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Patrice Bergeron (gauche) célèbre la victoire du Canada au Championnat mondial de hockey junior en 2005 aux côtés de ses coéquipiers Sidney Crosby (centre) et Corey Perry (droite).
Patrice Bergeron (gauche) célèbre la victoire du Canada au Championnat mondial de hockey junior en 2005 aux côtés de ses coéquipiers Sidney Crosby (centre) et Corey Perry (droite).

Le Championnat mondial junior dans l’œil de Patrice Bergeron

Patrice Bergeron
Collaboration spéciale
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La meilleure formation canadienne de tous les temps ? Patrice Bergeron conserve de très bons souvenirs de sa participation au Championnat mondial junior de 2005. Dans le Dakota du Nord, en plus de remporter une médaille d’or, il a découvert qu’il avait de belles affinités avec le jeune prodige Sidney Crosby...

C’est drôle. Je suis arrivé à Winnipeg juste à temps pour le début du camp de sélection. J’avais quitté la côte est américaine. Le vol avait été long. Il y avait un petit décalage horaire. Avec tout ça, on m’a déposé devant l’aréna une heure avant le début de la première pratique. La première personne que j’ai croisée, c’était justement Sidney.

Il était occupé à couper un de ses bâtons, à l’extérieur du vestiaire.

Je ne savais pas encore qu’on évoluerait dans le même trio. Je ne savais pas qu’on serait co-chambreurs. Tout ça serait déterminé en temps et lieu.

À ce moment-là, tout ce que je voulais, c’était faire partie de l’équipe, comme tout le monde. Je ne voulais pas de passe-droit.

J’avais eu la chance de passer la saison précédente dans la Ligue nationale. Mais là, le fameux lock-out faisait rage. À l’automne, personne ne savait vraiment dans quelle direction aller. Pour moi, c’était important de poursuivre mon développement dans la Ligue américaine. Ça me permettait de rester proche de Boston et de continuer à apprendre l’anglais.

Avant d’accepter de me rapporter au club-école des Bruins, j’avais quand même dit aux dirigeants que je rêvais de participer au Championnat mondial junior. Pour moi, c’était une opportunité unique.

J’ai grandi en regardant religieusement ce tournoi, durant le temps des Fêtes. Je sais, ça fait cliché de dire ça. On l’entend souvent. C’est pourtant la vérité ! Mon frère et moi, on passait nos deux semaines de vacances sur la patinoire extérieure, mais on s’empressait de rentrer pour regarder les matchs d’Équipe Canada.

C’était important, pour moi, de faire partie de cette équipe-là au moins une fois. Je voulais vivre cette expérience de l’intérieur.

Les Bruins auraient voulu me retenir dans la Ligue américaine, à Providence, le plus longtemps possible. Ils auraient sans doute préféré que je rate le camp et que je me joigne à l’équipe au tout début du tournoi. J’avais dit à mon agent que je ne voulais pas de passe-droit. Je voulais me tailler un poste dans l’équipe en participant au camp, comme tout le monde.

Avant de me pointer au camp, je n’avais jamais rencontré Sidney, mais j’avais beaucoup entendu parler de lui. Il était déjà un phénomène dans la Ligue de hockey junior majeur du Québec. À cette époque-là, puisque je venais de quitter cette ligue, je gardais toujours un œil sur ce qui se passait...

À mon arrivée dans le vestiaire, j’ai tout de suite remarqué qu’on nous avait remis des chandails de la même couleur. Nous avons fait notre première séance d’entraînement. Après, quand nous sommes rentrés à l’hôtel, j’ai vu que nous allions partager une chambre. C’est un peu comme ça que j’ai pris connaissance des plans de nos entraîneurs.

À ce moment-là, je ne vous cacherai pas que j’avais hâte de voir s’il y aurait de la chimie entre nous deux...


« Le hockey est un vrai beau sport. Les joueurs doivent s’amuser et profiter de chaque instant. »
Patrice Bergeron

Mille questions

Quand il revient sur son passage au Championnat mondial junior de 2005, Sidney aime dire qu’il m’a posé un millier de questions. C’est quand même vrai. Mais je ne dis pas ça d’une mauvaise façon !

Dans un tournoi comme celui-là, on a beaucoup de temps libres. On se retrouve souvent dans nos chambres, à regarder la télévision, à se préparer pour nos prochains matchs...

Dans ce temps-là, Sidney pensait beaucoup au repêchage de la LNH. Il savait que ce serait la prochaine grosse étape dans son cheminement. Il se doutait bien qu’il serait le premier choix. Malgré cela, il demeurait extrêmement humble. Il s’était fixé de grands objectifs. Il voulait jouer dans la LNH, il voulait performer. Il voulait devenir un joueur d’impact. Il prenait les moyens d’y parvenir. C’est pour ça qu’il me posait le plus de questions possible.

C’était quand même formidable, pour moi, de côtoyer un joueur de 17 ans qui était aussi déterminé. Il voulait comprendre et il voulait apprendre. J’étais jeune, moi aussi. Je n’avais pas toutes les réponses. J’essayais de l’aider avec humilité.

Sur la glace, je dirais que la chimie s’est installée tout naturellement. Dès le début, on était capable de bien se comprendre, sur la glace. Sa rapidité était incroyable. Moi, j’étais au centre. Il était sur ma gauche et il était toujours sur le fly... Ça ouvrait tellement le jeu !

À partir du premier match préparatoire, tout a bien été. On jouait avec Jeremy Colliton, si je me souviens bien, à ce moment-là.

Je dis ça, mais au fond, la chimie s’est installée dans l’équipe au grand complet. Chaque trio produisait.

Patrice Bergeron (gauche) en compagnie de Sidney Crosby (droite)

Quelle pression ?

Parfois, des gens me demandent à quel point la pression était forte, pour notre équipe. Chaque fois, je réponds, sincèrement, que je n’ai jamais ressenti une pression trop forte. Ce n’est pas arrivé une seule fois, durant le tournoi. Je suis sincère. Je n’ai jamais senti que les gars étaient shakés. Ils n’ont jamais été habités par le doute.

C’est vrai que le Canada cherchait à remonter sur le podium, après quelques années où ça s’était un peu moins bien passé. L’année précédente, la défaite en finale avait fait mal. L’équipe avait perdu par un seul but. Les Américains avaient effectué une remontée en troisième période et un dégagement raté du Canada leur avait permis de marquer le but de la victoire.

Je n’avais pas participé à ce tournoi parce que j’étais à Boston. Par contre, il devait bien y avoir 11 ou 12 joueurs qui étaient de retour, un an après avoir subi ce revers crève-cœur. Ils abordaient cette nouvelle opportunité de la meilleure façon possible. Tu voyais qu’ils n’avaient aucune intention de l’échapper. Il n’y avait aucune chance, pour eux, que le scénario se reproduise.

J’ai eu la chance de faire partie du programme d’excellence canadien à plusieurs reprises durant ma carrière. Notre équipe nationale est toujours remplie de joueurs de talent. C’est toujours le fun, par contre, de voir comment ça fonctionne, dans le vestiaire.

Au Championnat mondial junior de 2005, tout le monde était sur la même longueur d’onde. Tout le monde voulait gagner. Du début à la fin du tournoi, ça paraissait dans les pratiques. Tout le monde voulait gagner ses batailles à un contre un. Shea Weber voulait nous faire payer le prix, chaque fois qu’on se retrouvait dans un coin de la patinoire avec lui. C’était comme ça. Il n’y avait pas de gros égos. Parce que tout le monde travaillait fort, tout le monde progressait au même rythme.

C’est peut-être pour ça, au fond, qu’on a été en contrôle jusqu’à la fin du tournoi. On a connu quelques périodes difficiles, mais il n’y a pas eu de matchs difficiles.

Dans notre toute première partie, contre les Slovaques, on a réussi à se forger une grosse avance. Quand ils ont commencé à remonter la pente, notre coach Brent Sutter nous a gentiment ramenés sur terre. Il nous a rappelé qu’on ne pouvait pas se permettre de lâcher l’accélérateur.

Il n’a pas eu besoin de le faire une deuxième fois.

Aujourd’hui, encore, il nous arrive de parler de ce tournoi. À Boston, David Krejci se vante. Il jouait pour la République tchèque. C’est l’équipe qu’on a battue avec le moins grand écart de buts. Krejci est bien fier de ça. On les a battus quand même !

Les Russes, inévitables

Durant le tournoi, Corey Perry a été notre ailier droit. On a parfois dit que notre trio s’est démarqué, entre autres, dans les missions défensives. Je ne m’en souviens pas tant que ça.

Je sais que Brent Sutter aimait beaucoup « matcher » ses trios. C’est-à-dire qu’il aimait opposer un trio en particulier au meilleur trio adverse. Nous autres, en tant que joueurs... Peu importe qui se retrouve devant nous, on veut gagner notre matchup. On veut être meilleurs que les joueurs qui se trouvent en face de nous, sur la patinoire.

Tous les autres trios pensaient de la même manière.

Moi, j’étais un petit nouveau, dans un groupe où les autres se connaissaient bien. Les trois quarts des joueurs étaient de retour au Championnat mondial junior pour une deuxième année consécutive. Auparavant, ils avaient été coéquipiers dans le programme national chez moins de 18 ans. Il y avait beaucoup d’humour, dans le groupe. Plusieurs joueurs avaient une personnalité pince-sans-rire. Il y avait des personnalités fortes. Les gars ne manquaient pas de confiance.

Nous n’étions pas nécessairement tous les meilleurs amis du monde. D’ailleurs, quand les gars sont retournés dans leurs équipes, plus rien ne paraissait. Colin Fraser et Dion Phaneuf appartenaient aux Rebels de Red Deer. Ryan Getzlaf et Andrew Ladd étaient chez les Hitmen de Calgary. Dans la première période du premier match où ils se sont affrontés, par la suite, tout le monde s’est bagarré.

À Grand Forks, on formait une vraie équipe.

L’aréna dans lequel le tournoi s’est déroulé nous a vraiment impressionnés. Dans une petite ville universitaire, on avait trouvé un amphithéâtre qui était plus beau que la plupart de ceux qu’on retrouve dans la LNH.

Je ne connaissais pas très bien la géographie des États-Unis, non plus. J’ignorais que Grand Forks se trouvait à 90 minutes de route des douanes. J’ai été surpris de voir autant de partisans canadiens dans les gradins, au départ. Et les foules ont continué de grossir, au fur et à mesure que progressait le tournoi. Ces gens ont eu un gros impact et nous ont laissé de beaux souvenirs.

En finale, les gradins étaient remplis, pour notre affrontement contre la Russie.

Tout au long du tournoi, on regardait les Russes de loin. On les voyait s’entraîner et se préparer. On avait toujours un peu l’impression qu’on finirait par les affronter en finale. Et c’était probablement la même chose de leur côté. Il y avait un respect, réciproque. Ça se sentait.

Quand la finale est arrivée, on comprenait qu’il faudrait livrer notre plus grosse game du tournoi.

C’était un beau défi, honnêtement. On savait qu’on ne pouvait pas leur donner un seul pouce sur la patinoire. À quelques occasions, durant la première période, ce pouce, ils l’ont eu. Je me souviens d’un très gros arrêt que notre gardien Jeff Glass a effectué pour voler un but à Evgeni Malkin.

Dans notre plan de match, il était clair qu’il fallait se montrer robustes. Pour nos défenseurs, comme Phaneuf et Weber, ce n’était pas un problème !

On voulait frapper, on voulait aussi commencer le match en force. Getzlaf et Jeff Carter ont uni leurs efforts pour marquer le premier but, très tôt. Il devait bien y avoir 15 000 Canadiens dans les gradins. Ces gens-là ont fait leur part. Ils nous ont donné l’énergie dont on avait besoin.

Les années ont passé. Le Canada a continué de connaître du succès sur la scène internationale. J’ai eu la chance de revoir plusieurs de mes coéquipiers du Championnat mondial junior, lors des Jeux olympiques de 2010 et de 2014.

La complicité que nous avons développée en 2005 nous a certainement aidés dans ces tournois.

C’est quand même spécial. Tout a commencé quand nous avions 18 ou 19 ans. Maintenant, nous sommes tous âgés dans la trentaine. Ces liens existent toujours.

C’est pourquoi j’espère que les jeunes qui participeront au tournoi, cette année, profiteront de chaque instant. Il ne faut pas oublier que ce sont encore des kids. Le hockey est un vrai beau sport. Les joueurs doivent s’amuser et profiter de chaque instant.

À leur âge, souvent, ils sont pressés de passer au prochain niveau. J’insiste. Ils ne doivent pas oublier de profiter du moment présent et ils doivent se montrer reconnaissants. Ces jeunes-là avaient probablement le même rêve que moi, quand ils étaient jeunes. Ils regardaient le Championnat mondial junior en rêvant d’y participer.

Je sais, c’est cliché, mais c’est vrai.

Ce tournoi dure deux semaines et ces deux semaines passent très vite.

Propos recueillis par Sylvain St-Laurent, Le Droit.