Cindy Guertin a plusieurs animaux à la maison. Ceux-ci l’accompagnent pour faire de la zoothérapie auprès de clientèles difficiles. Lapins, rats, poules et chien font notamment partie de ses collaborateurs.

De la zoothérapie hors du commun

Qui a dit que les animaux de la ferme ne pouvaient pas s’inviter dans une thérapie ? Pour Cindy Guertin, cela va de soi. La zoothépeute de Saint-Césaire propose une approche hors des sentiers battus en se faisant assister dans son travail par des lapins et des poules. Bientôt, des chèvres et une truie se joindront à l’aventure !

Mme Guertin œuvre auprès d’une clientèle ayant une déficience intellectuelle ou un trouble du spectre de l’autisme. Elle travaille aussi avec des personnes atteintes de TDAH, d’anxiété ou d’un trouble du langage. « Mon but est d’aller vers les clientèles problématiques pour les aider à évoluer et les amener à leur pleine capacité. »

Quelques-uns de ses coéquipiers sont donc Pinpin et Princesse les lapins, Tom le rat, Sally et Stella les poules et Charlie, une chienne qu’elle a adoptée. L’éducatrice spécialisée ajoutera bientôt de nouveaux collaborateurs à sa liste, soit Pauline la truie et Fred et Gisèle les chèvres.

« Ce ne sont pas toutes les espèces qui vont être capables de faire de la zoothérapie, explique- t-elle. Je ne suis pas encore prête à travailler avec la truie, car je ne sais pas quelles sont ses forces et ses faiblesses. Je ne sais pas dans quoi elle sera bonne. Quand je considèrerai que je la connais bien et que je saurai comment elle va réagir dans différentes situations là, je vais travailler avec elle. Elle n’est pas méchante, mais je ne connais pas encore ses réactions. »

Même chose du côté des chèvres, qui vivent avec les poules depuis peu. Pour socialiser avec elles, Mme Guertin les nourrit à la main et les promène sur son terrain avec une longe. Celle-ci sera raccourcie au fur et à mesure que s’installera une belle proximité.

Chaque animal a son caractère. Par exemple, les quatre lapins sont différents l’un de l’autre et les rats sont sociables à des niveaux différents. Charlie la chienne, elle, a de petits défauts, puisqu’elle n’a pas été entraînée dès son jeune âge et qu’elle a été victime de violence chez ses premiers maîtres. Cependant, jamais elle ne montre les dents. Elle a plutôt tendance à s’éloigner lorsqu’elle ne se sent pas bien. Elle adore les câlins, ce qui fait sa force. Son nouveau surnom est d’ailleurs « pot de colle ».

Mme Guertin amène donc avec elle les animaux qui lui permettront d’atteindre son but selon la personnalité des clients visités. « C’est vraiment intéressant de travailler avec des rats et de faire des trucs avec les enfants, comme de bâtir des cabanes avec des blocs. Pour travailler la motricité fine, on fabrique, par exemple, des cabanes en Lego pour les rats! »

Des lapins, des rats, un chien et bientôt une truie et des chèvres viennent aider la zoothérapeute dans son travail.

Intervention améliorée

L’éducatrice spécialisée travaille au CRDI de Saint-Hyacinthe, sans animaux, en plus de faire deux journées par semaine à son compte, cette fois avec ses amis à poils ou à plumes. Elle est donc à même de constater la différence entre les deux approches.

« Au CRDI, avec certains clients TSA, on va faire ce qu’on appelle le ‘‘recadrage du diagnostic’’, qui est d’apprendre à la personne qu’elle a un diagnostic et qu’elle a telle ou telle difficulté. J’ai bâti quelque chose pour refaire le même travail, mais assistée d’un animal. Par exemple, je vais coller certaines questions sur le dos de Charlie et la personne doit aller la chercher. Juste le fait que l’animal soit sur place avec nous, mes résultats sont totalement différents. Pour le trouble du spectre de l’autisme, ce sont souvent des gens qui ont de la difficulté à entrer en contact avec les autres. Des gens avec qui, souvent, ça prend une stratégie. Il faut partir de leurs intérêts. Quand j’arrive avec l’animal, je ne suis plus là ! C’est Charlie qui fait tout le travail. Et sa belle force en zoothérapie, c’est que des câlins, elle n’en a jamais ! »

Mme Guertin a par ailleurs créé un atelier nommé Stop, t’es dans ma bulle. Le but est de faire comprendre le concept de «bulle» aux enfants. Plutôt que de travailler avec un cerceau, elle le fait avec sa poule, Sally.

« Une bulle, c’est déjà quelque chose de très abstrait pour un enfant, alors ce qu’ils doivent faire, c’est de s’asseoir par terre avec une gâterie déposée sur leurs jambes. Quand la poule s’approche pour obtenir sa gâterie, ils doivent dire “stop, t’es dans ma bulle” », ajoute-t-elle en mimant le geste à poser: le bras tendu, le plat de la main bien en vue.

« Ma poule s’adapte, poursuit-elle. Je l’ai amenée dans une Maison de jeunes, chez des personnes âgées, avec des enfants de quatre ans et chez des gens TSA. Elle s’adapte en fonction du niveau d’affirmation de la personne. »

Sally n’écoutera pas une personne qui ne s’affirme pas assez ou qui est trop affirmative, à la limite de l’agressivité. En changeant la façon de faire, la magie opère, constate la zoothérapeute. Certains enseignants possèdent même une photo de Sally dans leur classe pour rappeler le concept de bulle aux enfants.

« Faire de la zoothérapie est un prétexte pour faire de l’intervention. Je sais que beaucoup de gens vont faire de la zoothérapie dans un but vraiment plus récréatif ou pour amuser les aînés et maintenir leurs capacités, mais moi, je veux développer les capacités des gens et la dynamique familiale. Je dis toujours que la zoothérapie, c’est magique ! »