Le directeur général de l’organisme Au coeur des familles agricoles, René Beauregard.

Enraciné pour mieux aider

Alors que le visage de l’agriculture change, la pression que vivent les gens qui évoluent dans ce créneau demeure omniprésente. Or, du soutien existe. Tel un phare, l’organisme Au coeur des familles agricoles permet aux producteurs de garder le cap en surmontant l’écueil de la détresse psychologique.

« Malheureusement, plusieurs agriculteurs sont isolés à cause de la nature de leur travail. Ils vivent un stress énorme à plusieurs niveaux, mais refoulent tout. C’est primordial de sortir ces gens de ce cercle vicieux. Et c’est là qu’Au coeur des familles agricoles (ACFA) intervient », indique le directeur général de l’organisme, René Beauregard.

En fait, tout a commencé en 2001. Maria Labrecque Duchesneau, issue elle-même du monde rural, prenait alors « le taureau par les cornes » en jetant les bases d’une structure d’intervention psychosociale auprès des agriculteurs à bout de souffle. Travaillant sans relâche, elle réussit à lancer officiellement ACFA deux ans plus tard. Bien vite, son expertise rayonne au-delà de la Montérégie. « C’est une femme profondément humaine. Elle a réussi à briser les tabous de la détresse psychologique chez les producteurs. C’est simple, les gens l’appellent la mère Teresa du monde agricole », mentionne M. Beauregard.

D’ailleurs, la fondatrice de l’OSBL, retraitée depuis peu, a reçu l’an dernier l’Ordre national du Québec, la plus haute distinction décernée par le gouvernement provincial, pour l’ensemble de son implication pour contrer la dépression et le suicide en milieu agricole.

Méconnaissance
Selon le DG de l’ACFA, les néophytes de la sphère agricole ne connaissent que « la pointe de l’iceberg » des facteurs qui affectent les agriculteurs au quotidien. « Trop de gens pensent que l’agriculture se résume à semer des graines en terre et d’attendre que ça pousse. Mais on est loin de cela », fait-il valoir.

Outre le fait d’être à la merci de Dame nature et des changements climatiques, les agriculteurs doivent se soumettre à de strictes réglementations en constante évolution. À cela s’ajoute la concurrence sur les marchés mondiaux qui peut faire fluctuer de façon marquée leurs revenus. La rareté de la main-d’oeuvre et le surendettement pèsent aussi lourd dans la balance, souligne entre autres M. Beauregard.

Réseau
Étant donné le personnel réduit de l’ACFA et la tâche colossale à accomplir pour épauler les agriculteurs dans l’amélioration de leur mieux-être, l’organisme mise sur le travail en réseau. De fait, des « travailleurs de rang », pour la plupart ayant une formation de travailleur social, se déploient au quotidien telles des sentinelles pour prendre le pouls des gens sur le terrain. « L’idée, c’est d’être proactifs pour ne pas attendre que des individus soient au bout du rouleau avant d’intervenir. Dès qu’il y a un signe de détresse, on leur offre des services d’accompagnement », fait valoir M. Beauregard.

De plus, dix ans après son lancement, ACFA a ajouté à ses services une maison de répit, située rue Benoît, à Saint-Hyacinthe. On y offre gratuitement l’hébergement, les repas et le soutien. Or, pourquoi avoir ouvert un tel établissement en plein coeur d’une ville ?

« On aurait pu décider d’acheter une maison à la campagne. Mais le but premier est de sortir les agriculteurs de leur quotidien. De leur permettre de décrocher plutôt que de leur ajouter du stress en pensant à leurs tracas. Ce n’est pas en restant dans leur milieu que c’est possible », explique celui qui est à la tête de l’organisme ayant désormais des ramifications aux quatre coins du Québec. On parle de la Montérégie, de l’Estrie, du Centre-du-Québec, de Chaudière-Appalaches, des Laurentides, du Bas-Saint-Laurent et du Témiscamingue.

Pour de plus amples renseignements à propos de l’organisation et des services offerts, consultez le site acfareseaux.qc.ca. Il est aussi possible d’obtenir de l’information en composant le 450-768-6995.