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Près de 200 ans plus tard, on retrouve encore trace du dénommé Francis Nathaniel Burton, lieutenant-gouverneur du début du XVIIIe siècle, l’historien Gilles Bachand posant devant l’enseigne du restaurant Le Burton, à Saint-Césaire.
Près de 200 ans plus tard, on retrouve encore trace du dénommé Francis Nathaniel Burton, lieutenant-gouverneur du début du XVIIIe siècle, l’historien Gilles Bachand posant devant l’enseigne du restaurant Le Burton, à Saint-Césaire.

Et si Saint-Césaire s'était appelée Burtonville?

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
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Et si Saint-Césaire ne s’était pas appelée Saint-Césaire ? La question peut sembler farfelue, mais elle tire son origine dans la fondation même de la municipalité, qui célébrera ses 200 ans d’existence l’an prochain.

« On peut s’interroger si Saint-Césaire a réellement été fondée en 1822, pose l’historien Gilles Bachand. En fait, cette année marque la fondation de la paroisse catholique de Saint-Césaire par l’évêque de Saint-Hyacinthe, mais on sait que l’endroit était déjà habité depuis plusieurs années auparavant. »

En effet, durant la guerre d’indépendance américaine, des soldats anglais, loyalistes, s’établissent autour d’un fort — block house — aménagé en bordure de la rivière Yamaska, près de l’île à l’ail. Leur présence remonte à au moins 1781, précise M. Bachand. « Il y a au moins une trentaine de colons anglais dans ce secteur », détaille-t-il.

Quand le fort cesse ses activités en 1784, la plupart des soldats et colons anglais, pour la grande majorité des protestants, finissent par déserter l’endroit. « Il ne restait que deux familles, les Harris et les Fambres, qui se sont francisés avec le temps et qui ont encore quelques descendants disséminés dans la région », raconte l’historien.

Les lieux ne sont pas demeurés déserts bien longtemps. Quelques années plus tard à peine, des colons français s’enfoncent dans les terres au sud du Saint-Laurent, puisqu’il ne reste plus de place pour s’établir et prospérer en bordure du fleuve. Ils empruntent la route tracée par les Anglais et qui les mènera aux alentours de l’ancien fort.

En 1811, Pierre-Dominique Debartzch hérite de trois huitièmes de la Seigneurie de Saint-Hyacinthe. Le reste va à son cousin Jean Dessaules et deviendra ce qu’on connaît aujourd’hui comme Saint-Hyacinthe.

Une dizaine d’années plus tard, M. Debartzch souhaite établir un village sur ses terres, il décide alors de les diviser en lots pour mieux les revendre à ses censitaires. C’est là qu’est née la paroisse de Saint-Césaire, qui couvrait à l’époque le territoire de Saint-Césaire, Rougemont, Ange-Gardien, de même qu’une partie de Marieville et de Saint-Pie, illustre M. Bachand.

Un service en attire un autre

Le riche seigneur ne se cache pas : il a des ambitions politiques et souhaite intégrer le conseil législatif du Bas-Canada, qui regroupe plusieurs hommes puissants, seigneurs et marchands fortunés. « À l’époque, ce sont eux qui décident des lois, explique Gilles Bachand. C’est aussi un conseil qui sert à récompenser les gens pour leurs bons services. »

Ainsi, pour amadouer le lieutenant-gouverneur de l’époque, un dénommé Francis Nathaniel Burton, Derbatzch décide de baptiser son nouveau village, qui compte quelque 130 emplacements, en son honneur : Burtonville.

Pour officialiser le tout, il demande au notaire de la place d’inscrire la mention de Burtonville sur tous les actes notariés, qui touchent essentiellement toutes les transactions réalisées entre tiers, à l’époque.

Une appellation qui ne sera toutefois jamais acceptée par les colons français et catholiques qui demeuraient sur place et qui étaient de loin majoritaires, relate M. Bachand. « Le peuple n’a jamais digéré ce nom et ne l’a jamais utilisé, souligne-t-il. Même qu’ils exigeaient du notaire qu’il ajoute le nom de la paroisse de Saint-Césaire dans leurs actes notariés. »

M. Burton n’aura été lieutenant-gouverneur qu’un peu plus d’un an, de juin 1824 à septembre 1825, après quoi il retourna en Angleterre. Son successeur aura toutefois nommé Debartzch au conseil exécutif en 1837, signe que le seigneur était tombé dans les bonnes grâces des hauts placés. Cette nomination aura suscité l’ire de ceux qu’on connaît aujourd’hui sous le sobriquet des Patriotes, laisse entendre l’historien...

C’est pour être nommé au conseil législatif du Bas-Canada que Pierre-­Dominique Debartzch nomme son village en l’honneur du lieutenant-­gouverneur de l’époque, Francis Nathaniel Burton.

Le nom de Burtonville est toutefois disparu autour de 1845, avec la loi qui entérine la création des municipalités et l’abolition du régime seigneurial. À ce moment-là, les municipalités reprenaient essentiellement le nom et les délimitations des paroisses, d’où le nom de Saint-Césaire que porte la municipalité au cœur de la MRC de Rouville.

Bref, Burtonville n’aura existé que sur papier, et ce, pendant une vingtaine d’années. À cette époque, le village comptait quelque 2000 habitants, dont 1300 communiants, avait calculé l’évêque.