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Sylvie Larochelle a travaillé 25 ans pour Bell puis a décidé, à l’âge de 53 ans, de démarrer sa ferme laitière. Elle est ici en compagnie de Nutella.
Sylvie Larochelle a travaillé 25 ans pour Bell puis a décidé, à l’âge de 53 ans, de démarrer sa ferme laitière. Elle est ici en compagnie de Nutella.

Tout plaquer pour «ses filles»

Billie-Anne Leduc
Billie-Anne Leduc
La Voix de l'Est
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Sylvie Larochelle a trente-quatre filles. C’est ainsi qu’elle appelle ses vaches laitières, dont elle prend grand soin depuis 2019. À l’âge de 53 ans, elle a décidé de tout plaquer pour suivre sa passion et s’occuper seule d’une ferme laitière.

À Notre-Dame-de-Stanbridge, Sylvie se lève tous les jours aux petites heures du matin pour aller traire ses 18 vaches laitières et donner des soins à la quinzaine de génisses et taures de l’étable dont elle loue plusieurs d’entre elles.

La Voix de l’Est est allée visiter Sylvie et ses filles, des bêtes particulièrement affectueuses. « On ne pourrait pas faire ça avec d’autres vaches. Elles aiment les humains », lance Sylvie, en caressant Nutella ou encore Charlotte.

Après avoir travaillé vingt-cinq ans chez Bell en comptabilité, la femme originaire de Pike River a décidé en 2008 de quitter la compagnie et de se concentrer à ses deux passions : le travail sur une ferme et l’entretien paysager, qu’elle fait encore aujourd’hui entre deux traites, l’été.

Sylvie Larochelle doit organiser les gestations, les traites, choisir les semences pour chacune des vaches, coordonner les soins vétérinaires, etc. « Une ferme laitière, ce n’est pas juste traire les vaches. »

Celle qui a obtenu le prix Laitx’cellent pour son lait en 2020 a développé sa passion pour les vaches à la suite de quelques expériences sur des fermes laitières de la région, notamment à la ferme Impériale et Dave Campbell, autant en gestion qu’en travail manuel.

En 2019, elle a finalement conclu une entente de location avec Serge Forgues sur la ferme laitière. « J’avais cogné aux portes du Québec au complet. Ça a pris deux semaines après la proposition de Serge pour repartir le système et tout refaire marcher. »

« L’agriculture, c’est pas pour n’importe qui »

Depuis, la résidente de Bedford a découvert toute la beauté et l’apport des vaches, qui ont « besoin de nous », et dont il faut prendre soin. « C’est sûr que les agriculteurs ne sont pas tous gagas comme moi! », lance-t-elle à la blague.

Nuit et jour, elle veille à leur bien-être, à leur confort et à leur santé. Elle doit organiser les gestations, les traites, choisir les semences pour chacune d’elles, coordonner les soins de vétérinaire, etc. « Une ferme laitière, ce n’est pas juste traire les vaches. »


« Quand tu pèses 400 livres dans ta tête, rien ne peut t’arrêter. »
Sylvie Larochelle, productrice de lait à Notre-Dame-de-Stanbridge

« L’agriculture, c’est dur, c’est pas pour n’importe qui. Il faut être leader de caractère et foncer. J’ai toujours dit, quand tu pèses 400 livres dans ta tête, rien ne peut t’arrêter. »

À raison de 14 heures de travail par jour, Sylvie ne chôme pas. Heureusement, elle peut compter sur « son ange », sa tante Jeanne d’Arc Larochelle, qui lui prépare des plats et l’aide dans ses commissions. « Elle a toujours été bonne pour moi », laisse entendre Sylvie, qui compte aussi sur la compagnie d’Apollo, son gros chien de huit ans.

Sylvie a toujours aimé les animaux, et les gros à part de ça. Ça ne lui fait pas peur, pas plus que de leur faire des piqures dans les veines du coeur, ou de leur enfoncer une sorte de bâton dans la gorge, nécessaire à leurs soins de santé.

Que l’on soit femme ou homme, âgé ou jeune, Sylvie croit que tous devraient avoir leur chance s’ils veulent partir une ferme. « Que tu sois une femme, un homme, âgé ou jeune, il faut aller à fond dans ton rêve. Quand on sait, on sait. »

Durant son parcours peu commun, sans vouloir donner de détails précis, elle déplore avoir été victime de discrimination à l’égard de son sexe et de son âge, aux débuts de son projet. « Je suis une femme seule, sans enfant, sans mari. J’ai senti un peu de jugement et de discrimination dans le milieu. »

« L’agriculture, c’est dur, c’est pas pour n’importe qui. Il faut être leader de caractère et foncer », dit Sylvie Larochelle, à sa ferme de Notre-Dame-de-Stanbridge.

Une attitude qu’elle déplore non seulement au sein du milieu agricole, mais aussi lorsque vient le temps de faire des demandes d’aide au gouvernement qu’elle affirme être davantage réservées à la jeune relève en agriculture.

Cheffe de file dans sa communauté

Toutefois, malgré quelques embûches, celle qui est aujourd’hui âgée de 55 ans vit sa passion à fond et a même la chance, en temps normal, d’aller parler de son expérience dans les écoles, en tant qu’ambassadrice laitière pour les Producteurs de lait du Québec.

De plus, elle a suivi la formation « Agir en sentinelle pour la prévention du suicide – Déclinaison agricole » à Nicolet pour aider les agriculteurs qui vivent de la détresse.

Sylvie et ses filles souhaitent maintenant augmenter leur quota laitier à 19 kg, alors qu’il est présentement à 13 kg. Une demande à ce sujet a été déposée à la Régie des marchés agricoles et alimentaires, et elle est toujours en attente de la réponse. Cette augmentation de quota l’aiderait à couvrir les coûts et « à mieux arriver », indique-t-elle, surtout que dans la dernière année, « les prix ont tous augmenté ». Son rêve serait d’avoir un jour une terre à elle, où elle ajouterait légumes et maraîchage.