Élyse Cardinal agit à titre de conseillère en relève agricole et d’agente de maillage locale pour la région de Brome-Missisquoi.

L’Arterre: «comme un Tinder de l’agriculture !»

Le concept de banque de terres agricoles n’a rien de bien nouveau dans Brome-Missisquoi. L’expérience du CLD local en la matière, jumelée au projet de banques de fermes du Centre d’innovation sociale en agriculture, a permis de créer L’Arterre. Aujourd’hui, ce service permet à la relève agricole d’avoir un meilleur accès à des fermes en activité ou à des terres inutilisées.

« C’est comme un Tinder de l’agriculture ! », lance avec humour Élyse Cardinal, qui agit à titre de conseillère en relève agricole et d’agente de maillage locale pour Brome-Missisquoi. Elle n’est pas seule à jouer ce rôle. Plusieurs agents de maillage sont à l’œuvre dans plus de 75 MRC du Québec, précise-t-elle.

Leur rôle : jumeler des aspirants-agriculteurs à des propriétaires agricoles, soit par le transfert d’entreprises agricoles, par l’achat ou la location d’actifs (comme des terres) ou encore par des alliances d’affaires.

« Mais ce n’est pas un copier-coller, car les activités agricoles sont très diversifiées selon les régions, précise Mme Cardinal. Dans Brome-Missisquoi, on trouve beaucoup de cultures émergentes, de jardinage intensif et biologique. Selon le portrait de l’agriculture de la région, ça se modifie, mais on a tous la même mission. »

« Le rôle des agents de maillage c’est de trouver un bon fit, poursuit-elle. Avec L’Arterre, on a une plate-forme en ligne qui touche tout le Québec. Si quelqu’un habite en Gaspésie et souhaite s’établir dans Brome-Missisquoi, par exemple, il peut aller sur la plate-forme et voir les offres agricoles disponibles dans la région pour faire une recherche sommaire, puis contacter son agent de maillage pour aller plus loin. »

Ne s’inscrit pas qui veut, cependant. La qualification des aspirants-agriculteurs demeure primordiale. La personne doit caresser un projet commercial et détenir une solide expérience du milieu agricole, soit pratique, soit scolaire, de façon à assurer la viabilité de son entreprise.

« Pour les propriétaires, c’est un plus de savoir que l’aspirant s’occupera bien de ses affaires. On ne veut pas de feux de Bengale. Plus on s’assure que la qualification est bonne, plus les chances de survie de l’entreprise sont bonnes aussi. »

Les agents de maillage ont donc la mission d’accueillir les candidats, de s’assurer qu’ils sont fin prêts à se lancer, de les jumeler à un propriétaire qui correspond à ce que la personne recherche, et d’assister cette « paire » dans le processus jusqu’à une entente.

« Si la personne a une idée, un projet, on l’accompagne là-dedans et on la suit après », résume Mme Cardinal.

Dans le cas d’une location de terre agricole, comme c’est souvent le cas dans Brome- Missisquoi, il peut se passer de trois mois à un an entre le début et l’aboutissement des démarches. Lorsqu’il s’agit de transferts de fermes — plus courants dans d’autres régions du Québec—, la même démarche peut toutefois prendre jusqu’à cinq ans.

Portrait

Selon Élyse Cardinal, Brome-Missisquoi, malgré la valeur élevée de ses terres, attire les aspirants-agriculteurs pour bien des raisons, dont le paysage, l’atmosphère générale de la région, la « longueur » de la saison et la zone favorable de culture.

Comme déjà mentionné, ceux-ci se lancent souvent dans la culture bio-intensive, qui consiste à produire plusieurs espèces végétales bios sur un même petit lot. On constate également un intérêt marqué pour les cultures émergentes, comme l’argousier, le houblon, les noix ou l’ail, fait remarquer la dame.

« Même si c’est beaucoup de travail, ces gens ont envie d’avoir accès à une qualité de vie, de travailler dehors, d’être en contact avec la nature. Et je remarque que ce ne sont pas du tout des enfants d’agriculteurs. Ils choisissent de devenir des néo-fermiers. Raison de plus pour nous de s’assurer qu’ils sont bien qualifiés pour que l’aventure se passe bien », termine Mme Cardinal.