Aurélien Pochard et Amélie Bourbonnais cultivent une quarantaine de légumes sur leur terre à Bedford, livrés sous forme de paniers en milieu urbain, principalement à Montréal.

Le félin porte-bonheur

Les superstitieux vous diront que le chat noir porte malheur. Amélie Bourbonnais et Aurélien Pochard ont de quoi confondre les sceptiques. En effet, depuis qu’ils se sont lancés en affaires, les deux jeunes maraîchers « néo-ruraux » cumulent les succès avec Les Jardins du chat noir. À ce chapitre, les agriculteurs ont récemment obtenu la faveur du jury à l’échelon régional du Défi OSEntreprendre.

Passer du monde du spectacle à la vie à la campagne, c’est le virage à 180 degrés qu’a fait le couple il y a quelques années pour plonger dans la culture maraîchère. « On a commencé à vouloir changer de carrière il y a environ six ans, a confié l’ex-technicien de scène. On voulait avoir un rythme de vie un peu plus calme. On a donc pensé vivre à la campagne. Mais ce n’était pas compatible avec notre boulot. Comme on aimait jardiner, on a commencé à explorer l’idée. »

L’exploration a rapidement porté ses fruits. Le tandem a donc parfait ses connaissances en horticulture : lui en 2012 au Cégep de Laval et elle, l’année suivante au Jardin botanique de Montréal. Un premier projet a germé à cette période. « On a évalué l’idée de se lancer dans une entreprise d’aménagement paysager comestible. Il y a un petit engouement pour ça en ce moment au Québec », a mentionné Aurélien. Or, un stage de sa complice peu de temps après en culture maraîchère a changé la donne. « Ça a été le déclic. On a trouvé notre voie à ce moment. Ça nous a branché tous les deux de nourrir les gens avec des légumes bio », s’est remémoré le Français d’origine.

Amélie est accompagnée ici de celui qui a inspiré le nom de la petite entreprise maraîchère...

D’une pierre deux coups
Comme Amélie et Aurélien connaissaient la région pour y avoir séjourné à quelques reprises, ils ont fait appel, il y a trois ans, au CLD Brome-Missisquoi pour dénicher une terre où lancer leur projet. Ils ont finalement mis la main sur un terrain d’une dizaine d’acres à Bedford. Dès lors, leur rêve s’est cristallisé de jour en jour, au fil du travail de la terre et de la construction de bâtiments. « On a trimé dur, a concédé Aurélien. Mais chaque minute passée à l’extérieur, à cultiver nos légumes et à établir des liens avec des gens du coin, nous a rappelé qu’on avait fait le bon choix. » Toutefois, pas question ici d’agriculture « industrielle ». « On veut garder le côté humain dans tout ça », a dit le jeune maraîcher. À ce jour, le duo cultive une quarantaine de légumes « à l’ancienne », sans pesticides. Le fruit de leur labeur prend ensuite la direction de Montréal, sous la forme de paniers, distribués dans divers points de chute à leurs abonnés, de juin à octobre. Une façon pour eux de « boucler la boucle ». « On a le meilleur de la nature, puis on retourne en ville deux à trois fois par semaine pour livrer nos paniers. C’est une façon de rester connectés à nos anciennes racines. Nourrir les gens de la ville est très important pour nous. Malheureusement, on constate une déconnexion d’une grande partie de la population urbaine avec la production de nourriture. Les gens n’ont plus l’histoire derrière le produit. Notre but c’est, en quelque sorte, de recréer ces liens en ayant un contact direct avec nos clients. »

Projets
Cette année, les deux trentenaires devraient nourrir une centaine de familles. L’expansion de la production est dans les cartons, ainsi que l’ouverture de points de chute à proximité de leur quartier général.

Le fait de remporter la finale régionale du Défi OSEntreprendre, dans la catégorie « commerce » est, par ailleurs, une « grande source de motivation ».

« On sent vraiment une grande volonté dans la région d’aider les entreprises qui ont à cœur l’environnement et qui portent des projets durables. Vraiment, on est très enthousiastes pour l’avenir des Jardins du chat noir. »