La rivière aux Brochets sera mise à l’honneur cet été au Musée Missisquoi.

Une rivière à découvrir

La rivière aux Brochets sera mise à l’honneur cet été au Musée Missisquoi. Avec l’exposition Au fil de l’eau : Découvrons la rivière aux Brochets, l’organisation souhaitait donner une suite logique à l’accent mis depuis quelques années sur le cours d’eau.

«On a créé plusieurs activités autour de la rivière, comme le kayak, la Fête de la pêche. On a eu une conférence ce printemps sur l’histoire du cours d’eau», relève la responsable des communications, Mona Beaulac.

C’était donc tout naturel que l’exposition annuelle de l’endroit s’attarde à cet élément géographique déterminant dans le développement de la région, poursuit-elle.

À travers des photos et des artefacts de sa collection, le Musée Missisquoi propose de remonter le courant jusqu’à il y a 5 000 ans, âge estimé de la rivière aux Brochets.

«La rivière est comme un miroir rétrospectif de la région du point de vue écologique et humain, sans oublier son rôle essentiel dans la vie des peuplades indigènes ; l’établissement de la Seigneurie de Saint-Armand ; l’arrivée des loyalistes ; l’essor de l’industrie forestière et de l’agriculture à partir des années 1790 et sa valeur comme pouvoir hydraulique au moment de l’apogée industriel du comté de Missisquoi depuis le milieu du 19e siècle jusqu’au milieu du 20e siècle», explique la conservatrice du Musée, Heather Darch.

Des tribus nomades aux moulins de toutes sortes
Plusieurs siècles avant l’arrivée des Européens dans la région, des tribus de Paléo-Indiens naviguaient sur la rivière aux Brochets pour atteindre le lac Champlain. «Les Amérindiens se déplaçaient sur le lac pour découvrir de nouveaux territoires de pêche, de chasse et de trappe, ou pour exploiter le silex. Ces premières populations étaient des tribus nomades qui avaient établi un important réseau de commerce. La région n’a été habitée qu’à la période dite « archaïque » (entre 10 000 et 3 000 ans avant notre ère). Le site archéologique le plus ancien de cette période, le site Gasser à Pike River, remonte à presque 5 000 ans avant notre ère», poursuit-elle.

Les Iroquois leur ont succédé sur le territoire jusqu’à l’arrivée des Européens. Avec eux, l’érection de barrages, fort pertinente étant donné les multiples chutes de la rivière aux Brochets. Moulins à scie, moulins à grain, puis moulins à carder se sont multipliés sur les deux rives du cours d’eau et de la quarantaine de barrages qui y avaient été érigés.

«À la hauteur de Bedford (à l’origine Lampman’s Mills) par exemple, la rivière aux Brochets est marquée par toute une série de rapides sur presque deux kilomètres. Ces rapides rendaient les voyages difficiles, mais en revanche, ils constituaient un atout dans la nouvelle communauté comme source de pouvoir», fait valoir Mme Darch.

«À la fin du 18e siècle, Abram Lampman a fait construire un barrage sur la rivière et un moulin à scie sur la rive nord. Quelques années plus tard, Martin Rice fera construire une forge munie d’un marteau hydraulique du côté opposé au barrage, sur la rive sud. D’autres industries sont venues s’ajouter le long de tous ces rapides. En tout, cinq barrages enjambaient la rivière, ce qui a permis à Bedford de connaître un premier boom de croissance et une prospérité économique», poursuit-elle.

Pollution inévitable
Toutes ces activités industrielles ont toutefois eu un lourd impact sur l’écologie. «Des composés organiques et inorganiques, comme de la chaux et des acides, ont été déversés dans la rivière, et ce, bien avant que l’on ne parle d’environnement, d’où l’altération des taux de pH et aussi de la qualité de l’eau. L’arrivée des eaux résiduaires en provenance des moulins à carder, des fabriques d’usinage, des tanneries ou des abattoirs a fait en sorte que la rivière aux Brochets est devenue polluée par les déchets industriels, et ce, à partir du milieu du 19e siècle», indique la conservatrice.

C’est donc ses usages historiques, son héritage et les effets des différentes activités humaines, qu’elles soient du domaine du transport, du commerce, du divertissement ou de la spiritualité, sur son environnement que l’exposition principale du Moulin Cornell souhaite mettre de l’avant tout l’été.

Parmi les objets exposés, mentionnons notamment de nombreux outils, un bol en pierre datant de 400 ans avant Jésus-Christ et un costume de bain en laine (!) du début du XXe siècle.

L’ouverture officielle du Musée Missisquoi s’est faite le dimanche 27 mai dernier, mais l’exposition Au fil de l’eau : Découvrons la rivière aux Brochets se tiendra jusqu’au 7 octobre.

À noter que cinq artistes de la région se succéderont en parallèle tout l’été à la Galerie Paige Knight, également située dans le Moulin Cornell.

Pour plus d’information: museemissisquoi.ca

La rivière aux Brochets prend sa source principale au mont Pinacle, près de Frelighsbur et est alimentée par un important tributaire du lac Carmi, au Vermont. Elle fait son chemin à travers mille détours du côté du Québec de la frontière internationale, en passant par des communautés au nom évocateur — Frelighsburg, Stanbridge East, Bedford, Notre-Dame-de-Stanbridge et Pike River — pour se jeter finalement dans le lac Champlain. La rivière aux Brochets coule sur une distance de 67 kilomètres, avec un dénivellement de 140 mètres. Six tributaires l’alimentent. Son bassin versant, qui s’étend sur 630 km carrés, couvre le centre-sud du comté de Missisquoi, ainsi que le nord des cantons de Berkshire et de Franklin, au Vermont.
Source : Musée Missisquoi