifestants. Il s’appelle Loïc Carpentier, un jeune cégépien de l’Ange-Gardien. « Dis donc, Loïc, ça fait drôle de vous entendre dire que vous voulez donner un avenir à vos enfants. C’est vous, les enfants ! Tu pourrais être mon fils ! » Il a ri à son tour. « Oui, ce slogan-là vient d’une discussion qu’on a eue entre nous. Des gens disaient qu’ils refuseraient de donner naissance à des enfants dans un monde devenu invivable en raison des changements climatiques. »

J’avoue que ça m’a ému de les voir manifester avec un tel enthousiasme. Oui, ils s’expriment au nom des jeunes. Oui, tout comme Greta, ils s’adressent aux générations qui les ont précédés. Mais je n’ai pas senti qu’ils voulaient nous faire la morale. Au contraire, ceux à qui j’ai parlé savent très bien qu’ils ne sont pas des écolos irréprochables. Eux aussi circulent en voiture solo, produisent trop de déchets, consomment trop d’énergie. Eux aussi sont victimes d’un mode de vie propre à une société de consommation. Ils font leur possible, ils tentent de recycler plus, ils consomment moins de viandes, ils tentent de réduire les emballages…

Pour l’instant, leur message est beaucoup plus conciliant que celui de Greta Thunberg. En janvier dernier, elle a lancé aux hommes d’affaires et personnalités politiques réunis à Davos : « Les adultes ne cessent de nous dire qu’ils veulent donner de l’espoir aux jeunes. Je n’en veux pas de votre espoir. Je ne veux pas que vous espériez. Je veux que vous paniquiez ! »

Paniquer ? En matière d’environnement, on sait tous que le train fonce dans le mur. Et on reste assis à boire notre café. Peut-être que les adultes devraient se joindre à la prochaine grève du vendredi ? Les jeunes disent que le feu est pris en matière de climat. Après tout, ce sont les plus vieux qui ont mis le feu à la baraque.

Patrick Duquette

L’air malsain des médias sociaux

CHRONIQUE / Moi aussi, il m’arrive de désespérer de l’espèce humaine en lisant les bêtises et les commentaires orduriers qui circulent sur les médias sociaux.

Comment des gens généralement civilisés peuvent-ils devenir ouvertement racistes ou sexistes dès lors qu’ils s’expriment dans le monde virtuel ?

Patrick Duquette

Quand la machine l’emporte sur l’homme

CHRONIQUE / Pour une fois, un tweet de Donald Trump m’a donné à réfléchir cette semaine dans la foulée de cette tragédie aérienne qui a fait 157 morts en Éthiopie.

Dans un de ces gazouillis intempestifs dont il a le secret, le président américain y est allé d’une envolée à l’emporte-pièce contre la complexité croissante des avions modernes.

Patrick Duquette

Au-delà des beaux discours

CHRONIQUE / J’ai hâte que le gouvernement de François Legault passe résolument de la parole aux actes en Outaouais.

Les caquistes ont promis toutes sortes de belles choses aux gens de la région.

Patrick Duquette

Comme au temps des jésuites

CHRONIQUE / Le débat sur les bulletins chiffrés, c’est comme un vieux disque usé qu’on fait rejouer de temps en temps. Il a refait surface cette semaine à l’Assemblée nationale, le temps que le ministre de l’Éducation, Jean-François Roberge, le relègue vite, vite aux oubliettes.

Trop vite, je trouve.

Patrick Duquette

La quête du pouvoir absolu

CHRONIQUE / Histoire troublante : un trio de beaux gosses de Gatineau et Cantley attirait présumément des jeunes filles à leur domicile pour mieux les droguer et les agresser sexuellement, rapporte mon collègue Louis-Denis Ebacher.

De beaux jeunes hommes, populaires, avec des emplois stables, à en croire leur profil sur les médias sociaux. Le recruteur du groupe aurait choisi ses jeunes victimes sur Tinder en utilisant sa véritable identité et des photos de sa belle gueule…

Patrick Duquette

Inspirons-nous de Harry Potter

CHRONIQUE / Voilà que la conseillère Audrey Bureau propose de financer la construction d’une nouvelle bibliothèque dans le secteur d’Aylmer au moyen d’une campagne de sociofinancement comme à Varennes, en banlieue de Montréal.

Pourquoi pas, après tout ? On en appelle déjà de la contribution des entreprises et du public pour financer des hôpitaux, des théâtres ou même des microbrasseries comme ce fut le cas pour la Brasserie du Bas-Canada à Gatineau. Alors pourquoi pas une bibliothèque municipale, tant qu’à y être ?

À LIRE AUSSI : Le sociofinacement envisagé pour la bibliothèque Lucy-Faris

Ce serait bon pour le sentiment d’appartenance à la future bibliothèque Lucy-Faris, ça favoriserait l’implication communautaire et le sentiment de fierté. À Varennes, la campagne philanthropique a permis d’amasser 2,3 millions sur un projet de 9,2 millions. Pas mal pour une population de 21 000 habitants !

Faut dire que le potentiel « emblématique » de la bibliothèque de Varennes, à la fois un superbe édifice écologique et une vitrine technologique, avait de quoi motiver les donateurs. Pour que les gens embarquent à Gatineau, et convaincre la population qu’il vaut la peine d’investir dans autre chose que de l’asphalte, il faudrait que le projet de bibliothèque municipale d’Aylmer recèle lui aussi un petit côté spécial.

Alors quoi ? Une architecture hors de l’ordinaire ? Un bâtiment écolo aux lignes épurées comme à Varennes ? Ce serait bien… quoiqu’un peu banal. Gatineau a déjà son édifice vert « signature » : soit le Centre sportif de Gatineau, avec son toit vert, sa géothermie et ses toilettes qui récupèrent l’eau de pluie.

Essayons d’être originaux. Pour m’inspirer, j’ai tapé « les plus belles bibliothèques du monde » dans un moteur de recherche. Et là… wow.

Je suis tombé sur la bibliothèque d’Alexandrie, une grande pyramide vitrée de 8 étages qui donne sur un grand bassin rappelant sans doute le Nil. Un bâtiment qui a ouvert ses portes en 2002 sur ce qu’on pense être l’emplacement de l’ancienne bibliothèque d’Alexandrie, la plus célèbre de l’Antiquité. Une merveille du monde. Sept ans de travaux et une facture de… 220 millions de dollars. D’accord, elle est un peu chère pour nous, celle-là.

À moins qu’on s’inspire de la bibliothèque de New York avec ses candélabres, ses murs de pierre, son plafond sculpté et ses grandes fenêtres lumineuses. Ou de la bibliothèque du Vatican avec ses plafonds décorés par des peintres. Ou de la bibliothèque impériale de Vienne, toute en sculptures et en dorures, avec des salles secrètes qui feraient la joie des enfants.

Personnellement, j’irais avec le style néo-rustique. Ma mère a visité une librairie incroyable à Porto, au Portugal. Elle ressemble à la bibliothèque aux escaliers magiques de Poudlard, dans Harry Potter. La librairie Lello, c’est son nom, est un bâtiment magnifique, tout en recoins (où on peut se cacher pour lire), avec des boiseries, des plafonds travaillés, des escaliers qui montent en spirales complètement folles, et des vitraux qui filtrent la lumière du jour à travers leurs couleurs.

Et surtout, des tablettes, et des tablettes de livres qui montent jusqu’au plafond…

Okay, okay, je pousse ma chance, comme on dit. Pas sûr que les messieurs et mesdames Asphalte de Gatineau me suivraient aussi loin dans mes fantasmes architecturaux. N’empêche que si on demandait à des artistes locaux de peinturer les plafonds de notre future bibliothèque d’Aylmer, à des artisans du bois de nous travailler un beau plafond tout en ornements et en sculptures, ce serait pas fantastique ? Si vous insistez, on peut aussi mettre de la géothermie, hein ?