Emmanuel Péluchon et ses curieux anagyres.

Créateur d’un objet unique

Boisselier... voilà un bien joli mot pour un métier à l’origine de fort jolies choses. Parmi elles, Emmanuel Péluchon est particulièrement fier de l’anagyre exceptionnel qu’il a créé.

Un quoi, direz-vous ? Cet objet de curiosité — et d’émerveillement, selon M. Péluchon — demeure, à ce jour, une énigme à résoudre et un sujet d’étude en soi. En forme de petit bateau, il tourne en sens horaire ou souvent antihoraire, et refuse obstinément de changer de direction, comme s’il défiait les lois de la physique. « Ça suscite beaucoup de questions et de discussions. »


«  Ce que j’aime du bois ? C’est une matière vivante. Chaque essence a son parfum. En travaillant le bois, tous les sens sont sollicités.  »
Emmanuel Péluchon

Vieux comme le monde, l’anagyre était aussi appelé la pierre des Celtes, car ce sont eux qui auraient découvert des galets qui tournaient dans un seul sens. « Les druides les utilisaient comme oracles... En fait, c’est le premier objet pipé (NDLR : truqué) de l’histoire de l’Humanité ! », rigole l’artisan.

Chose certaine, il a eu beaucoup d’influence sur l’histoire d’Emmanuel Péluchon. « C’est l’anagyre qui m’a amené à retravailler le bois. J’en avais un sur mon bureau et j’ai eu envie d’en fabriquer. Généralement, c’est sculpté en un seul morceau. Mais un anagyre comme le mien, fait par assemblage de bois, c’est unique au monde », affirme-t-il, en précisant que la boissellerie est cet art de fabriquer des petits objets de bois.

Amour d’enfance

Son amour du bois lui vient de l’enfance. Son grand-père avait un atelier qui fascinait le petit garçon. « Ça vient de là. J’adorais construire des cabanes dans les arbres. J’en ai construit dans tous les arbres possibles et imaginables ! »

Cet intérêt s’est poursuivi durant son adolescence, mais c’est en informatique qu’il a étudié. « Au bout de cinq ans, j’ai eu envie de revenir au travail du bois. C’est ce que j’aimais », raconte celui qui a étudié au sein des célèbres Compagnons du Devoir.

Le boisselier réalise des pièces sur mesure, fait de la restauration de meubles anciens et du tournage artisanal de balustres et de barreaux.

M. Péluchon est arrivé au Québec il y a 21 ans, « en pleine crise du verglas », rappelle-t-il. « Ici, il y avait du bois partout, c’était l’endroit idéal pour moi ! »

Sous l’œil attentif de son mentor, Eddy Noël, le jeune homme a peaufiné son art. Il a construit sa maison, travaillé dans une ébénisterie, avant de se lancer en affaires, seul, il y a 15 ans.

« Ce que j’aime du bois ? C’est une matière vivante. Chaque essence a son parfum. En travaillant le bois, tous les sens sont sollicités. »

En contrepartie, les risques sont bien présents : la poussière de bois — dont certaines essences sont cancérigènes ou toxiques
— l’oblige à porter un masque et à utiliser de puissants aspirateurs. Sans parler de tous ces outils hautement acérés... « Mais j’ai encore mes dix doigts ! », lance fièrement l’ébéniste.

Un loft-atelier
C’est son réseau « d’amis des métiers d’art » qui l’a amené tout naturellement dans le coin de Saint-Armand. « Je n’avais pas d’atelier à la maison, alors quand j’ai découvert les Lofts de Bedford, c’était un heureux plan B », affirme celui qui y possède maintenant un local de 1 300 pieds carrés.

Dans son antre rempli de trésors, il fabrique beaucoup d’anagyres, mais pas seulement. Il réalise des pièces sur mesure, fait de la restauration de meubles anciens et du tournage artisanal de balustres et de barreaux. Tous ses petits objets naissent de bois revalorisé.

Lors de notre rencontre, il travaillait sur un contrat de 5 000 manches de couteau faits de bois local.

« J’estime que je fais 10 % de restauration de meubles, 20 % de boissellerie, 30 % de commercial et 40 % de résidentiel... Mon pari, c’est de faire un peu de tout. » Il fait aussi celui de varier ses équipements, allant du mécanique au numérique. « J’ai investi dans de l’équipement numérique pour être capable de mieux vivre de mon travail », dit-il.

Cette nouvelle machine lui permettra notamment de fabriquer « plusieurs milliers d’anagyres par année » qu’il vend aux entreprises, aux amoureux des sciences, et sur le web, de plus en plus. En fait, le nom d’Emmanuel Péluchon n’est plus à faire dans le milieu.
«J’en ai déjà conçu pour plusieurs musées du monde. Le Festival des sciences de New York m’a d’ailleurs demandé un devis pour un anagyre de 10 pieds de longueur. J’ai dit que 8 pieds étaient assez ! J’attends des nouvelles.»

Il est possible de voir le travail de M. Péluchon sur son site Internet ou à son atelier de Bedford, sur rendez-vous.