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Le lac Davignon à Cowansville
Le lac Davignon à Cowansville

Outiller les Villes pour qu'elles s'adaptent aux changements climatiques

Nicolas Bourcier
Nicolas Bourcier
La Voix de l'Est
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Des infrastructures vertes ont été implantées à différents endroits stratégiques sur le territoire de Brome-Missisquoi pour accompagner les municipalités dans leur adaptation aux changements climatiques. Le projet environnemental d’envergure vise une gestion plus efficace des eaux pluviales en milieu urbain, agricole et montagneux.

« On n’a pas le choix, il faut s’adapter. Il faut gérer l’eau puisqu’elle nous tombe sur la tête », lance Simon Lajeunesse, coordonnateur de celle qui tombe dans Brome-Missisquoi, la MRC chapeautant l’expérimentation d’infrastructures vertes.

Le projet vise à garnir le coffre à outils des municipalités de solutions vertes et peu couteuses. Les succès de cette initiative seront ensuite partagés avec les autres villes aux prises avec des difficultés similaires. Les résultats seront diffusés dans un rapport en 2023.

Gouttières

La MRC a ciblé la municipalité de Bedford pour ses expérimentations en milieu urbain, puisque les surverses d’eaux usées dans la rivière aux Brochets ne sont pas rares lorsque de fortes pluies saturent le système de canalisations. Rénover l’ensemble d’un système est trop coûteux pour une petite ville (2600 habitants), faisant de la gestion des eaux pluviales à la source une avenue de choix.

L’idée est donc que l’eau soit dirigée vers des espaces verts qui vont en absorber un maximum, et éviter ainsi qu’elle circule sur une surface imperméable jusque dans les égouts. Pour ce faire, un règlement a été adopté pour inciter les propriétaires de maison à diriger l’écoulement des gouttières vers la pelouse plutôt que vers le drain et on a aménagé des cellules de biorétention, des espaces végétalisés, en bordure des puisards et à certains endroits stratégiques dans les rues Moreau et Massicotte, identifiées comme vulnérables. Les travaux se mettront en branle ce printemps.

Chenal à deux niveaux

Pendant le XXe siècle, les cours d’eau en méandres ont été linéarisés pour assurer l’efficacité de l’écoulement des eaux et éviter les inondations. Le système fonctionne cependant trop bien et les hauts débits en période de fortes crues accentuent l’érosion des berges et les risques d’inondations en aval du cours d’eau.

La MRC expérimente l’aménagement d’un chenal à deux niveaux, un concept qui vient du Midwest américain et qui permet au cours d’eau de s’adapter à l’intensité des crues. L’eau est concentrée dans le chenal principal, mais peut déborder dans une plaine végétalisée en période de fortes crues. Les plantes et arbustes qui composent le deuxième niveau filtrent et ralentissent l’eau, permettant de diminuer l’érosion de berges, de favoriser la biodiversité des habitats aquatiques et d’améliorer la qualité de l’eau.

Un tel aménagement a fait son apparition en Montérégie en 2013, dans le ruisseau Campbell (Sabrevois), au sud de Saint-Jean-sur-Richelieu, alors une première au Québec. Les travaux sont complétés dans le du ruisseau Walbridge (Bedford), tandis que les plans sont prêts pour les projets dans le ruisseau Morpions (Notre-Dame-de-Stanbridge) et Castor (Stanbridge-Station).

Trappes à sédiments

Le lac Davignon permet d’approvisionner la ville de Cowansville en eau potable, mais une quantité importante de sédiments s’y est accumulée ces dernières années.

Le chenal à deux niveaux aménagé dans une branche du ruisseau Walbridge en 2020.

Plus de 150 « trappes à sédiments » ont donc été installées à différents endroits stratégiques dans les fossés de chemin du bassin versant, où transite plus de la moitié de l’eau.

L’eau est filtrée et ralentie dans ces « trappes » pour éviter qu’elle gagne trop de vitesse et érode davantage les sols, mais aussi grâce à des seuils et à l'enrochement des fossés trop abrupts pour limiter l'érosion à la source. 

Aide financière et partenaires locaux

« En environnement, il n’y a pas beaucoup d’argent, donc on ne veut pas dédoubler les actions. Il faut être efficace, les partenariats sont donc importants. C’est une des forces du projet », plaide Simon Lajeunesse.

L’évolution de la qualité de l’eau dans les trappes en amont, milieu et aval du bassin versant après une pluie le 11 juin 2020.

Le projet est soutenu financièrement par le programme Climat municipalité du ministère de l’Environnement et de la Lutte contre les changements climatiques (MELCC) à la hauteur de 703 000 $, soit environ la moitié de la facture totale du projet de 1,5 M$.

La MRC investit 165 000 $ dans le projet, tandis que les municipalités de Bedford, Brome, Bolton-Ouest, Cowansville, Dunham, Lac-Brome et Sutton fournissent des fonds selon l’ampleur des travaux réalisés.

L’OBVBM a financé le projet en milieu agricole et urbain à la hauteur de 30 000 $.

Les organismes de bassin versant de la baie Missisquoi et de la Yamaska, le regroupement des organismes de bassin versant du Québec (ROBVQ), le Réseau-Environnement et l’institut de recherche et développement en développement et en agroenvironnement (IRDA) de l’Université Concordia sont aussi impliqués dans le projet.