Marie-Claude Bienvenue et Julie Côté, éducatrices spécialisées au Collège Mont-Sacré-Coeur.

Quand le stress prend le contrôle

La plupart des étudiants arrivent à bien gérer le stress qui vient avec la charge de travail, parfois lourde, à laquelle de multiples examens s’ajoutent. Or, pour certains adolescents, l’anxiété devient telle qu’elle les entraîne dans une spirale négative, engendrant des symptômes allant de la crise d’angoisse à la dépression, puis aux idées noires.

À lui seul, le mot « performance » résonne dans bien des sphères de la société. Le monde scolaire n’y échappe pas. Julie Côté et Marie-Claude Bienvenue, éducatrices spécialisées au Collège Mont-Sacré-Cœur à Granby, estiment que les récentes réformes du réseau de l’enseignement accentuent le phénomène du stress de performance chez les jeunes. « La réforme a engendré la hausse des apprentissages plus tôt, a indiqué Mme Bienvenue, responsable des élèves de première et de deuxième secondaires. Mais ce ne sont pas tous les jeunes qui absorbent la matière de la même façon et au même rythme. » « Certains sont capables d’en prendre. D’autres deviennent rapidement dysfonctionnels », renchérit sa collègue.


Selon Julie Côté, un amalgame de facteurs fait en sorte qu’un élève devient anxieux de sa réussite scolaire. Pensons notamment aux relations interpersonnelles ou amoureuses. La performance sportive et le noyau familial pèsent aussi lourd dans la balance. « Tout est dans l’équilibre. Trop souvent, les jeunes sont dans une structure beaucoup trop rigide. Ils ont des horaires bouclés serré. Ils n’ont pas de place pour s’évader, évacuer le stress vécu dans la journée. C’est bien, parfois de ne rien faire », image-t-elle.


Apprivoiser les échecs


La « surprotection » des enfants par certains parents est aussi un ingrédient du cocktail explosif menant au stress de performance. « On voit souvent des parents qui veulent que la route de leur enfant soit toute asphaltée, illustre Marie-Claude Bienvenue. Pourtant, la vie est parsemée de petits échecs, de déceptions. Et quand tu n’as pas été habitué à ça dans la vie, ton monde s’écroule parfois pour le moindre obstacle. » « On se construit dans les épreuves », ajoute sa complice.


Bien qu’elles considèrent le phénomène de l’anxiété de performance de « préoccupant », les deux éducatrices spécialisées sont d’avis que l’on n’assiste pas nécessairement à une recrudescence du nombre de cas. « On voyait moins ce type de stress ressortir avant, mais il était bel et bien présent, affirme Mme Côté, qui travaille dans son domaine depuis près de 25 ans. N’empêche que c’était bel et bien présent chez les jeunes. Je crois simplement que c’est mieux détecté. Ça passe aussi par le support des parents. »


À l’écoute


L’avènement des réseaux sociaux, bien qu’il ait de bons côtés, engendre plusieurs aspects néfastes chez les jeunes, ajoutant à leur stress quotidien. « Être connecté en permanence engendre beaucoup d’anxiété chez les étudiants. Ils ne veulent rien manquer, être vus de tous. Mais c’est un monde parallèle. Si un jeune est sujet à être stressé, ça peut être la goutte d’eau qui fait déborder le vase. D’où l’importance d’être à l’écoute des signes de détresse des jeunes », indique Mme Côté, responsable des élèves de 4e et 5e secondaires.
Les symptômes peuvent être multiples. « On voit des élèves qui ont des maux de ventre, qui pleurent dans des situations qui peuvent sembler anodines, qui n’ont pas d’appétit. Ça peut aussi se traduire par des crises de panique, de l’insomnie. L’idée, c’est de ne pas se rendre là », mentionne Julie Côté.


Martin Nadeau, directeur adjoint et coordonnateur du Programme d’éducation internationale (PÉI) à l’école secondaire Joseph-Hermas-Leclerc de Granby, se dit également très « sensible » à l’hyperperformance chez les étudiants. « On a de bons outils pour détecter les jeunes plus anxieux. On travaille beaucoup sur l’équilibre. [...] Ça se fait bien en encadrant les jeunes. »