Sylvain Ducharme du Rona Ducharme et frère.

Les affaires, une histoire de famille

Quand Sylvain Ducharme nous invite dans son bureau attenant au commerce fondé par son arrière-grand-père en 1905, on a l’impression de faire un voyage dans le temps.

Fixées au mur, des photos laminées en noir et blanc sont les vestiges d’une autre époque, alors que le bois était coupé à bout de bras, transporté à cheval, puis taillé par une machine fonctionnant… au bois.
Près de la porte, une publicité de Ducharme et frère datant de l’entre-deux-guerres, avec moulin anachronique et numéro de téléphone à l’avenant : le 21J. Juste ça. C’était bien avant les numéros à dix chiffres, et même ceux à sept.
L’histoire de la quincaillerie du centre-ville de Saint-Césaire remonte à loin. « Avant, on était en campagne ici ! », lance M. Ducharme qui, avec ses trois frères, sa sœur et son beau-frère, forme la quatrième génération de propriétaires du commerce de la rue de Vimy.
Le moulin de mon cœur
Tout a commencé par un pont, à Saint-Damase, emporté par la crue des eaux. C’est en récupérant le bois — ramené à Saint-Césaire par radeau, via la rivière Yamaska — que Jean-de-Matha Ducharme a construit le moulin à scie qui allait devenir le cœur de l’entreprise démarrée il y a 112 ans.
Il y ajoute une cour à bois, une usine de portes et fenêtres et de la machinerie et il devient entrepreneur en construction. À son actif, des réservoirs d’eau bâtis sur les montagnes de Rougemont et de Saint-Paul-d’Abbotsford, notamment, et le couvent des sœurs de Sainte-Famille, voisin du collège de Saint-Césaire.
Ses fils Herman et Lucien rachètent en 1933 et intègrent le nom Ducharme et frère. Avec les années, l’entreprise prend du galon : un magasin et une salle d’échantillons font leur apparition et les chevaux sont remplacés par les voitures et les tracteurs.
Cinq des fils d’Herman prennent la relève en 1977 et pavent la voie à de nouveaux agrandissements et transformations, dont à la disparition du moulin à scie, dans les années 1980. La compagnie rejoint la bannière RONA en 1997.
« Pas des flasheux »
Entre-temps, une autre génération prend le relais : Yves, Mario, Denis, Sylvain et Line Ducharme, ainsi que le conjoint de celle-ci, Réal Audette, avec chacun leur spécialité. L’entreprise s’est aussi agrandie en 2004 avec l’acquisition d’une quincaillerie à Saint-Pie.
Comment expliquer cette longévité ? Grâce à la philosophie d’Herman dans laquelle baignent tous ses descendants, dit M. Ducharme.
« Le but d’Herman, c’était de nourrir sa famille, pas que son commerce devienne une multinationale. Alors comme lui, on est prudents. On n’est pas des flasheux. Quand on achète un camion, c’est parce qu’on en a les moyens. Y’a pas trop de stock sur le crédit. C’est une game plate, mais c’est plus payant à la longue. »
Le commerce de 12 000 pieds carrés, qui comprend aujourd’hui une boutique de décoration, un entrepôt de matériaux, un centre de coupe et un autre de location, n’a pas l’inventaire des grandes surfaces, convient le gaillard de 57 ans. Mais il en offre beaucoup en proportion de la population de Saint-Césaire.
Gérer une entreprise en famille n’est pas toujours harmonieux, convient Sylvain Ducharme. « C’est comme un couple. Ce n’est pas au beau fixe tout le temps, mais on est capable de se parler. Et on finit toujours par se rallier. Ça aide d’avoir tous été élevés dans la même philosophie. On se fait confiance et on se respecte. »
Besoins
Les affaires vont bien même si les constructions neuves ne pleuvent pas à Saint-Césaire, faute de terrains. L’aspect rénovation est plus populaire.
Suivant la philosophie d’Herman, il n’est pas question, du moins à court terme, d’autre expansion ou que le magasin ouvre le dimanche.
« On n’a pas de volume pour justifier ça, dit Sylvain Ducharme. Je vendrais deux boîtes de vis et un 2 X 4 et ça ne serait pas rentable. Les gens ne magasinent pas ici : ils viennent chercher ce dont ils ont besoin. »

Depuis 2006, Alex Desnoyers s’occupe de la branche césairoise des Salons funéraires Desnoyers, située avenue Saint-Paul. «Il faut savoir s’adapter et prendre le temps d’écouter», explique-t-il.

Alex Desnoyers ne se destinait pas à prendre les rênes de la filiale césairoise des salons funéraires familiaux, qui possèdent aussi des branches à Marieville et Chambly.
« Je n’avais pas forcément d’intérêt là-dedans, dit le vice-président de 30 ans. Mais les circonstances ont fait que j’ai graduellement fait ma place au sein de l’entreprise, et j’y ai trouvé mon compte. »
Le premier Salon funéraire Desnoyers a vu le jour en 1953 à Saint-Jean-Baptiste. Il a été fondé par Yvon et Georgette Desnoyers. Il s’est déplacé à Chambly avant d’acquérir celui de Saint-Césaire en 1987, et un autre à Marieville, en 2015.
Entre-temps, Daniel Desnoyers a pris le relais de son père en tant que président. Alex, lui, s’occupe de la filiale de l’avenue Saint-Paul depuis 2006.
« C’est un domaine quand même particulier, dit-il. Il y a des tâches moins plaisantes, mais j’en retire des rencontres intéressantes sur le plan personnel. »
« Mon mandat est d’encadrer et de soutenir les gens, mais les discussions vont vers des sujets beaucoup plus humains que la simple organisation d’événements », poursuit-il.
Évolution
Heureusement, M. Desnoyers a su s’entourer de professionnels, dont, au premier chef, son père.
« Il faut comprendre qu’il y a beaucoup d’émotions en jeu, dit-il. Ça reste du service à la clientèle. Il faut savoir s’adapter le plus rapidement possible et prendre le temps d’écouter. »
Les rites funéraires ont bien changé depuis l’époque où son grand-père a créé la compagnie. « Avant, c’était toujours la même formule : deux ou trois jours d’exposition et des funérailles à l’église. Puis, il y a eu l’incinération. Les besoins ont changé et il faut s’adapter. »
Aujourd’hui, beaucoup de cérémonies se font au salon et les cendres prennent souvent le chemin du columbarium. Particulièrement à Saint-Césaire, où les places en cimetière sont rares.