Paul-Robert Raymond
Le Soleil
Paul-Robert Raymond
Comment fait-on pour vérifier soi-même l’usure des pneus rapidement? Si on n’a pas de jauge de profondeur, il y a le test de la pièce de 25 ¢. Si on voit toute la tête de la reine, le pneu doit être remplacé. Plusieurs utilisent le côté pile. Si on voit tout le museau du caribou, il faut remplacer la gomme.
Comment fait-on pour vérifier soi-même l’usure des pneus rapidement? Si on n’a pas de jauge de profondeur, il y a le test de la pièce de 25 ¢. Si on voit toute la tête de la reine, le pneu doit être remplacé. Plusieurs utilisent le côté pile. Si on voit tout le museau du caribou, il faut remplacer la gomme.

Les meilleurs pneus à l’avant, une croyance tenace

CHRONIQUE / Si on pose la question suivante : «Dans le cas d’usure inégale entre deux paires de pneus, où doit-on installer la meilleure?» La plupart du temps, plusieurs vont répondre «à l’avant», dans le cas d’une traction. Eh bien, ce n’est pas la situation idéale, loin de là.

La bonne réponse serait plutôt «à l’arrière». En 2005, j’ai vécu l’expérience lors d’un voyage organisé par Michelin à son centre d’essais à Laurens, en Caroline du Sud0. Avec deux voitures identiques et deux configurations différentes de pneus, celle qui avait les moins bons pneus à l’arrière partait en tête à queue en situation d’aquaplanage.

Vous allez dire : «Oui, mais pourquoi rouler avec des pneus à usure différente?» Le monde n’étant pas parfait, il se peut que vous ayez une crevaison et vous devez changer une paire de pneus. Car rouler avec un pneu trop neuf par rapport aux trois autres peut causer des dommages importants au rouage d’entraînement.

Alors, comment se fait-il qu’un véhicule muni de pneus plus usés à l’arrière aura tendance à déraper en virage? «Si la voiture fait du survirage dans les courbes, le réflexe est de relâcher l’accélérateur, souvent brusquement», explique Carl Nadeau, ancien pilote de course professionnel et expert de route chez Michelin. «La plupart des accidents vont arriver quand on est dans une sortie d’autoroute, puis au moment où les gens relâchent l’accélérateur, l’arrière de la voiture se trouve à devenir très léger. Ce qui est normal.

«Quand on relâche l’accélérateur, c’est un peu comme quelqu’un qui marche avec un sac à dos lourd sur le dos, le poids vers l’avant. L’essieu avant, alors, se trouve à avoir plus d’adhérence. Si on a déjà les meilleurs pneus à l’avant et, en plus, on est en manœuvre de freinage ou de ralentissement, le poids va vers l’avant, là, on a un double problème parce que l’arrière va devenir extrêmement léger. La très grande moyenne des conducteurs n’est pas apte à réagir dans ces conditions. Quand ils vont perdre la maîtrise et qu’ils relâchent l’accélérateur, la voiture va partir en tête à queue», ajoute-t-il.

«Si on met les meilleurs pneus sur l’essieu arrière, dans ces circonstances comme ça où on lâche l’accélérateur, on va donner progressivement l’adhérence à l’essieu avant. Donc, ça va équilibrer les réactions de l’auto et l’assiette de l’auto sera beaucoup plus stable.»

Carl Nadeau apporte une nuance en spécifiant que «dans une situation parfaite, en ligne droite, dans une situation où il n’y a pas de perte d’adhérence de l’arrière, avoir de meilleurs pneus à l’avant, ça va toujours donner un meilleur freinage. Mais on est mieux de sacrifier un petit peu le freinage en ligne droite pour améliorer sa sécurité en virages pour éviter les pertes de maîtrise. C’est un monde imparfait!»

Rotations aux 5000 km

Cependant, avant d’en arriver là, il est recommandé de faire une rotation des pneus tous les 5000 kilomètres. «On ne devrait jamais se rendre au point où on aurait une usure inégale sur les pneus à l’avant et à l’arrière. Ces rotations feront qu’on va équilibrer l’usure des pneus pendant toute la durée de vie de nos pneus», affirme l’ex-pilote de course. «Les conducteurs moyens vont faire des 10, 12 ou 15 000 kilomètres par saison. Normalement à mi-chemin, on devrait faire une rotation avant-arrière pour équilibrer l’usure.»

Alors pourquoi certains ateliers persistent à vouloir installer les meilleurs pneus à l’avant sur une traction? «Il y a beaucoup de centres de pneus et de garages qui y vont avec une logique purement mécanique qui fait exception de la conduite dans la vie au quotidien et des situations d’urgence», répond-il. «Mais dans la vie, ce qu’on veut, c’est survivre. La logique mécanique soutient que les pneus avant vont souffrir plus que les pneus arrière sur les tractions. Donc, ils vont s’user plus vite. En installant les meilleurs en avant, on égalise l’usure en observant cette logique. Si on fait les rotations aux 5000 kilomètres, là, on peut user les pneus de façon parfaitement égale.»

Comment fait-on pour vérifier soi-même l’usure des pneus rapidement? Si on n’a pas de jauge de profondeur, il y a le test de la pièce de 25 ¢. Si on voit toute la tête de la reine, le pneu doit être remplacé. Plusieurs utilisent le côté pile. Si on voit tout le museau du caribou, il faut remplacer la gomme.

«C’est un visuel qui est facile à reconnaître. On s’entend que ce n’est pas tout le monde qui a la petite jauge de profondeur. Pour moi, le fameux 25 ¢, c’est fabuleux été comme hiver. On l’a tous [dans nos poches], c’est facile à tenir dans les doigts», conclut Carl Nadeau.