L’Atlas des paysages ne visait pas qu’à cartographier les lieux; il visait à recenser aussi leur âme, à travers les yeux et le cœur de ceux qui ont contribué à les façonner et qui les habitent encore aujourd’hui.

Cartographier l’ADN de la région

Riche de reliefs variés et de lieux enchanteurs, la MRC Brome- Missisquoi s’est dotée d’un atlas de ses paysages qui lui permettra d’aménager plus intelligemment son territoire, mais aussi de déterminer des interventions concrètes qui assureront la mise en valeur et la préservation des panoramas qui font son charme.

Issu de l’entente de développement culturel 2018-2020, où la MRC et le ministère de la Culture et des Communications se sont séparés la facture en parts égales, le document, qui compte une cinquantaine de croquis et plusieurs photos répartis en quatre grands chapitres, a été remis il y a un peu moins de deux semaines par le jeune organisme montréalais Les Mille Lieux, mandaté par la MRC pour réaliser la caractérisation paysagère de son territoire. Il s’agirait d’un des tout premiers, sinon le premier, ouvrage de référence du genre au Québec.

« En fait, on vient apporter un côté humain à l’aménagement du territoire. On cherche à comprendre pourquoi on s’ancre quelque part. On tente de connaître le sens des lieux pour une communauté et pourquoi les gens s’approprient leur milieu, explique l’architecte paysager Louis-Philippe Rousselle-Brosseau, chargé de projet à pour Les Mille Lieux. L’étude vise à comprendre les paysages de Brome-Missisquoi et d’agir dessus à partir de facteurs naturels et culturels. »

Des facteurs naturels, donc, comme la géologie et le relief des sols, qui sont des caractéristiques physiques d’une région ou d’un secteur, et des facteurs culturels qui témoignent de la manière dont l’être humain s’est approprié et adapté à cet environnement pour en faire son milieu de vie.

« Si on regarde la géologie dans la MRC, on peut voir qu’à l’ouest, on retrouve des plaines argileuses propices à l’agriculture, illustre M. Rousselle-Brosseau, contrairement à l’est, où les montagnes ont permis le développement de l’activité touristique. »

La réalisation de l’Atlas des paysages s’articule effectivement autour de trois volets : la compréhension sociale, c’est-à-dire l’attachement émotionnel de la population aux lieux et la perception de celle-ci par rapport à son environnement. La compréhension géographique, à partir des différents éléments physiques, ou entités, qui composent le territoire. Et la compréhension temporelle, qui suit l’évolution de celui-ci, de l’époque de la colonisation à aujourd’hui, à travers les nombreuses activités qui s’y sont déroulées. « Le but est de mieux comprendre l’évolution des lieux, dans le passé et dans le présent pour mieux planifier le futur, afin de voir quelles sont les menaces qui pourraient mener à la disparition des attraits et de quelle manière on peut gérer l’occupation de notre territoire pour plutôt préserver ceux-ci et les mettre en valeur », explique Nathalie Grimard, directrice adjointe au service de la gestion du territoire à la MRC Brome-Missisquoi.

Processus participatif

La participation de la population et des représentants de la MRC, par enquêtes et par des mobilisations sur le terrain, était une condition-clé pour en arriver au résultat final. Car l’Atlas des paysages ne visait pas qu’à cartographier les lieux ; il visait à recenser aussi leur âme, à travers les yeux et le cœur de ceux qui ont contribué à les façonner et qui les habitent encore aujourd’hui.

Nathalie Grimard, directrice adjointe au service de la gestion du territoire à la MRC Brome-Missisquoi

« Ça a permis de présenter la région sous une facette plus imagée et fédératrice », explique l’architecte.

Le processus s’est étalé sur une année complète à compter d’octobre 2018.

« On a commencé doucement, à la fin de l’année dernière, en réunissant des maires, des urbanistes et des gestionnaires du territoire pour faire le tour de la MRC », explique M. Rousselle-Brosseau.

La population a été mise à contribution, notamment par un sondage en ligne, auquel plus de 800 personnes ont répondu. Le tout a permis, entre autres, d’identifier et de comprendre les différents sentiments d’appartenance qui cohabitent sur le territoire.

Les participants ont ensuite été invités à photographier leur environnement, que ce soit leurs coups de cœur ou les lieux à améliorer, et à partager les clichés avec les chargés de projet.

Outil de planification

La MRC de Brome-Missisquoi, et la vingtaine de municipalités qui la composent pourront utiliser l’atlas afin de planifier leur développement.

L’outil de planification leur offre une meilleure connaissance de l’identité et de la dynamique paysagère de la MRC, souligne Mme Grimard, qui ajoute que l’atlas servira aussi d’assise de réflexion dans le cadre du schéma d’aménagement et de développement de la MRC.

« L’étude des paysages permet de mieux cerner le rapport des habitants à leur environnement et l’incidence de ce rapport sur son état et son devenir », indique-t-elle.