L’épuisement professionnel est souvent le résultat de cette dépendance au travail : tous les aspects de la vie s’en trouvent affectés, qu’il s’agisse du couple, de la famille, etc.

Dépendance au travail: Véronique a vaincu ses démons

Véronique* vient de gravir, mi-novembre, un nouvel échelon au sein de l’institution financière qui l’emploie depuis deux ans et demi. La Trifluvienne assure désormais la formation d’une cinquantaine de personnes. Toute une reprise en main pour cette femme de 33 ans qui, il y a dix ans, sombrait dans la dépendance au travail. Elle a réussi à s’en sortir grâce au soutien de ses amis proches.

Selon différentes études, le « workaholisme », ou dépendance au travail, est un mal réel qui affecte plus de 8 % des salariés. Celles et ceux qui en sont atteints ne pensent plus qu’à ça, leur travail devenant alors une obsession. Incapables de décrocher, ils se sentent coupables de prendre des vacances, croyant que l’entreprise repose en bonne partie sur leurs épaules. 

L’épuisement professionnel est souvent le résultat de cette dépendance  : tous les aspects de la vie s’en trouvent affectés, qu’il s’agisse du couple, de la famille, etc.


En 2007, Véronique est gérante d’un restaurant de sushis, à Montréal. Âgée alors de 22 ans, elle accède rapidement à ce poste à responsabilités, peu de temps après avoir été embauchée. « Je travaillais de l’ouverture à la fermeture, de 8 h à 20 h, sept jour par semaine », rappelle-t-elle.


Elle a tenu ce rythme infernal pendant un an.


Au début, elle a volontairement plongé tête première dans ce tourbillon. Après une fausse-couche qui s’est transformée en dépression, Véronique a vu son nouveau job comme une bouée de sauvetage. « Je voulais me lancer à fond dans mon nouveau travail et être obligée de me lever chaque matin pour m’évader de mes problèmes personnels, » dit-elle à l’autre bout du fil.
Après avoir goûté à cette médecine qu’elle s’était elle-même infligée, Véronique n’est pas au mieux. Colérique, souvent déprimée, elle s’enferme dans sa bulle, refusant de nombreuses invitations. « J’étais très émotive, et mon chum de l’époque en a subi les conséquences », se souvient-elle.


Le psychologue Camillo Zacchia propose une solution dans un tel cas. Il indique que « dans une situation où on a tendance à en faire trop, il est toujours mieux d’essayer de trouver un emploi où les limites sont déjà imposées. Où on n’a pas le choix ». C’est d’ailleurs ce que Véronique fera ensuite en tant que simple salariée chez Costco. « Je n’étais alors plus dépendante au travail, et j’avais choisi cet emploi sans responsabilités pour me reposer. Ça m’a fait du bien. »


Déclic


Après plusieurs semaines à enchaîner les heures et à être d’humeur exécrable, le jour de ses 23 ans, une situation l’a frappée de plein fouet. Alors que ses amis lui avaient préparé une fête surprise, elle a préfèré ne pas s’y rendre. « J’ai pris la décision de ne pas y aller, parce que je voulais être en forme le lendemain matin pour aller travailler. »
À la suite de cet événement,  tous ses amis lui ont écrit un par un pour lui dire ‘’on sait que tu n’es plus là depuis un bon bout de temps, mais c’était quand même important pour nous de fêter ton anniversaire’’. Certains étaient très fâchés, d’autres comprenaient ma situation », dit-elle.


Elle réalise alors que ce qu’elle avait volontairement commencé était devenu un problème.


Chercher de l’aide
L’appui de ses amis a été fondamental pour que Véronique vienne à bout de sa dépendance. « Des gens étaient là pour moi et m’ont fait prendre conscience de ce qui se passait, ce qui m’a poussé à réagir », analyse-t-elle.


Avec l’aide d’un ami en particulier, elle a accepté le défi de dire non « au moins une fois » à une demande venant de son employeur.


« Quand j’ai réussi à dire non une première fois, alors qu’on me demandait de faire un remplacement dans une autre succursale, j’ai rappelé mon ami en pleurs, contente d’avoir réussi à dire non », souligne-t-elle, émue.


Ce premier pas a eu un effet boule de neige menant à une démission salvatrice, quelques mois plus tard.


« Mes amis ont vraiment été les plus importants. Ils ont été là pour m’écouter et m’aider — même si ce ne sont pas des psychologues. Ils ont été d’une importance capitale dans ma guérison », dit-elle, infiniment reconnaissante.


Dix ans plus tard, Véronique a réussi à apprivoiser ses démons et est à l’écoute des signaux éventuels de dépendance excessive : « Je me fais confiance. »

* Véronique préfère taire son nom de famille pour éviter que ses confidences nuisent au travail qu’elle occupe actuellement.

« Travailler fort, c’était normal pour moi »

Dans sa famille, Véronique a toujours vu ses parents travailler fort. «Voir mon père travailler 60 heures par semaine, c’était normal chez nous, et moi, je voulais faire comme lui», se souvient celle qui a lâché l’école à 17 ans et qui est partie en appartement à 16 ans. Jérôme Savary

Les thérapies les plus efficaces

Les thérapies les plus efficaces sont généralement les thérapies cognitivo-comportementales, soit celles qui s’appuient à la fois sur les comportements — sur comment s’affirmer, par exemple — et sur les croyances qui nous amènent à voir les choses d’une certaine façon plutôt qu’une autre. Ce qu’on appelle les « cognitions ». Plus largement, quel que soit le type de traitement envisagé, « le but c’est toujours la même chose, rappelle le Dr Zacchia : de moins réagir à toutes nos pensées qui se bousculent dans notre tête. D’être capable de juste les laisser aller et de faire ce qui fait du sens ».

Pourquoi j’en fais trop ?

Quand on souffre de dépendance au travail, le psychologue Camillo Zacchia recommande d’identifier l’origine de ce travail excessif. «Est-ce qu’on veut trop faire plaisir aux autres? Est-ce qu’on est trop exigeant envers nous-mêmes? Est-on capable de déléguer? La personne a-t-elle de la difficulté à dire non, à mettre des limites?», énumère-t-il. Une fois identifiée l’origine de ce stress, on peut mieux cibler le traitement, estime Dr Zacchia. Le psychologue peut ainsi, en thérapie, travailler soit sur les attitudes, les exigences ou l’affirmation de soi.