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Le paysage immobilier de Brome-Missisquoi est ainsi appelé à se transformer ces prochaines années, comme à Cowansville, dont on voit une vue aérienne.
Le paysage immobilier de Brome-Missisquoi est ainsi appelé à se transformer ces prochaines années, comme à Cowansville, dont on voit une vue aérienne.

Le défi de toute une région

Jérôme Savary
Jérôme Savary
La Voix de l'Est
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Se loger dans la région de Brome-Missisquoi devient de plus en plus compliqué. Des prix de vente montent en flèche, des locataires peinent à trouver des logements disponibles. Heureusement, plusieurs acteurs socioéconomiques se concertent afin de trouver l’antidote à ce qui pourrait devenir un poison pour la région.

« C’est le défi de toute une région, c’est tous ensemble qu’on va y arriver. Cela ne peut pas reposer uniquement sur les épaules de la MRC, prévient Nathalie Grimard, directrice du service de la gestion du territoire de Brome-Missisquoi. C’est important cependant pour nous de bien accompagner, d’être la courroie de transmission pour les autres acteurs [de la région]. »

Brome-Missisquoi souhaite rester accessible et proposer des logements abordables à la fois aux ménages présents sur son territoire et à ceux qu’elle souhaite attirer. Depuis 2019, la stratégie d’attractivité de la MRC, « FaisLeMove » , s’est donné comme objectif d’attirer 4000 ménages de plus d’ici 2041 afin de combler notamment certains emplois plus difficiles à pourvoir.

Frein à l’attractivité

Si plusieurs personnes ont choisi cette dernière année de poser leurs valises dans Brome-Missisquoi, d’autres aimeraient en faire autant, mais elles se trouvent bloquées par des options limitées pour se loger. « Ce manque de disponibilités est assez généralisé, autant pour les nouveaux arrivants que pour les gens habitant déjà le territoire » , constate Mariève Lebrun, coordonnatrice de la stratégie d’attraction à la MRC.

Selon elle, l’accueil des nouveaux arrivants n’est pas assez fluide, le manque de logements, entre autres — le manque de garderies également —, refroidissant leur désir de s’installer dans l’une des 21 municipalités de la MRC.

« À chaque suivi que l’on fait [avec des gens souhaitant s’installer dans Brome-Missisquoi], la question du logement refait surface et la réponse n’est pas si simple : ils ne sont pas en mesure de trouver un logement, ou les maisons partent à la vitesse de l’éclair » , ajoute-t-elle.

Plusieurs intervenants rencontrés en vue de cet article rappellent combien le logement est un sujet complexe, relié entre autres à l’offre de transport et à la facilité à se rendre à son lieu de travail.

L’année covid a également exercé une pression accrue sur le prix de vente des maisons unifamiliales partout sur le territoire, celles-ci s’envolant le temps de le dire, et leur prix médian augmentant de plusieurs dizaines de milliers de dollars en un an. « La bonne nouvelle, c’est qu’on est attractif » , fait valoir Nathalie Grimard, directrice du service de la gestion du territoire à la MRC.

Plusieurs villages sont par ailleurs aux prises avec une population vieillissante et voient avec inquiétude diminuer le nombre d’élèves dans leur école, comme à Frelighsburg.

La MRC ne fait pas l’autruche

Ceci étant dit, la MRC et les différents acteurs du milieu socioéconomique de la région ne « se mettent pas la tête dans le sable » , insiste Tania Szymanski, coordonnatrice au développement des communautés à la MRC. « La MRC est proactive. »

Pour preuve, la « Boîte à outils sur l’habitation – pour des milieux de vie dynamiques et innovants » , un guide destiné aux municipalités produit par la MRC. « Une des raisons de la boîte à outils est d’aider les municipalités à se poser les bonnes questions [quant à leur développement urbanistique futur] » , précise Mme Grimard, qui a dirigé la production de ce document de 48 pages.

Densification de l’offre immobilière et plan d’urbanisme figurent au nombre des outils présentés dans ce document. On y explore également des avenues novatrices en terme d’habitation afin d’inspirer les élus de la région, tels l’écoquartier, les unités accessoires d’habitation ou encore le concept de mini-quartier (pocket neighborhood).

Complémentarité et mixité sociale

L’équipe de la MRC chargée du dossier a déjà commencé à rencontrer les élus des 21 municipalités afin de discuter de ces solutions disponibles.

La mise sur pied, il y a seulement deux ans, de la Table logement Brome-Missisquoi permet par ailleurs de réunir les acteurs institutionnels (représentants des secteurs de la santé, municipal, scolaire) et ceux du milieu communautaire. « Tout le monde travaille ensemble, c’est le plus de cette Table, où l’on apprend les réalités de ce qui se passe sur le terrain » , explique Mme Szymanski. « Parler nous permet de mieux nous connaître pour ensuite mieux agir » , renchérit Mme Grimard.


« Il n’y a jamais eu autant de conscience et de volonté qu’aujourd’hui à trouver des solutions à cet enjeu. »
Nathalie Grimard, directrice du service de la gestion du territoire à la MRC

Les acteurs autour de la Table réfléchissent ensemble à un développement du logement « harmonisé » dans la région, plutôt que par ville ou en silo, souligne quant à lui Cédric Champagne, porte-parole de la Table et agent de développement pour l’organisme communautaire Entrée chez soi Brome-Missisquoi, qui accompagne vers l’autonomie des personnes étant aux prises avec des problèmes de santé mentale.

Selon lui, plus de logements social et abordable aurait aussi pour effet de calmer les prix. « L’abordabilité est un frein à la spéculation » , met-il en lumière.

Selon lui, la solution au manque de logements abordables passe par l’injection de davantage de mixité sociale dans les projets des promoteurs immobiliers. Entrée chez soi est d’ailleurs l’un des organismes communautaires associés au projet de 25 logements sociaux rue d’Orléans, à Cowansville, lequel proposera un logement de transition pour la clientèle d’Entrée chez soi.

« Dans chaque nouvelle construction, il faudrait voir à une forme de mixité sociale, propose M. Champagne. Cela permettrait d’étendre l’offre de logement social et d’éviter les ghettos les concentrant dans un seul secteur de la ville. »

Pour cela, selon lui, des incitatifs légaux devraient prévoir l’intégration de logement social ou abordable dans les développements domiciliaires. « Des promoteurs sont prêts à intégrer du logement social ou abordable dans leurs projets » , assure quant à elle Mme Grimard.

En attendant, des projets novateurs s’apprêtent à sortir de terre dans Brome-Missiquoi, comme cette coopérative… de propriétaires ( !) à Sutton, ce qui constitue une première à l’échelle de la MRC (lire autre texte). Là-bas, les membres de la coop deviendront propriétaires de leur logement à un prix inférieur de plus de 25 % au prix médian du marché.

Le paysage immobilier de Brome-Missisquoi est ainsi appelé à se transformer ces prochaines années. Mme Grimard voit l’avenir d’un bon œil. « Il n’y a jamais eu autant de conscience et de volonté qu’aujourd’hui à trouver des solutions à cet enjeu. »

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UNE COOP DE PROPRIOS À SUTTON

Sur le chemin Billings pousseront ces prochains mois six grandes maisons abritant chacune quatre logements, dans le cadre de la coopérative d’habitation « La vie au boisé ».

Situées sur un terrain de sept acres, ces 24 unités de logement seront de type multigénérationnel et proposeront deux, trois ou quatre chambres à coucher. Ainsi, autant les personnes seules que les couples ou les familles y sont les bienvenues.

Michèle Normandin est une personne seule qui a « le goût de vivre l’expérience de la coop, l’entraide, le partage ». Le partage d’outils, d’automobiles et l’expérience d’un jardin communautaire sont au programme.

Vivant à Sutton depuis 15 ans, Mme Normandin a été témoin de la flambée des prix des maisons et elle souhaite pouvoir acheter un logement « à un prix raisonnable ».

« La coop va permettre à des gens qui ne sont pas aisés de devenir proprios à Sutton. » En effet, la coopérative proposera des prix inférieurs d’au moins 25 % au prix du marché. 

Un nouveau fonds coopératif d’accès à la propriété permet ce type d’acquisition. Dans l’exemple de Sutton, la Fédération des coopératives d’habitation de l’Estrie est propriétaire du terrain, ce qui limite les coûts pour les futurs propriétaires.

Cela donne accès à la propriété à des gens qui n’auraient pu y accéder autrement, résume la Fédération. 

Mme Normandin espère prendre possession de son logement en 2022. JÉRÔME SAVARY

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FRELIGHSBURG VEUT SAUVER SON ÉCOLE


Frelighsburg a entrepris ces derniers mois de revoir ses plans d’urbanisme et de zonage afin d’attirer davantage de familles. La population a d’ailleurs été consultée à ce sujet le 23 mars dernier.

La croissance du pittoresque village d’un peu plus de 1000 âmes est en effet au ralenti. Un indicateur ? Les inscriptions en baisse à l’école, où des jumelages de deux classes en une seule ont été effectués lors de la dernière rentrée scolaire, inquiètent le maire Jean Lévesque.

« Frelighsburg n’est plus accessible aux jeunes familles, dit-il. On se doit d’attirer une jeune clientèle. »

Solution : densification

Alors que 90 % du territoire du village est zoné vert, et par conséquent exclu de la zone constructible, les élus ont choisi de densifier le cœur villageois.

Par exemple, ils ont désigné un terrain situé rue de l’Église, à deux pas de l’école, et l’ont encadré d’une réglementation spéciale — un programme particulier d’urbanisme — «favorisant le développement d’un écoquartier à multiples logements et à loyer moindre», selon Lucie Dagenais, conseillère municipale ayant œuvré à la refonte de la réglementation.

Par ailleurs, le nouveau plan d’urbanisme permettra la construction d’unités accessoires d’habitation à l’arrière de résidences unifamiliales existantes dans le périmètre urbain. La municipalité a identifié 85 espaces vacants où la construction est possible pour de petits logements locatifs.

 «Les nouveaux règlements vont accélérer et orienter le développement», prédit le maire. JÉRÔME SAVARY