L’hiver dernier, les élèves sont partis en raquette à travers des sentiers afin de découvrir la faune environnante.
L’hiver dernier, les élèves sont partis en raquette à travers des sentiers afin de découvrir la faune environnante.

Apprendre de la nature

Marie-Ève Martel
Marie-Ève Martel
La Voix de l'Est
« Apprendre à connaître son milieu, c’est la meilleure façon de l’aimer et de le protéger » : voilà la vision de Marie-Lyne Tremblay, responsable de l’horizon scientifique à l’école secondaire Jean-Jacques-Bertrand. Elle n’aurait pu mieux dire : de retour pour une deuxième rentrée, ce profil optionnel, en plus d’être éducatif pour les élèves, est intrinsèquement lié à la préservation et à la mise en valeur de la biodiversité farnhamienne.

« Tout ce qui est scientifique, basé sur l’environnement, ça m’a toujours intéressée », confie l’enseignante du cours « Univers social », qui lie histoire et géographie.

C’est donc tout naturellement qu’elle a hérité de ce nouveau profil, mis en place à la rentrée 2019. « L’école ressentait le besoin de renouveler son offre de cours à options. On constatait un certain déséquilibre entre les cours offerts aux élèves du programme international et ceux du régulier. Alors on a créé les horizons, qui consistent en deux jours et demi par cycle dans l’horizon de leur choix. »

Quatre profils, ou horizons, s’offrent aux élèves : artistique, créatif, scientifique ou sportif. Si ce dernier est évidemment le plus populaire parmi la clientèle étudiante, le volet scientifique est aussi très choisi, avec plus de 70 élèves de la première à la troisième secondaire inscrits à chaque rentrée. « On ne laisse pas notre place ! » se réjouit la responsable.


« Je leur ai dit de s’imaginer, quand ils seront plus vieux, passer près de l’étang avec leurs enfants, et de pouvoir leur dire qu’ils ont planté tel arbre [...]. Certains avaient des étoiles dans les yeux. »
Marie-Lyne Tremblay, responsable de l’horizon scientifique à l’école secondaire Jean-Jacques-Bertrand

Un succès dès les premiers instants, et ce, même si le mot « scientifique » peut effrayer certains élèves, souligne-t-elle, une crainte qui s’estompe lorsqu’ils comprennent qu’il s’agit de faire sa part pour l’environnement. « La science, c’est très large, rappelle-t-elle. On passe rapidement de la théorie à la pratique : les cours sont axés sur la science au quotidien, sur des conseils et des notions pratico-pratiques qui servent dans la vie de tous les jours. » En classe, les élèves accueillent également divers professionnels de la biodiversité qui viennent leur parler de leur métier. « Ils aiment rencontrer les spécialistes à qui ils peuvent poser plein de questions », souligne leur enseignante.

Un projet pédagogique payant

Pour financer l’équipement nécessaire à la réussite de l’horizon, Mme Tremblay a eu l’idée d’offrir des services en environnement qui servirait également de projet pédagogique.

« Apprendre à connaître son milieu, c’est la meilleure façon de l’aimer et de le protéger » : voilà la vision de Marie-Lyne Tremblay, responsable de l’horizon scientifique à l’école secondaire Jean-Jacques-Bertrand.

Le tout s’est mu en un projet de caractérisation et de conservation de la faune et de la flore locales au bénéfice de la Ville de Farnham, en partenariat avec le Zoo de Granby qui a accepté volontiers de répéter l’expérience, fructueuse, qu’il mène depuis quelques années à Granby avec les élèves de l’école Haute-Ville.

Ce projet de trois ans, qui sera à réévaluer au terme de l’année scolaire 2021-2022, poursuit trois objectifs, fait savoir le biologiste Patrick Paré, directeur de la conservation et de la recherche au Jardin zoologique, à savoir la formation des jeunes à la biologie et au travail terrain, l’acquisition de connaissances sur l’environnement qui les entoure et la mise en valeur de celui-ci par l’aménagement. Un volet de sensibilisation s’ajoute pour impliquer toute la communauté dans la préservation de la nature farnhamienne. « L’intérêt est de faire participer les jeunes et leur faire découvrir les métiers liés à la biodiversité et de leur faire prendre conscience de leur environnement », dit-il.

« C’est un projet qui couvre le volet scientifique, et d’avoir le soutien des biologistes du Zoo nous donne un guide à savoir quels animaux protéger et de quelle façon », explique pour sa part l’enseignante.

La Ville a donné son aval au projet en juillet 2019, après quoi celui-ci s’est mis en branle à la rentrée suivante. Une partie du financement offert par Farnham sert à rémunérer les biologistes du Zoo et à éponger leurs frais ; une autre partie du montant est utilisée pour payer le matériel nécessaire à la réussite du projet.

Observer sur le terrain

« Les terrains de la Ville étaient déjà protégés, c’est plus facile pour nous d’agir pour la conservation et la mise en valeur des espèces qu’on va répertorier », explique M. Paré.

« Les biologistes du Zoo vont en éclaireurs sur le site, ils trouvent le meilleur endroit pour observer certaines espèces et préparent le terrain, explique Mme Tremblay. Ils y retournent ensuite avec les élèves et leur expliquent plein de choses à propos des espèces observées. »

Ces observations ne se limitent pas qu’aux animaux aperçus du coin de l’œil ; elles s’intéressent aussi aux alentours de leurs habitats et aux traces de leur passage dans les environs.

Ce projet de trois ans poursuit trois objectifs, fait savoir le biologiste Patrick Paré, directeur de la conservation et de la recherche au Jardin zoologique, à savoir la formation des jeunes à la biologie et au travail terrain, l’acquisition de connaissances sur l’environnement qui les entoure et la mise en valeur de celui-ci par l’aménagement.

« L’hiver dernier, on a fait du pistage en raquette, relate l’enseignante. Quand on avançait sur le sentier, les biologistes nous faisaient remarquer des traces de pattes et de grattage dans la neige, des poils, des trous dans les arbres et des nids. »

Sortir en groupe a aussi l’avantage d’augmenter considérablement le nombre d’yeux sur le terrain. « Quand on est sortis en raquette, l’hiver dernier, on était deux biologistes. On ratissait le terrain, mais les jeunes ont pu nous montrer des pistes qu’on n’avait pas remarquées nous-mêmes », indique M. Paré.

Cette année, les élèves auraient dû prendre part à la réalisation d’un inventaire d’oiseaux, de chauves-souris, de couleuvres et de salamandres vivant sur le territoire de la municipalité. En raison de la pandémie, cette visite prévue en présence de différents spécialistes de la biodiversité n’a pas eu lieu. « On croise les doigts pour que ça puisse avoir lieu le printemps prochain », note le biologiste.

Les ateliers préparatoires en vue de sorties sur le terrain auront quand même lieu cet automne, de même que la capture d’insectes pour en faire l’inventaire.

« En fait, c’est très concret. Les élèves aiment ça. Ils ont l’impression d’être utiles à la communauté et d’en faire partie », renchérit l’enseignante.

Ce faisant, bon nombre d’élèves sont prêts à s’impliquer bénévolement au-delà des heures de classe. Un concours informel de ramassage de déchets a même lieu au sein de cette cohorte tissée serrée. « En fait, mon département est le seul en dehors du programme international où les élèves s’impliquent autant. Comme professeur, c’est motivant ! » s’exclame Marie-Lyne Tremblay.

Des impacts à long terme

Les élèves ont eu pour mandat de concocter, en équipes, des propositions d’aménagement pour l’étang du Centre de la nature. Ces plans ont ensuite été évalués par les biologistes du Zoo afin de prévoir les impacts de tels aménagements sur la faune locale. Le géographe réputé Charles Lussier, pour sa part, faisait le même exercice en ce qui concerne la flore environnante.

Les observations des élèves sur le terrain ne se limitent pas qu’aux animaux aperçus du coin de l’œil ; elles orbitent aussi autour de leurs habitats et des traces de leur passage dans les environs.

Les plans seront retravaillés cette année en fonction des commentaires reçus de la part des spécialistes. L’une de ces propositions d’aménagement deviendra ensuite réalité au courant de 2021.

« On aimerait commencer à creuser au printemps pour aménager le secteur de l’étang », indique Mme Tremblay.

« C’est vraiment du concret, rendu là, poursuit l’enseignante. Et de savoir que ce qu’on fait a un impact positif est très motivant pour les élèves. Je leur ai dit de s’imaginer, quand ils seront plus vieux, passer près de l’étang avec leurs enfants, et de pouvoir leur dire qu’ils ont planté tel arbre et qu’ils ont aménagé l’endroit. Certains avaient des étoiles dans les yeux. »