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Après des années de dur labeur, Maxime Vandal et Richard Ouellette ont redonné vie à la ferme Humminghill.
Après des années de dur labeur, Maxime Vandal et Richard Ouellette ont redonné vie à la ferme Humminghill.

Quand l'amour pour sa terre tourne... aux vinaigres

Jean-François Guillet
Jean-François Guillet
La Voix de l'Est
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L’un est architecte, l’autre designer. Rien ne laissait présager le coup de foudre des Montréalais Maxime Vandal et Richard Ouellette pour l’agriculture. Et pourtant, en quelques années, le duo a su redonner avec brio sa vocation première à la terre de la ferme Humminghill à Bolton-Ouest. De la communion des deux complices avec la nature sont nés plusieurs produits inusités, allant de bouquets floraux colorés aux vinaigres aromatiques.

Dans les années 1960, l’endroit avait été transformé en domaine de villégiature. Les anciens propriétaires avaient complètement effacé la nature agricole du site. Dès qu’ils y ont mis les pieds en 2016, Richard et Maxime ont été séduits. Ce qui se dessinait comme un projet de retraite s’est matérialisé plus tôt que prévu pour les deux hommes au tournant de la cinquantaine. « Mon ambition était de trouver une façon de redonner à la ferme sa propre vie. Ses propres buts, confie l’architecte. Que ce ne soit pas seulement un bel endroit où des gens privilégiés habitent. On voulait insérer dans la ferme une production pas nécessairement rentable, mais viable et techniquement réalisable. »

Maxime Vandal et Richard Ouellette ont ainsi ramené la ferme Humminghill à la vie. Après deux ans de dur labeur, l’endroit avait regagné ses lettres de noblesse.


« Mon ambition était de trouver une façon de redonner à la ferme sa propre vie. [...] On voulait insérer dans la ferme une production pas nécessairement rentable, mais viable et techniquement réalisable. »
Maxime Vandal
Outre les vinaigres, les agriculteurs cultivent plusieurs variétés de fleurs. Celles-ci sont notamment destinées à des marchands locaux.

Afin d’être épaulé dans son projet, le duo a intégré le collectif de Bolton-Ouest, qui a pour objectif de valoriser les terres et les boisés du territoire. « Ça nous a permis [de faire appel à] des consultants pour nous accompagner dans notre réflexion. Et on a finalement décidé de faire un grand potager et de reconstruire la dépendance de la propriété, indique Maxime. Pour nous, c’est une exploration d’habiter la terre dans un bâtiment qui n’est pas nécessairement une maison. »

Déclic

Plusieurs types de cultures ont vu successivement le jour sur le site, notamment du foin et des légumes. Mais, rien n’a été concluant. C’est par pur hasard que le déclic a eu lieu au printemps 2019. « J’avais publié sur une page Facebook de jardinier amateur une photo de mon potager, se remémore Maxime. Sa particularité est que toutes les bordures vertes sont réalisées avec de la ciboulette. C’est une belle plante mellifère qui attire les pollinisateurs. Quelqu’un m’a suggéré de faire du vinaigre à la fleur de ciboulette. Je me suis dit, pourquoi pas ? »

Après quelques recherches, le duo a concocté une recette artisanale. Les épicuriens étaient alors loin de se douter qu’il s’agissait du premier jalon d’une nouvelle ramification de leur aventure agricole. « En peu de temps, les quelques bouteilles de notre vinaigre à la ciboulette, produit sans prétention, ont trouvé preneurs », mentionne Maxime. Bien vite, le carnet de commandes des agriculteurs en herbe s’est rempli. Jusqu’au jour où une bouteille à l’effigie de la ferme Humminghill s’est retrouvée entre les mains d’une dirigeante d’un groupe de marchés d’alimentation. « La personne nous a dit que notre produit devait se retrouver sur les tablettes en épicerie. »

En peu de temps, le réseau de distribution du tandem a pris une ampleur insoupçonnée. La demande pour de nouveaux vinaigres a suivi la même tangente. La gamme compte donc désormais trois vinaigres : ciboulette, estragon et poivre puis basilic et citron. Un quatrième pourrait s’ajouter l’automne prochain. Les produits sont disponibles dans plus de 15 points de vente dans les Cantons-de-l’Est et en périphérie de Montréal. Plusieurs restaurateurs les utilisent également.

Chaque pot de vinaigre à la ciboulette requiert 50 fleurs en macération.

Mais ce n’est pas tout. Le duo cultive aussi une panoplie de fleurs, entre autres des dahlias, des zinnias et des cosmos, pour approvisionner des fleuristes de la région.

Beau, authentique et bon

L’histoire derrière la relance de la terre à l’abandon et l’originalité de leurs produits est au cœur du succès que connaissent Maxime et Richard. « On arrive à créer quelque chose de beau, authentique et bon. On veut avoir la plus grande diffusion possible, mais on ne se prend pas au sérieux. On veut communiquer la poésie de la ferme »

Pour arriver à maintenir la cadence de production de vinaigres, faits main de A à Z, les deux professionnels qui parcourent le globe pour leur boulot ont embauché une personne de la région. « Elle assure au quotidien la gestion du projet, dit Maxime. Lorsqu’on arrive la fin de semaine, on se sépare les tâches. »

Par ailleurs, les deux jardiniers ont décidé de prendre un pas de recul avant d’accroître la production. « Pour le moment, on ne prend plus de points de vente supplémentaires. On veut voir comment les choses vont aller. Il y a un énorme travail derrière chaque [item]. Ça prend quand même 50 fleurs de ciboulette par bouteille de vinaigre. Et c’est le genre de chose qui ne s’industrialise pas. »

On voit ici une partie du vaste potager du couple.

Malgré la beauté du site au cœur d’une luxuriante nature, le couple tient à garder son intimité. La ferme n’est donc pas ouverte au public. Le contact privilégié avec les consommateurs confère toutefois au projet une aura particulière. « Professionnellement, on vit dans un écosystème très fermé. Le projet de la ferme me permet de connecter avec des gens à un tout autre niveau, hors de mon champ d’expertise. J’adore ça. [...] Si notre petite histoire peut inspirer d’autres personnes à se lancer en agriculture, tant mieux. »