Fierté Agricole a vu le jour il y a maintenant dix ans. L’organisme s’adresse aux lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres qui travaillent en agriculture.

Briser l’isolement

Travailler en agriculture exige de composer avec les caprices de Dame nature, de faire de longues heures et de vivre avec le stress de la rentabilité, entre autres. Imaginez si vous devez, de surcroît, vivre avec le jugement des autres en raison de votre orientation sexuelle. Pour faire tomber les tabous, briser l’isolement et sensibiliser la population à la réalité des agriculteurs homosexuels, Fierté Agricole a vu le jour.

Le regroupement est l’initiative de Maria Labrecque Duchesneau, cette travailleuse de rang qui a fondé Au coeur des familles agricoles et une maison de répit pour aider les agriculteurs éprouvant des difficultés.

Un jour, lors du décès de son conjoint, un agriculteur homosexuel a fait appel à la travailleuse de rang. Il vivait isolé avec sa peine. Pour aider l’homme en détresse, celle-ci a alors contacté quelques producteurs qu’elle savait aussi gais.

« Ça a commencé par un souper, raconte Joé Desjardins, président de Fierté Agricole. En brisant l’isolement, l’agriculteur a réalisé qu’il n’était pas seul et il s’est fait des amis. »

Plusieurs hommes ont participé à la rencontre et d’autres soupers se sont organisés. C’est ainsi, au fil de diverses soirées, que Fierté Agricole a vu le jour. C’était il y a dix ans.

Celui-ci s’adresse aux lesbiennes, gais, bisexuels et transgenres (LGBT) qui gravitent dans l’univers agricole : propriétaires de ferme, travailleurs agricoles ou ceux qui apprécient la vie en milieu rural.

Un regroupement, trois missions
L’organisme, qui compte près de 100 membres, vise trois missions principales : regrouper les LGBT qui ont un intérêt pour l’agriculture et la ruralité, promouvoir l’agriculture chez la communauté LGBT urbaine et sensibiliser la communauté agricole et rurale aux réalités des personnes LGBT.

« C’est une nécessité. L’agriculture est une petit monde. Environ 2 % de la population est en agriculture au Canada. C’est bien peu de gens. L’isolement est déjà fort, explique M. Desjardins. L’orientation sexuelle des agriculteurs ne doit pas être un frein à leur métier. On a vu des gens quitter leur entreprise pour vivre leur vie. »

Encore aujourd’hui, les tabous sont bien présents. Pour certains agriculteurs gais, la situation est difficile, surtout quand leur famille immédiate n’accepte pas leur orientation sexuelle. « Quand elle accepte, la communauté aussi accepte. Quand c’est l’inverse, tu es vraiment isolé. En milieu rural, c’est tout un ou tout l’autre. C’est plus draconien », estime le producteur laitier de la région de Québec.

Se faire connaître
Diverses activités sont donc organisées pour faire connaître Fierté Agricole et sensibiliser la population. L’organisme offre aussi des conférences aux employeurs en milieu agricole. « On leur parle des façons d’avoir un langage inclusif. Comment réagir si un employé fait son coming out », explique M. Desjardins.

Pour sensibiliser les étudiants à la réalité des LGBT qui oeuvrent sur une ferme, une tournée des établissements d’enseignement a été lancée. Les représentants de l’organisme sont aussi présents à divers salons et foires agricoles. Jusqu’ici, les activités mises en place par Fierté Agricole ont été concentrées dans la grande région de Montréal et autour. Les régions de Chaudière-Appalaches et du Bas-Saint-Laurent ont aussi reçu sa visite. L’organisme compte également se faire connaître dans les régions plus éloignées comme la Gaspésie et l’Abitibi-Témiscamingue.