L’arrivée tardive des travailleurs étrangers a rendu la saison difficile pour les producteurs agricoles, tel qu’en témoigne Philippe Beauregard, copropriétaire du Potager Mont-Rouge.
L’arrivée tardive des travailleurs étrangers a rendu la saison difficile pour les producteurs agricoles, tel qu’en témoigne Philippe Beauregard, copropriétaire du Potager Mont-Rouge.

Main-d’œuvre agricole étrangère

Florence Tanguay
Florence Tanguay
La Voix de l'Est
La pandémie de COVID-19 a entraîné avec elle la fermeture des frontières, retardant ainsi l’arrivée des travailleurs étrangers qui viennent prêter main-forte aux producteurs de la région. Les arrivées retardées, la période de quarantaine obligatoire et les nombreuses adaptations nécessaires ont rendu la saison plus difficile et coûteuse au Potager Mont-Rouge, à Rougemont.

« Ils arrivaient au compte-goutte », explique Philippe Beauregard, copropriétaire du Potager Mont-Rouge, à Rougemont, illustrant combien le printemps a été stressant pour les producteurs de la région. Malgré tout, il se considère parmi les chanceux qui n’ont connu qu’une légère baisse du nombre de travailleurs accueillis par rapport à d’habitude, et qui n’ont pas connu de trop grandes pertes de récoltes.

Selon les données fournies par la Fondation des entreprises en recrutement de main-d’œuvre agricole étrangère, 4946 travailleurs étrangers sont venus en Montérégie entre janvier et août 2020, comparativement à 5402 en 2019. À la fin du mois de mars, 3223 ouvriers étaient arrivés au Québec cette année, tandis qu’ils étaient 3905 l’année précédente.

« Au total, ici, on a quand même eu 26 des 33 travailleurs » habituels, concède M. Beauregard. Le Potager Mont-Rouge a aussi eu la chance d’accueillir les mêmes travailleurs mexicains qui œuvrent chaque année chez eux. Cependant, ceux-ci sont arrivés dans le désordre.

Parmi les premiers à arriver, à la fin du mois d’avril pour les semis et les plantations, se trouvaient des cueilleurs, normalement présents plus tard durant l’été. Ceux qui sont arrivés au printemps n’étaient pas « les chauffeurs de tracteurs qu’on voulait. Ils n’avaient pas de permis ni l’expérience » nécessaire, explique M. Beauregard, qui emploie certains travailleurs depuis près de 20 ans.

Certaines arrivées ont également été très tardives. Des employés voyageant au Québec en temps normal au début du mois de juin, pour la récolte des fraises, ont mis pied à terre au mois d’août.

Le prix de la pandémie

Les producteurs ont aussi dû s’assurer de respecter les mesures sanitaires prescrites par les gouvernements provincial et fédéral. Tout d’abord, les travailleurs devaient s’isoler durant 14 jours à leur arrivée au pays. Les agriculteurs ont donc loué des logements et acheté des lits et des matelas supplémentaires pour que les périodes de quarantaine puissent s’effectuer sans encombre. Ils se sont aussi équipés de masques, gants, plexiglas et produits désinfectants.

« On a dû engager quelqu’un de plus parce qu’on n’était pas capables de remplir la paperasse supplémentaire », énonce M. Beauregard. Ces documents additionnels comprennent notamment la demande pour bénéficier de la subvention du gouvernement fédéral offrant aux producteurs agricoles 1500 $ par travailleur temporaire ayant à effectuer une période de quarantaine, subvention qui n’a toujours pas été reçue par les producteurs du Potager Mont-Rouge.

Au total, Philippe Beauregard considère que la COVID-19 a entraîné pour son entreprise des dépenses supplémentaires d’environ 100 000 $, en partie pour la prise en charge des travailleurs étrangers.

Malgré tout, il se réjouit de l’engouement hors du commun de la population pour les produits locaux cette année. « Ça a vraiment fait oublier les difficultés rencontrées », affirme M. Beauregard. « Mais vendre plus ne m’aide pas dans l’entretien et la récolte », conclut-il, rappelant l’importance des travailleurs étrangers pour les producteurs agricoles.