Certains bracelets promettent de vaincre la nausée grâce à une pastille faisant pression sur un point précis du poignet.

Panacée ou placebo?

Certains ne jurent que par leur efficacité pour soulager leurs maux. D’autres crient à l’arnaque. Réellement efficaces, les bracelets thérapeutiques ? La Voix de l’Est a interrogé différents spécialistes afin de trancher sur la question.

Bracelets de noisetier, anti-nausées, de magnésium ou de germanium : le simple fait de les porter soulagerait de nombreux maux et l’inflammation.

Par exemple, l’entreprise Pur Noisetier, fabricant de bijoux en noisetier bien connu, allègue sur son site Internet que cette essence de bois est riche en « polyphénols, des molécules reconnues pour leurs propriétés antioxydantes, antibactériennes et anti-inflammatoires. » Ce faisant, lorsque le noisetier entre en contact avec la peau, il aiderait à soulager « la poussée dentaire douloureuse, les troubles digestifs, les problèmes de peau (psoriasis, eczéma, acné), les douleurs articulaires, les ulcères buccaux et plus encore », soutient l’entreprise, qui affirme avoir investi dans la recherche scientifique pour démontrer les bienfaits de ses produits.

La naturopathe agréée Christiane Pépin estime que le noisetier fonctionne très bien « dans la majorité des cas ». « Le noisetier neutralise l’acidité du corps à travers la peau, explique-t-elle. C’est cette acidité qui cause l’inflammation que certains ressentent. »

Le noisetier aide aussi à calmer les douleurs provoquées par les percées dentaires chez les poupons, allègue-t-elle, de même que les débuts d’arthrite.

Le pharmacien Simon Campagna est d’un autre avis. Selon lui, aucune preuve scientifique n’a établi l’efficacité de ces bracelets thérapeutiques hors de tout doute. « Il n’existe aucune évidence, du point de vue clinique, que ces bracelets donnent des résultats, soutient le spécialiste, qui pour cette raison n’en vend pas dans son commerce du boulevard de Bromont. Une étude peut démontrer que le noisetier contient des éléments chimiques antioxydants, mais ça ne veut rien dire d’autre que ça contient des antioxydants. Ça n’explique pas si ces éléments agissent sur le corps ou que ça guérit quoi que ce soit. »

À l’inverse, aucune étude n’a démontré que les bracelets pourraient avoir des effets dommageables sur le corps humain, reconnaît-il.

Le pouvoir de l’autosuggestion
L’acupunctrice granbyenne Caroline Mandeville émet quant à elle des réserves vis-à-vis les bracelets censés combattre la nausée grâce à une pastille faisant pression sur un point précis du poignet. Bien que le tout s’inspire des principes de la médecine chinoise, au même titre que sa pratique, l’effet placebo y joue pour beaucoup, croit-elle.

« À mon avis, ça relève de la croyance », affirme Mme Mandeville, qui qualifie le soulagement que certains ressentent au port du bracelet de « bien-être anecdotique ».

Une étude de l’Université de York a établi l’inefficacité des bracelets de cuivre et des bracelets magnétiques pour soulager la douleur, l’enflure et la progression de la polyarthrite rhumatoïde.

« On ne peut pas en mesurer l’efficacité, renchérit-elle. La personne qui le porte attribue l’amélioration de son état au bracelet, car elle s’est elle-même suggéré que celui-ci allait l’aider. »

Ces bracelets sont utilisés pour contrôler les nausées, qu’elles soient dues au mal des transports, à l’anxiété, à une grossesse ou à des troubles digestifs. Or, différents maux doivent être traités différemment, même en acupuncture, soutient la Granbyenne, qui conseille de toujours consulter un professionnel qui pourra aider une personne souffrante avec un traitement adapté à sa situation.

De plus, la pastille de plastique couvre une surface beaucoup trop grande pour que la pression soit efficace, ajoute la spécialiste, ajoutant qu’en acupuncture, par exemple, l’aiguille permet de toucher un point très précis. « De toute façon, il faut une synergie entre plusieurs points de pression pour traiter efficacement le patient. Un seul point n’est pas thérapeutique, relève Mme Mandeville. Si c’était aussi facile, on porterait tous une grosse quincaillerie ! »

Magnétiques... ou pas ?
En naviguant sur Internet, on peut lire que d’autres bracelets auraient la vertu, grâce à leur champ magnétique, de stimuler le système immunitaire, d’atténuer les douleurs liées aux rhumatismes, voire d’augmenter le métabolisme et de perdre du poids.

Le pharmacien et vulgarisateur scientifique Olivier Bernard, qu’on connaît mieux pour son blogue, ses livres et son émission Le Pharmachien, a mis ces bracelets à l’épreuve en 2012. En plus d’avoir porté un modèle différent sur chaque poignet pendant une semaine, le scientifique a réalisé une panoplie de tests.

Résultat, « il n’y a absolument aucune différence observable », constatait le Pharmachien dans une vidéo publiée sur son site. « L’effet placebo est extrêmement puissant et il ne faut pas le négliger », note le blogueur, qui s’est tourné vers un spécialiste de l’École de technologie supérieure de Montréal pour conclure que les bracelets étaient, somme toute, presque pas magnétiques. Mille fois moins qu’un aimant de réfrigérateur en fait.

Cela a été corroboré en 2013, alors que La Presse canadienne faisait état d’une étude de l’Université de York établissant l’inefficacité des bracelets de cuivre et des bracelets magnétiques pour soulager la douleur, l’enflure et la progression de la polyarthrite rhumatoïde.

Après avoir évalué l’état de santé de quelque 70 patients atteints de la maladie et ayant porté quatre appareils différents pendant cinq mois, les chercheurs britanniques en sont venus à la conclusion que l’effet des deux types de bracelets est comparable à celui d’un placebo. En effet, les cobayes qui croyaient à l’efficacité de leur bracelet ont rapporté une amélioration de leurs symptômes. « De plus, puisque plusieurs patients commencent à les porter alors que leurs symptômes sont les plus intenses, le soulagement qui survient naturellement pourra être attribué à l’efficacité des appareils », a relevé l’auteur principal de l’étude, le docteur Stewart Richmond.

Enfin, la Société de l’arthrite invite les personnes affectées par la maladie de consulter un médecin avant d’entamer un traitement ou une thérapie non conventionnelle. « À l’heure actuelle, il n’existe pas de preuves concluantes justifiant l’usage de bon nombre de suppléments et thérapies non conventionnelles ou encore démontrant qu’un aliment ou qu’un traitement complémentaire en particulier aggrave l’arthrite », a fait savoir, par courriel, Diane De Bonville, directrice des communications.

Aucune étude scientifique n’a établi l’efficacité des bracelets en noisetier, mais aucune n’a prouvé qu’ils étaient dommageables pour la santé.

— Avec La Presse canadienne