David Labossière est le curé des paroisses d’Ange-Gardien, de Saint-Paul-d’Abbotsford et de Saint-Césaire.

Un appel qui change une vie

À 42 ans, David Labossière ne mène pas une vie ordinaire. S’il rêvait d’avoir une femme, des enfants, la maison et tout le tralala, il a plutôt répondu à l’appel de Dieu alors qu’il se trouvait au Mexique à chercher où aller dans la vie. Ce jour-là, il a fait une croix sur son rêve de fonder une famille.

David Labossière travaillait dans le transport adapté, mais souhaitait trouver un boulot plus payant. Il s’est donc retrouvé devant de nombreuses possibilités. « Ça m’a un peu angoissé, raconte-t-il. Je ne voulais pas me tromper. J’ai donc pris une année sabbatique et je suis entré dans un projet offert par le diocèse. C’était un lieu et un temps de croissance. J’ai passé l’année là-bas et des gens m’ont proposé de devenir prêtre ! » Ce qu’il a d’abord refusé, rêvant de se marier, d’avoir des enfants et un bon job. « C’était assez clair dans ma tête, poursuit-il. À la fin de l’année, j’étais un peu tanné de tout ça, alors je suis parti au Mexique sur un coup de tête. »

Un voyage qui a changé sa vie. Après trois semaines, il s’est retrouvé à San Christobal de Las Casas, une place publique, où il a été abordé par une petite fille qui vendait des stylos. Il se souvient parfaitement du regard de l’enfant, qui voyait en lui quelqu’un ayant de l’argent. Après avoir négocié le prix du stylo, dont il n’avait pas besoin, la petite est repartie, visiblement triste. Quelques instants plus tard, elle est revenue vers lui. « Elle m’a pris par la main pour m’amener jusqu’à un kiosque de nourriture. Elle avait faim. Vendre des stylos lui permettait de survivre. À ce moment-là, j’ai eu un instant de lucidité, et je me suis dit que j’avais le cœur dur. Que j’étais sans cœur. Ça m’a traversé. Ce n’était pas agréable. Un sentiment fort qui m’est resté longtemps. »

C’est assis dans une chapelle avec, toujours, ce sentiment sur le cœur, qu’il s’est alors adressé au Seigneur. « J’ai pensé : ‘‘c’est correct. Si tu veux que je devienne prêtre, organise ça vite, parce que je ne perdrai pas une autre année. Je rentre au Séminaire en septembre ou on oublie ça ! ” Normalement, c’est long avant d’entrer au Séminaire. Pourtant, j’ai été admis en septembre ! »

« Je suis devenu prêtre en essayant d’être fidèle à cet appel-là et en allant toujours un peu plus loin. Un pas à la fois », dit-il.

David Labossière est ainsi devenu le plus jeune curé du diocèse de Saint-Hyacinthe et, certainement, l’un des plus jeunes au Québec.

Trois paroisses

Aujourd’hui, le curé Labossière est responsable de trois paroisses : Saint-Paul- d’Abbotsford, Saint-Césaire et Ange-Gardien, qui s’est ajoutée il y a un an. Le décès du curé Léo Lemay, en mars 2018 a placé le diocèse de Saint-Hyacinthe dans une position difficile. « On ne va pas se le cacher : on est de moins en moins de prêtres à pouvoir devenir curés, souligne M. Labossière. Ça m’a été proposé et ça m’a fait plaisir d’accepter. »

En prenant le mandat, il a toutefois dû apprendre à jongler. La gestion de l’horaire du dimanche, avec une messe dans chaque paroisse, est vite devenue un casse-tête.

« On a reviré ça d’un bord pis de l’autre et il n’y avait aucun scénario qui convenait à tout le monde, raconte-t-il. Je pense qu’on a pris le meilleur. Je fais donc mes trois messes le dimanche matin et je suis libre le samedi pour les mariages, les funérailles, etc. »

Le marathon commence à Saint-Césaire, à 8 h 45. Après, c’est Saint-Paul-d’Abbotsford et, enfin, la messe est célébrée à Ange- Gardien à 11 h 15. Seule ombre au tableau, le curé n’a plus le temps de s’étendre dans sa liturgie ni de discuter avec les paroissiens après la célébration.

Place aux laïques

Dans les circonstances, et sous la gouverne du curé Labossière, les laïques ont donc une place plus importante.

« On s’en va vers une formule pour confier des choses à des laïques, explique le jeune curé. Certains vont animer des liturgies de la parole le dimanche. On s’en va aussi vers des ministres laïques qui vont pouvoir faire des baptêmes, dont des femmes. On commence à préparer le terrain pour les trois paroisses. Les personnes qui vont être capables de le faire et qui voudront le faire pourront le faire. Il y a beaucoup de femmes impliquées dans l’Église. Beaucoup seront donc présentes dans les différents ministères. »

Les liturgies de la parole, illustre M. Labossière, sont comme des messes, sans consécration du pain et du vin toutefois. Ce que le curé propose, c’est donc de bénir le pain et le vin quelques jours avant la célébration pour que la communion ait tout de même lieu.

Le prêtre se réjouit de pouvoir ainsi compter sur une solide équipe autour de lui dans ses trois paroisses. Cela lui permet d’accomplir les affaires courantes comme les finances, la question pastorale et la préparation aux divers sacrements. Un coup de pouce qui lui donne aussi la chance de profiter d’une journée de congé par semaine.