On voit ici les copropriétaires de Viticulture A et M, Alain Breault et Mariette Lagueux en compagnie de trois de leurs employés Guatémaltèques.

Le secret d’une magie qui opère

Si la viticulture se porte bien au Québec, voire au Canada, c’est en partie grâce à l’expertise du producteur de vignes André Breault, un pionnier dans le domaine. Depuis plus de 20 ans, lui et sa conjointe, Mariette Lagueux, travaillent en partenariat avec les meilleurs chercheurs qui mettent au point des plants hybrides adaptés aux particularités des sols et du climat nord-américain.

Viticulture A et M produit annuellement 300 000 jeunes plants, issus principalement de croisements, pour répondre aux besoins de vignerons professionnels. À ce jour, l’entreprise établie à Saint-Paul-d’Abbotsford à deux pas de la montagne, a franchi le cap de cinq millions de plants vendus. Rien de moins. Or, le succès n’a pas toujours été au rendez-vous. «Au début des années 1980, j’étais vigneron aux Arpents de neige à Dunham avec mon frère, raconte celui qui a étudié en cultures fruitières à l’Institut de technologie agricole de Saint-Hyacinthe. On était bons dans ce qu’on faisait. Malheureusement, on n’avait pas d’expérience comme gestionnaires. Et ce qui devait arriver arriva. Quand ça fait dix ans que tu travailles à fond la caisse et que tu frappes le mur, ça fait mal et ça laisse plusieurs blessures... J’ai presque tout perdu. Il ne me restait que mes connaissances dans la culture de la vigne.»

Ainsi, de cette dure épreuve est née l’idée de se lancer dans le créneau quasi vierge de la production de ceps. «J’étais carrément en mode survie, mais j’ai réussi à garder la tête hors de l’eau», illustre le producteur. Au cours des années 1990, la viticulture s’est enracinée au Québec, si bien que la demande pour les plants d’Alain Breault a crû progressivement.

Un cran plus loin

Au tournant des années 2000, les affaires de Viticulture A et M «ont décollé». «Jusqu’en 2001, le climat s’est réchauffé. On a atteint un plateau. Le raisin mûrit mieux. Et il y a de nouveaux cépages que j’ai introduits au Canada. Ils sont plus résistants aux maladies et plus rustiques pour s’acclimater au froid. Je travaille avec les meilleurs «hybrideurs» pour les développer. Notre production est passée de 100 000 plants au double, puis au triple en peu de temps. Comme nos plants, on a dû s’adapter pour suivre la cadence», image le spécialiste de la vigne.

Le vaste site comporte notamment des portions de «vignes de démonstration» où sont testés de nouveaux cépages.

Lorsqu’on lui demande ce qu’il apprécie le plus dans son travail, Alain Breault répond sans hésiter qu’il aime créer de nouvelles choses en harmonie avec la nature.
«C’est comme magique!»

Or, cette magie n’opérerait pas sans le travail d’équipe avec ceux que le producteur appelle sa «deuxième famille»: ses employés Guatémaltèques. «Sans ces gars-là, on peut oublier notre entreprise. Tout s’écroulerait. Ils viennent au monde avec le pouce vert. Les agriculteurs mayas sont les meilleurs de la planète. C’est inné. Et, en plus, ils apprennent vite. J’en accueille trois à quatre chaque saison depuis dix ans. Ils ont une grande part dans le succès de la compagnie.»

L’entreprise de Saint-Paul dessert 1000 clients à travers le Canada, principalement au Québec, en Ontario, en Nouvelle-Écosse, au Nouveau-Brunswick, puis à l’Île-du-Prince-Édouard. Afin d’offrir une variété de types de plants, Viticulture A et M produit tant en serre qu’à l’extérieur. Près de 75% des plants sont des cépages blancs.
«La tendance actuelle va vers les bons vins blancs, les rosés demi-secs et les rouges fruités», fait valoir le producteur.

Singularité

Alain Breault est d’avis que les vignerons canadiens devraient chercher à se distancer des cépages européens plutôt que de s’y coller. «Il y a une mode qui perdure. Des vignerons croient qu’ils doivent planter des cépages européens pour vendre leur vin. Pourtant, si on essaie de les copier, on est dans le champ. Leurs plants ne sont pas assez résistants aux maladies, alors que c’est une des caractéristiques de ceux que l’on produit ici. On doit se démarquer.»

Depuis quelques années, Alain Breault exporte son expertise au pays de Mao, à titre de consultant. «Les Chinois s’intéressent de plus en plus au vin. En boire, avoir des connaissances dans le domaine, c’est un signe de réussite pour eux. Je ne demande pas mieux que de partager mon savoir, confie-t-il. C’est en quelque sorte une façon de prolonger le plaisir.»