«On voit la lumière au bout du tunnel et on est contents», dit Stéphane Leclerc, éleveur d’abeilles à Roxton Falls et président de la Fédération des apiculteurs du Québec.

Échec aux pesticides ?

L’avenir s’annonce plus doré pour les éleveurs d’abeilles du Québec. Après le parasite varroa, qui a décimé les colonies à la fin des années 1980, et les pesticides de type néonicotinoïdes (« néonics », pour les intimes), qui les a affaiblies au cours des années 2000, les apiculteurs peuvent espérer des jours meilleurs.

« On voit la lumière au bout du tunnel et on est contents », laisse tomber Stéphane Leclerc, producteur de miel à Roxton Falls et président de la Fédération des apiculteurs du Québec (FAQ) affiliée à l’Union des producteurs agricoles.

Une nouvelle réglementation entrée en vigueur en février forcera les agriculteurs à obtenir une autorisation avant d’utiliser des semences enrobées de néonics, ce qui était devenu la norme.

Cela ne fait pas l’affaire des producteurs maraîchers, mais Stéphane Leclerc soutient qu’une telle restriction était devenue nécessaire pour prévenir une autre hécatombe d’abeilles.

« Ça fait longtemps qu’on demandait une restriction sur les néonics. Que ça soit utilisé seulement si nécessaire, parce que c’est trop toxique. C’est mauvais pour l’abeille, l’humain et la nature. »

Selon le président de la FAQ, 98 % des agriculteurs les utilisent afin de prévenir les pertes, alors que seulement 10 % en auraient besoin.

Innocuité
La partie n’est pas gagnée puisque les pesticides déjà plantés persisteront encore quelques années dans les sols, et les semences à être plantées cette année contiennent toujours des néonics. « Ça pourrait chuter à partir de 2019 », estime
M. Leclerc.

De nouveaux pesticides feront aussi leur apparition sur le marché. Les tests les disent inoffensifs pour les abeilles, mais leur innocuité à long terme n’a pas été prouvée.

L’accumulation de ces produits est aussi à considérer, dit Pierre Pettigrew, apiculteur à Frelighsburg.

« Les compagnies ont trouvé un autre produit pour remplacer les néonics. Ils disent que ce n’est pas nuisible, mais avec l’accumulation, ça devient nocif », estime-t-il.

Les abeilles ont aussi de moins en moins de pâturages où butiner dans l’est de la Montérégie, déplore M. Pettigrew. « Autour de Granby, c’est surtout du maïs et du soja qui est cultivé et ça, les abeilles ne les butinent pas beaucoup. Il y a aussi beaucoup de pesticides. Alors elles sont obligées d’aller sur les bords de chemin, que la voirie fauche... »

Sans nourriture, elles peuvent tomber au combat. Colette Despaties, éleveuse d’abeilles à Acton Vale, a résolu le problème en déménageant près d’un milieu forestier. Grâce à ce déplacement, elle dit n’avoir perdu que cinq ou six ruches en dix ans. Ce qui est très peu.

Les apiculteurs restent quand même la merci de la météo : trop humide ou trop sèche et les abeilles en pâtissent, refusant dare-dare de faire leur travail. « Les miennes, je les dorlote ! », assure-t-elle.

Elle vend aussi peu de miel, préférant se concentrer sur l’élevage et la vente d’abeilles. En recommençant ses colonies chaque année, elle évite les problèmes.

Sensibilité
L’abeille est un insecte sensible à protéger. « C’est pourquoi on s’en sert comme bioavertisseur, dit Pierre Pettigrew. C’est
1 000 fois plus sensible que l’humain. »

« On est toujours inquiets au printemps. On ne sait pas comment elles vont sortir. Le principal défi, c’est de conserver nos ruches en santé. Avec le réchauffement planétaire et la mondialisation, il y a de plus en plus de maladies. »

Au sein de la FAQ, M. Leclerc souhaite que les apiculteurs s’unissent pour offrir une meilleure mise en marché et que les consommateurs réalisent l’importance d’acheter local. « J’aimerais que les gens prennent l’habitude de tourner le pot ! On importe beaucoup de miel et on veut valoriser la profession. On doit acheter Québec pour faire vivre les Québécois. »

La province compte près de 1 000 apiculteurs qui exploitent au total 50 000 ruches, soit la moitié de ce que Québec a déjà compté.