Le maire de Sutton, Michel Lafrance, et Maryse Desrosiers ont fait leur voyage de noces sur l’eau, aux Territoires du Nord-Ouest, en 2004.

Un maire amoureux du Grand Nord

Bien avant de s’installer au sud... de l’autoroute 10, Michel Lafrance a vécu de longues années dans le Grand Nord canadien, sur la terre de Baffin, au Nunavut, et dans les Territoires du Nord-Ouest. Amoureux des grands espaces nordiques, le maire de Sutton a vécu dans la toundra de 1967 à 2008. Des années marquantes dans lesquelles il a accepté de se replonger le temps d’une rencontre.

Le nord du Québec a vu naître les deux filles du maire de Sutton. Une d’elles y est même retournée pour y travailler comme infirmière. C’est aussi dans cette immense région qu’il a rencontré sa deuxième épouse, Maryse Desrosiers. Leur voyage de noces s’est d’ailleurs déroulé, entre autres, sur les eaux de la rivière Thelon, au Nunavut.

Il n’y a pas à dire, M. Lafrance pourrait parler de son parcours pendant des heures tellement le sujet le passionne encore aujourd’hui. La précision de son premier métier de technicien en aérologie, sa progression dans la hiérarchie, son changement de carrière pour devenir directeur d’aéroport, la beauté du peuple Inuit, leurs traditions et la grandeur de la nature sont des éléments marquants de sa vie dans le Grand Nord.

Franco-ontarien originaire d’Ottawa, Michel Lafrance a suivi une formation en aérologie, une science qui consiste étudier les caractéristiques physiques et chimiques de la troposphère et de la stratosphère avec des ballons-sondes et des radiosondes.

Sa première affectation était à Frobisher Bay, un village nordique du Nunavut maintenant appelé Iqaluit, sur la terre de Baffin, au nord du continent. Les techniciens y prenaient les mesures de l’atmosphère et les envoyaient à une heure précise à une centrale où toutes les données des stations à travers le monde étaient ensuite analysées. À cette station d’aérologie, ils avaient également un sismomètre, qui enregistrait les mouvements de la croûte terrestre. L’instrument était utilisé durant la Guerre froide pour ressentir et localiser par triangulation les ondes créées par une explosion atomique, explique M. Lafrance, en plus d’enregistrer les tremblements de terre.

Respecter les Inuits

C’est à Frobisher Bay que M. Lafrance et sa première épouse, Suzanne Trottier, ont accueilli leurs deux filles. C’est également dans cette ville qu’il a développé son amour pour l’arctique. « Le phénomène qui se passe dans le nord, c’est que quand tu vis en isolation, t’as tendance à être plus sociable. On avait un club social. Et il fallait s’organiser par nos propres moyens. »

Il donne en exemple le pompage de l’eau, mais aussi la commande d’aliments non périssables qui était livrée une fois par année seulement et par bateau.

Là-bas, le maire s’adonnait à la pêche au filet en s’assurant de ne pas empiéter sur les zones préférées des Inuits. « Si tu étais chanceux et que tu avais un ami inuit, il t’invitait à la chasse ! »

Il se souvient d’un épisode de chasse aux phoques où il voyait les ondes des vagues faire bouger la glace mince sur laquelle il marchait avec les Inuits. Ceux-ci le rassuraient toutefois, avec leurs techniques et leur grande expérience, en lui confirmant que le couvert de glace pouvait tous les supporter.

Michel Lafrance, maire de Sutton.

Les relations entre les Blancs et les Inuits étaient cordiales et la communauté était au cœur de leur vie.

« Il y avait un respect mutuel, se souvient-il. Je n’ai jamais eu de problèmes avec les Inuits pour trois raisons. Je n’ai jamais vendu de l’alcool ou consommé de l’alcool avec eux. Deuxièmement, la drogue, je ne connais pas ça, et troisièmement, je n’ai pas couraillé avec des femmes inuits ! »

En respectant ces trois règles de savoir-vivre, les Blancs étaient assurés d’une amitié pour la vie avec les autochtones.

Changement de carrière

Michel Lafrance a ensuite travaillé à Fort Harrison, qui s’appelle maintenant Inukjuak, puis à Fort Chimo, aujourd’hui Kuujuaq, où il est devenu chef de service. Il est redescendu dans le sud, à Toronto, pour devenir instructeur, en français, puis inspecteur des stations du Québec. C’est lorsqu’il vit à Montréal avec sa famille qu’il se réoriente... sans en parler à sa femme. Transports Canada accepte de l’accueillir au sein de son équipe de directeurs d’aéroports et il est transféré... à Iqaluit ! « Je n’ai jamais dit à ma femme que je voulais retourner dans le Nord. J’étais un peu égoïste. Ça m’a coûté un divorce. » C’était en 1981.

Ce poste l’a amené à travailler à Baie-Comeau, Kuujuak, Saint-Hubert, Sept-Îles et Yellowknife, dans les Territoires du Nord-Ouest. C’est à Kuujuak qu’il est tombé amoureux de Mme Desrosiers.

Pagayer dans la toundra

Pour occuper ses journées de congé de directeur d’aéroport dans le Grand Nord, Michel Lafrance a découvert le canot-camping, un sport qu’il a embrassé sans ménagement. Un jour, il a entraîné avec lui sa conjointe et trois autres personnes sur la rivière aux Feuilles pour deux semaines sur la route bleue. Un avion a laissé le groupe au milieu de nulle part avec son équipement, sa nourriture, ses canots et le kayak de M. Lafrance afin que tous remontent la rivière.

Michel Lafrance sur la rivière Churchill, il y a quelques années.

« Je n’avais jamais fait ça de ma vie ! La rivière aux Feuilles a les marées les plus hautes, non officiellement. Ce sont des marées de 50 à 60 pieds. À une place, à la marée basse, c’est une chute. Il y a une fenêtre d’une demi-heure durant la marée haute où tu peux remonter. Dans le temps, il n’y avait pas de téléphone satellite. Si tu prends une décision, mais que tu n’es pas expérimenté, tu peux le payer cher... » Comme l’expérience a été positive, le couple a continué à ramer sur les rivières nordiques au fil des ans. Ainsi, il a pagayé sur les rivières Churchill, Natashquan, Capitachouane, Coppermine et Nahanni, pour ne nommer que celles-là.

Au bout de plusieurs années de vie commune, le maire de Sutton a demandé la main de sa conjointe. « J’ai décidé qu’on se mariait et que notre voyage de noces allait se résumer en deux semaines sur la rivière Thelon. Cette rivière-là, il y a peut-être 10 à 15 personnes qui la font dans une année. C’est de toute beauté. Tu es dans la toundra. Tu dois descendre des rapides et faire des portages. »

Durant toutes ces aventures, Michel Lafrance s’assurait d’être bien préparé. Jamais il n’a eu à se servir de son arme de chasse pour se protéger d’un grizzli.

Lorsqu’il a pris sa retraite, lui et sa femme sont revenus au Québec. Le frère de Mme Desrosiers habitant Sutton, ils ont décidé de regarder pour l’achat d’une maison dans cette municipalité. « Quand Maryse est entrée dans le Bed & Breakfast Les Caprices de Victoria, elle est tombée amoureuse. Moi, j’avais appris une chose : si c’est ça qui te rend heureux, il ne faut jamais trop calculer ! » Depuis 2007, le couple est donc propriétaire du gîte et le maire dit toujours appliquer son précieux conseil à la lettre pour être heureux dans son travail.