Gilles Bachand, président de la Société d’histoire et de généalogie des Quatre lieux, posant avec les trois premiers panneaux du futur sentier historique et patrimonial de Saint-Césaire.

Bientôt 200 ans bien sonnés

Si Rome ne s’est pas faite en un jour, Saint-Césaire a également, à sa mesure, un passé et une architecture qui méritent d’être mis en lumière. Saviez-vous, par exemple, que le chef des Patriotes, Louis-Joseph Papineau, avait fui les Anglais et gagné les États-Unis depuis Saint-Césaire, en canot? La Société d’histoire et de généalogie des Quatre Lieux (SHGQL) et la Ville proposent un circuit patrimonial dans le Vieux Saint-Césaire, où 12 tableaux explicatifs lèveront le voile sur des endroits et des moments marquants de l’histoire de cette municipalité.

De concert avec la Ville, la SHGQL souhaite ainsi souligner le bicentenaire de Saint-Césaire. La municipalité soufflera ses 200 bougies en 2022. «Le projet a été accepté avec enthousiasme», indique Gilles Bachand, président de la société d’histoire. Le projet a été présenté aux élus en 2018.

Les trois premiers panneaux ont été produits ces derniers mois et n’attendent plus qu’à être installés. L’un se trouvera au pied de la statue du curé Joseph-André Provençal et un autre devant l’ancien couvent. Le dernier portera sur le collège de Saint-Césaire, aujourd’hui transformé en résidence pour personnes âgées. Trois autres panneaux devraient être produits cette année.

1822

Les colons se sont officiellement établis à Saint-Césaire en 1822. «Ils sont arrivés de Saint-Hyacinthe par la rivière Yamaska», explique M. Bachand. Les premiers étaient arrivés en 1790. Ils étaient quelques centaines en 1822 — «suffisamment pour faire vivre un curé», indique M. Bachand. La paroisse prend alors vie. À cette époque, Saint-Césaire couvre un territoire qui s’étire aujourd’hui de Saint-Damase à Saint-Paul-d’Abbotsford.

Saint-Césaire est la «paroisse mère des quatre lieux», précise le président de la SHGQL.

L’intérêt pour ce coin de pays a été justifié par le fait qu’il se trouvait sur le chemin reliant Saint-Hyacinthe et un fortin militaire établi sur la frontière avec les États-Unis. Celui-ci, tenu par des soldats loyalistes anglais, prévenait une éventuelle invasion américaine alors que la Guerre d’indépendance faisait rage.

La vision du curé Provençal

Le curé qui tient alors les rênes de la communauté se nomme Joseph-André Provençal. «C’était un curé incroyable, rappelle M. Bachand. Il avait une vision de l’importance de l’éducation.»

L’homme d’Église, de la Congrégation de Sainte-Croix, a fait construire un couvent pour les filles et un collège pour les garçons (1869). «C’était très rare à l’époque en milieu rural», analyse celui qui est féru d’histoire. Ces bâtiments sont situés le long de la route 233, qui longe la rivière.

D’autres personnalités ont marqué Saint-Césaire, comme la journaliste Jeanne Grisé-Allard, qui signait de son nom de plume Alice Ber. Fille d’imprimeur, elle était l’une des rares femmes à pratiquer ce métier — principalement dans le milieu agricole, comme dans le Bulletin des agriculteurs —, et ce, pendant 65 ans! Sa maison sera une étape du futur parcours à voir le jour.

Certaines maisons se distinguant par leur architecture seront aussi mises à l’honneur. La maison Ducharme est l’une d’elles, à l’angle de l’avenue de l’Union et de la route 233. «C’est l’une des plus vieilles maisons de Saint-Césaire, ayant appartenu au patriote Ducharme. Quand Papineau s’est sauvé aux États-Unis, il a séjourné là, un soir de décembre 1837», raconte M. Bachand.

Par ailleurs, des lieux symboliques de l’activité du XIXe siècle seront aussi mis de l’avant, tel l’ancien marché public, qui a ensuite fait place au grand stationnement situé en face de l’hôtel de ville. Cet espace pourrait cependant retrouver sa vocation première, la municipalité ayant ce projet dans ses cartons.

Le moulin des quatre lieux (construit en 1828), situé dans le rang de la Grande-Barbue, était celui où «tout le monde allait faire moudre ses grains». Il était un important lieu d’échanges pour la communauté. Avec le couvent, ce moulin est l’un des deux monuments classés historiques par la municipalité.

Dans ce circuit patrimonial, le moulin est le seul à se trouver à l’extérieur du Vieux Saint-Césaire. Ce lieu plaît particulièrement à M. Bachand. «Le moulin a joué un rôle tellement important, dit-il. C’était comme l’église, un lieu de rencontre. Il s’y négociait bien des choses!»

La manufacture de tabac, autrefois omniprésente dans l’économie locale, sera rappelée à la mémoire collective. «Si on recule 40 ans en arrière, à la place du maïs, ce n’était que du tabac», se souvient l’ancien bibliothécaire.

Les jeunes

L’objectif de ce nouvel outil de vulgarisation historique vise à intéresser les jeunes à l’histoire de leur coin de pays. «La municipalité y tient beaucoup», souligne M. Bachand.

En 2022, le sentier patrimonial se retrouvera sur un dépliant touristique et sur le site web de la Ville, afin d’en faire la promotion auprès de la population et des touristes. Cette initiative de la SHGQL s’inscrit dans la volonté d’offrir un tel circuit patrimonial dans chacune des villes composant les «quatre lieux», soit Saint-Paul-d’Abbotsford, Ange-Gardien, Saint-Césaire et Rougemont. Les deux premières municipalités disposent déjà d’un tel attrait historique et touristique.