«Avec la pénurie d’aujourd’hui, et qui sera encore là un bon bout de temps, il faut que les industries, les entreprises, recrutent à l’étranger», affirme Stéphanie Jetté, conseillère aux industries chez Granby Industriel.

Recrutement à l’étranger: une nécessité

GRANBY — Le recrutement de personnel à l’étranger est devenu un incontournable pour certaines entreprises établies dans le parc industriel de Granby afin de pallier la pénurie de main-d’œuvre. L’intégration des employés qui ont décidé de quitter leur pays pour s’établir ici est primordiale, autant dans leur nouvel environnement de travail que dans la société.

Des statistiques d’Emploi-Québec font état que d’ici 2024, 1,3 million d’emplois seront à combler au Québec. « Avec la pénurie d’aujourd’hui, et qui sera encore là un bon bout de temps, il faut que les industries, les entreprises, recrutent à l’étranger », affirme Stéphanie Jetté, conseillère aux industries chez Granby Industriel.

Le mandat principal de cette division du développement économique de la Ville de Granby est de soutenir les entreprises du parc industriel, notamment en matière de relocalisation ou d’investissement. Elle leur offre aussi un soutien dans certains enjeux, dont celui de la main-d’œuvre.

L’une des sept grandes orientations du Plan d’action régionale et nationale en matière de recrutement de main-d’œuvre (PARIMO), créé par Granby Industriel l’année dernière, vise d’ailleurs le recrutement à l’international.

Mais avant de se lancer dans le processus de recherche de candidats en dehors du pays, les entreprises doivent préalablement avoir fait la démonstration, auprès du gouvernement, qu’elles ont tenté, au cours des trois derniers mois, de recruter ici, mais sans succès.

Firmes spécialisées

Deux grandes stratégies sont notamment déployées par Granby Industriel pour aider les entreprises à dénicher des employés à l’étranger afin de combler leurs besoins de main-d’œuvre.

L’une d’elles est la collaboration avec des firmes de recrutement international. « On veut que ce soit des firmes sérieuses, qui ont déjà de l’expérience, et qui ont tout le côté ‘‘avocat’’ pour l’immigration », précise Mme Jetté.

L’équipe de Granby Industriel organise ensuite des rencontres auxquelles les entreprises qui ont un besoin de main-d’œuvre sont invitées. Les firmes proposent du recrutement dans plusieurs pays d’Europe, au Mexique et aux Philippines. « On essaie de couvrir l’ensemble des continents », indique la conseillère aux entreprises.

Ces rencontres permettent de conclure des ententes. Certaines entreprises vont aussi en mission à l’étranger, en compagnie de firmes, pour recruter les employés tant recherchés.

La seconde stratégie mise de l’avant par Granby Industriel est sa participation aux Journées Québec, un événement biannuel. Cette entente existe entre le Québec et la France depuis 2008. L’organisme voué au développement économique de Granby a, jusqu’ici, participé à deux missions.

Quelque 50 entreprises participent à ces rendez-vous. Lors de la dernière mission, cet automne, 116 employeurs étaient présents. Pas moins de 2250 postes étaient à combler. Plus de 18 000 candidats de l’Europe ont fait parvenir leur curriculum vitae pour ces emplois. Il s’agit de postes qualifiés dont le salaire horaire doit être d’au moins 21,95 $ ; électromécanicien, soudeur, machiniste cnc ou cinq axes, opérateur, ingénieur, technicien électronique et mécanicien de camion lourd figurent parmi les spécialisations recherchées par les industries d’ici.

Un processus ardu

Granby Industriel accueillera bientôt un représentant du ministère de l’Immigration du Québec afin de fournir des informations aux entreprises qui désirent dénicher de la main-d’œuvre à l’étranger, notamment sur le volet légal.

Pendant le processus d’embauche outre-mer, les entreprises doivent travailler en collaboration avec un avocat spécialisé en immigration pour s’assurer que tout se déroule sans anicroche, puisque « c’est quand même assez ardu », mentionne Mme Jetté.

« La personne qui vient s’établir ici est assujettie à rester trois ans au sein de l’entreprise, mais après un an, elle peut faire une demande pour obtenir sa citoyenneté canadienne, explique la conseillère aux industries. L’entreprise fait beaucoup de démarches. Il y a des coûts rattachés à ça, mais en fin de compte, même si les coûts peuvent paraître beaucoup, ça devient moindre parce que les entreprises peuvent accepter des contrats avec le personnel qualifié pour les faire au lieu d’en refuser ou de fermer un quart de travail de nuit, par exemple. »

Intégration

Les travailleurs étrangers qui arrivent au sein d’une entreprise sont accompagnés par un mentor afin de rencontrer la direction, les employés et visiter les différents départements. L’historique de l’entreprise et ses valeurs sont notamment expliqués. « Il ne faut pas faire porter le fardeau de l’intégration à la personne immigrante, explique Stéphanie Jetté. C’est l’entreprise qui a la responsabilité de l’intégrer. »

La compagnie est invitée à se renseigner, notamment sur le pays d’origine de ses nouveaux employés et sur leur culture. « La communication est l’enjeu majeur, estime-t-elle. Celle-ci doit vraiment être bien véhiculée et circulée à l’intérieur de l’entreprise. »

La conseillère aux industries rappelle que les travailleurs étrangers ont déjà fait 90 % du travail en décidant de quitter leur pays pour s’établir ici. « Ce n’est pas quelque chose nécessairement facile, dépendamment de la condition politique ou géopolitique là-bas, dit-elle. Lorsque la personne arrive, je pense qu’il doit y avoir une espèce de tapis rouge. Que la personne soit prise en charge non seulement par l’entreprise qui l’engage, mais aussi par le milieu, par la communauté. »

Du jumelage et du parrainage sont ainsi offerts afin de favoriser une inclusion et une intégration. « C’est important », affirme Mme Jetté. Les nouveaux arrivants peuvent aussi compter sur l’aide de Solidarité ethnique régionale de la Yamaska (SERY), l’organisme mandaté pour gérer l’accueil et l’intégration des personnes immigrantes dans la région. Le SERY est là pour les guider dans la recherche d’un logement et même procéder à l’inscription des enfants à l’école, par exemple. Un onglet, pour que ceux qui viennent s’installer ici aient à portée de main des informations sur la ville et sur les services offerts, a aussi été créé sur le site Granby Profitez. Granby Industriel dispose également d’un répertoire des ressources pour tout ce qui a trait à l’immigration.