Simon Lajeunesse, coordonnateur de la gestion de l’eau à la MRC Brome-Missisquoi

Trois projets porteurs pour l’eau

L’existence des changements climatiques n’est plus à prouver; il faut maintenant s’y adapter. C’est dans cette optique que la MRC Brome-Missisquoi a mis en place trois projets pilotes dans le cadre du programme Climat municipalités.

«On ne s’est pas préoccupé des changements climatiques pendant plusieurs années, alors on doit rattraper le temps perdu», résume Simon Lajeunesse, coordonnateur de la gestion de l’eau à la MRC Brome-Missisquoi.

Cette dernière ne part toutefois pas de zéro dans sa démarche. «On avait déjà un plan d’action sur les eaux de surface et sur le contrôle de l’érosion depuis environ une décennie, note M. Lajeunesse. Mais les changements climatiques ajoutent une pression additionnelle. Avec les pluies de plus en plus intenses, il faut gérer à la fois la qualité et le volume de l’eau, ce qui amène des adaptations.»

Comme la géographie de la MRC est très variée d’une extrémité à l’autre, il a été décidé d’intervenir en trois projets pilotes propres à chaque paysage.

Le premier d’entre eux touche surtout les plaines de l’ouest de la MRC, majoritairement constituées de terres agricoles. «Historiquement, beaucoup de travaux de drainage ont été réalisés avec l’aménagement de cours d’eau rectilingues. Avec le recul, on réalise qu’on aurait dû faire autrement, car ces cours d’eau sont très réactifs et cherchent à reprendre leur cours d’origine. L’eau arrive très vite en aval, ce qui augmente le risque d’inondations et contribue à l’érosion des berges.»

Pour pallier ce problème, la MRC procédera à l’implantation d’un chenal à deux niveaux, qui permettra à l’eau de déborder dans une plaine végétalisée plutôt que directement dans un cours d’eau. Le tout aura pour effet de retenir l’eau et de diminuer l’érosion des talus, en plus d’augmenter la durée de vie des travaux, ce qui permettra des économies.

Un agronome est aussi mandaté pour accompagner les propriétaires agricoles pour les aider à protéger leurs cours d’eau grâce à des solutions personnalisées et à obtenir de l’aide financière, si celle-ci est disponible. «Si on fait ça partout dans nos campagnes, on pense avoir un impact réel et durable», estime M. Lajeunesse.

Des «trappes à sédiments»

Le second projet pilote s’intéresse à la région plus montagneuse de la MRC, à l’est, et concerne surtout l’eau qui ruisselle jusqu’au lac Davignon, là où s’accumulent de plus en plus de sédiments.

La MRC procédera à l’implantation d’un chenal à deux niveaux, qui permettra à l’eau de déborder dans une plaine végétalisée plutôt que directement dans un cours d’eau.

«Une étude réalisée en 2013 nous a appris que depuis 20 ans, le taux de sédiments retrouvé dans le lac a explosé, note M. Lajeunesse. Avant, c’était environ 0,1cm de sédiments qui s’accumulaient chaque année, alors qu’aujourd’hui, on parle de 2 cm annuellement.»

Les pentes qui composent le relief de ce secteur sont en cause. «Sur les 20 kilomètres qui longent le bassin versant, on retrouve 800 mètres de dénivelé. Avec les débits torrentiels qu’on peut observer quand il pleut, ça amène l’eau à toute allure dans le lac et ça contribue à l’érosion des berges», explique-t-il.

Enrochement, pentes fortes, seuils: des centaines d’ouvrages ont ainsi été mis en place dans les fossés de chemins dans les municipalités de Dunham, Lac-Brome, Brome, Sutton, Bolton-Ouest et Cowansville où l’eau transite à plus de 50% avant d’atteindre les cours d’eau. «Ça agit essentiellement comme trappes à sédiments, qu’on capte avant qu’ils n’arrivent au lac, relève le coordonnateur. En multipliant ces ouvrages, on est capable d’avoir un impact considérable.»

L’an prochain, un patrouilleur étudiant mandaté par la MRC arpentera la région pour accompagner les propriétaires dans le contrôle de l’érosion.

Prévenir les surverses

C’est enfin dans la Ville de Bedford qu’a été implanté le troisième projet pilote. Ce dernier consiste à rediriger les eaux de pluie par écoulement naturel et par biorétention.

«On a obligé, par règlement municipal, le débranchement des gouttières pour éviter que l’eau de pluie ne se rende dans les égouts. Les infrastructures actuelles comprennent les égouts sanitaire et pluvial et sont quand même âgées; elles ne sont donc pas adaptées pour la capacité actuelle, ce qui provoque des surverses, explique M. Lajeunesse. Et celles-ci vont arriver de plus en plus souvent.»

«On vise donc à gérer l’eau de pluie avant qu’elle n’entre dans le réseau d’égout; ça coûte beaucoup moins cher que d’investir pour remplacer les infrastructures», poursuit le coordonnateur.

L’ensemble des initiatives constitue une facture d’environ 1,5 million $, précise M. Lajeunesse. Un montant de 703 200$ est toutefois assuré par Québec via le Fonds vert, qui financera huit projets au Québec dans le cadre du programme.

Cette année, la moitié des travaux ont été effectués sur le terrain. Une opération qui se poursuivra en 2020. Les deux années suivantes seront principalement consacrées au volet expérimental du projet, avec le suivi concret des résultats.

«D’ordinaire, on n’a pas les moyens d’effectuer ce volet plus scientifique, mais maintenant, on peut! se réjouit M. Lajeunesse. Les résultats seront diffusés. On a le souci de pouvoir faire profiter aux autres communautés des bénéfices de notre projet.»