La stratégie de recrutement est différente selon les besoins de l’entreprise et le type de poste à combler, explique Judith Brunelle, directrice des ressources humaines chez Teledyne Dalsa.

Pénurie de main-d’oeuvre: à chacun sa recette

Les besoins locaux en main-d’œuvre étant de plus en plus difficiles à combler, bon nombre d’entreprises de la région élargissent leurs horizons pour recruter des candidats.

La situation de Patrick Marziali, propriétaire de Filtration Québec, qui a besoin de nouveaux employés rapidement, est typique de ce que vivent plusieurs entreprises de Brome-Missisquoi. «Je mets des offres d’emploi sur des sites Internet et sur Facebook, mais les CV ne rentrent pas», dit-il.

«On se bat contre des compagnies qui offrent le même salaire que nous, renchérit l’entrepreneur de Bedford. Ce qui fonctionne le mieux maintenant, c’est d’envoyer des offres d’emploi à des gens qui ont un travail et qui ne savent pas encore qu’ils ont le goût de changer!»

Comme plusieurs autres entreprises, M. Marziali envisage de recruter à l’extérieur du Québec pour répondre à ses besoins. «J’ai reçu des appels de gens du Sénégal et de la Turquie, mais ils sont encore là-bas. Mais j’ai besoin de main-d’œuvre maintenant», explique l’entrepreneur.

Plus tôt cette année, le Centre local de développement (CLD) de Brome-Missisquoi a lancé une stratégie d’attraction visant à accueillir de nouveaux travailleurs qui profiteraient de leur nouvel emploi pour s’établir dans la région. Le tout permettrait à la fois de répondre à la demande en main-d’œuvre des entreprises tout en assurant la vitalité des municipalités du territoire et le maintien des services y étant offerts.

Benoit Lévesque, conseiller industriel au CLD Brome-Missisquoi, a constaté que notre coin de pays avait une longueur d’avance sur bien d’autres régions du Québec quant à la mise en place de mesures pour attirer des travailleurs.

«C’est une question de temps avant que ça ne se structure ailleurs comme ici, croit-il. Notre stratégie nous permet de commencer à prévoir les besoins pour les prochaines années.»

«On a une problématique, mais on ne la vit pas aussi fort que d’autres régions plus isolées», estime M. Lévesque, notamment en raison de la proximité entre Brome-Missisquoi, la frontière américaine et Montréal.

Les conditions de travail doivent aussi être intéressantes pour recruter de nouveaux travailleurs et décourager le personnel de dénicher un emploi ailleurs, explique Nadia Bourgeois, vice-présidence aux ressources humaines et administration chez Fabritec.

Besoins spécifiques
Début décembre, des représentants du CLD et de la SODEB s’envoleront vers Paris afin de prendre part aux Journées du Québec, dans l’optique de rencontrer des candidats au nom d’entreprises de la région.

Parmi celles-ci, notons Teledyne Dalsa, qui espère pouvoir y recruter des techniciens. Actuellement, l’entreprise de Bromont a une vingtaine d’emplois disponibles dans tous ses corps de métier. La stratégie de recrutement est différente selon les besoins de l’entreprise, explique Judith Brunelle, directrice des ressources humaines. «Parfois, l’expérience et l’expertise dont on a besoin ne se trouvent pas toujours sur le marché local», note-t-elle.

Jusqu’à présent, la compagnie a d’ailleurs recruté des candidats de la France, de l’Inde et de l’Allemagne, dont elle a coordonné les démarches d’immigration et défrayé les coûts de transport et de déménagement. «Toutefois, au niveau des opérateurs, on peut regarder à l’échelle régionale, car ce type de poste est très populaire», précise Mme Brunelle.

Mais le recrutement de candidats locaux a changé au fil du temps. «Il ne faut plus compter sur les sites d’emplois pour recevoir des CV. Il faut être présent sur les réseaux sociaux, avoir des annonces dynamiques, être dans les salons de l’emploi, tisser des liens avec les établissements d’enseignement et intégrer plusieurs stages en entreprise», énumère la directrice.

«Le recrutement, c’est ce qui sera le nerf de la guerre pour la suite des choses», ajoute-t-elle.

Son homologue chez Fabritec, Nadia Bourgeois, vice-présidente aux ressources humaines et administration, abonde dans le même sens. «On a revu nos façons de faire. Il faut être présents partout, et être plus proactifs, rapides et efficaces. On ne peut plus attendre plusieurs jours avant de rappeler un candidat, car il peut se trouver un autre emploi durant cette période!» lance-t-elle.

Les conditions de travail doivent aussi être intéressantes pour recruter de nouveaux travailleurs et décourager le personnel de dénicher un emploi ailleurs. «Pour notre part, on offre notamment un salaire avantageux, un service de cafétéria et un entraîneur privé, qui vient trois fois par semaine, pour nos employés, détaille Mme Bourgeois. Ce sont plein de petites initiatives qui font du lieu de travail un endroit agréable.»

Chez Fabritec, où plus d’une centaine d’emplois sont disponibles, on évalue actuellement la possibilité de prendre part à une mission de recrutement à l’étranger. «Il faut déterminer si, pour nous, c’est nécessaire et si la méthode la plus efficace pour combler nos besoins. Pour nos postes de journaliers, où les candidats n’ont pas besoin de formation, ce n’est pas utile, mais peut-être plus pour des emplois d’électromécaniciens, par exemple, qui sont plus spécialisés», indique Mme Bourgeois.