Karine Tétreault et Philip O’Shaughnessy sont respectivement directrice marketing et directeur de l’usine de Granby.

Kerry: saveurs sur mesure

Qu’importe ce que contient votre panier d’épicerie, il y a fort à parier que certaines de vos saveurs préférées aient été conçues ici même, à Granby. C’est à l’usine Kerry que s’activent des spécialistes des arômes, avec pour seul objectif de ravir les papilles des consommateurs.

Laits aromatisés, bières, spiritueux, jus, boissons énergétiques, nutritionnelles, substituts de repas, yogourts, croustilles, pâtisseries, barres tendres, médicaments et vitamines ne sont que quelques exemples de produits pour lesquels Kerry conçoit et développe des saveurs sous forme liquide ou en poudre. « Tout ce que vous achetez en produits transformés, ce sont probablement nos clients », mentionne Philip O’Shaughnessy, le directeur de l’usine granbyenne.

Chaque arôme est en effet le fruit d’une relation de travail et d’une grande complicité avec chaque client. « On n’a pas le choix de travailler de manière très rapprochée avec eux afin d’obtenir l’arôme final qui répond exactement à leurs besoins et leurs attentes », mentionne M. O’Shaughnessy.

La conception d’un arôme est une chimie passionnante, ajoute-t-il. Un échantillon de saveur peut être fourni en moins d’une journée si celui-ci se trouve déjà dans le répertoire des arômes de l’entreprise ; pour développer un tout nouveau goût, un projet de plus longue haleine, il faut parfois plusieurs semaines, voire plusieurs mois, pour en arriver au produit final.

« Disons, par exemple, qu’une fraise est composée de 200 molécules différentes, mais que seulement 20 lui donnent sa saveur. Notre rôle, c’est de reconstruire la nature pour reproduire ces goûts-là. Ensuite, avec notre client, on peut moduler l’arôme pour le rendre plus sucré, plus salé, plus acidulé, pour qu’il goûte un fruit plus mûr, énumère le directeur d’usine. Un même arôme va goûter et réagir différemment pour deux clients différents. »

Dans l’usine, de six à huit arômes sont confectionnés en même temps, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Dans l’usine, de six à huit arômes sont confectionnés en même temps, 24 heures sur 24, sept jours sur sept.

Innovation constante

D’ailleurs, la bibliothèque de saveurs de Kerry est beaucoup plus garnie qu’on peut le penser. Seulement pour obtenir un goût de fraise, il existe pas moins de 800 arômes différents ! Cela est nécessaire puisque ces agents de saveur ne réagiront pas de la même manière en fonction de la consistance de l’aliment qu’ils sont censés aromatiser, de même que les cuissons auxquelles celui-ci sera soumis, par exemple.

Le goût des consommateurs pour la nouveauté amène les entreprises du secteur alimentaire à rivaliser d’ingéniosité pour plaire à ces millions de papilles de plus en plus exigeantes. « La plus jeune génération ose goûter à de nouvelles saveurs, explique Karine Tétreault, directrice marketing pour Kerry. Nos clients n’ont donc pas le choix d’arriver constamment avec des nouveautés et de suivre la parade. »

Si les traditionnelles saveurs de vanille, de fraise et de chocolat sont indémodables, Kerry met aussi au point un guide annuel des tendances aromatiques, tant au plan planétaire que pour le Canada. Les offres d’une durée limitée sont aussi de plus en plus populaires, comme en témoigne l’engouement croissant pour les fameux produits à saveur « d’épices d’automne » ou de canne de bonbon, dans le temps des Fêtes.

« Il n’y a plus grand-chose qui nous surprend en termes de saveurs, lance M. O’Shaughnessy. Dans certains pays du monde, on découvre des bonbons aux saveurs étonnantes. Et, parfois, on découvre de nouveaux fruits, par exemple, lorsqu’un client nous demande d’en reproduire l’arôme. »

Chez Kerry, tous les employés sont mis à contribution dans la dégustation de divers produits.

Ambiance familiale, moyens de multinationale

Qu’ils soient naturels ou artificiels, les arômes sont donc une composante essentielle dans l’industrie de la transformation alimentaire. Ce n’est donc pas un hasard si la multinationale Kerry, qui compte environ 25 000 employés dans ses quelque 150 usines à travers le globe, est la « compagnie alimentaire la plus diversifiée au monde et détient le plus grand portfolio de produits et d’ingrédients », mentionne Philip O’Shaughnessy.

D’une coopérative laitière fondée au début des années 1970, Kerry est aujourd’hui un chef de file mondial dans la fabrication d’arômes. Sa croissance est surtout attribuable aux nombreuses acquisitions qu’elle a effectuées au fil des ans, dont celle de l’usine de la rue Rutherford, à Granby, en 2002.

Construite en 1986, l’installation appartenait auparavant à la société française Métarom, qui se spécialisait aussi dans la fabrication d’arômes pour l’industrie alimentaire. Aujourd’hui, quelque 70 personnes y travaillent.

« On a les avantages d’une grande entreprise multinationale, en termes de moyens, de ressources et d’équipements, mais aussi ceux d’une petite entreprise où l’ambiance est plus familiale et où on a beaucoup d’autonomie », indique M. O’Shaughnessy, qui se dit toujours à la recherche de nouveaux talents.

« On cherche des gens avec une belle attitude, précise-t-il. Comme nos emplois sont des métiers plutôt rares, on fait beaucoup de formation en jumelage. On envoie même de nos employés à l’extérieur pour qu’ils forment d’autres collègues dans les autres usines. »

Travailler chez Kerry vient aussi avec un avantage non négligeable, surtout pour les plus gourmands. « On doit goûter constamment aux produits ! lance Mme Tétreault. Tous les employés sont mis à contribution. On organise régulièrement des séances de dégustation pour voir ce qui plaît le plus et ce qui plaît moins aux employés. L’opinion de tout le monde est prise en compte, car nous sommes tous des consommateurs ! »