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L’annonce de lundi matin a marqué la fin d’un «froid» ayant duré pratiquement un an entre les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault. À gauche, le pdg de Lion Électrique, Marc Bédard et le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, à droite.
L’annonce de lundi matin a marqué la fin d’un «froid» ayant duré pratiquement un an entre les premiers ministres Justin Trudeau et François Legault. À gauche, le pdg de Lion Électrique, Marc Bédard et le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, à droite.

100 millions $ en prêts d’Ottawa et de Québec à Lion Électrique pour une usine de batteries de 185 millions $

Paul-Robert Raymond
Paul-Robert Raymond
Le Soleil
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La Compagnie Lion Électrique recevra 100 millions $ de la part du fédéral (50 millions $) et du gouvernement du Québec (50 millions $), sous la forme de prêts pardonnables en partie selon certaines conditions. Ce capital servira à construire une usine d’assemblage de blocs de batteries à Saint-Jérôme dans les Laurentides. Un projet de 185 millions $ dans lequel Lion Électrique investira 85 millions $.

Les 50 millions $ du fédéral proviennent du Fonds stratégique pour l’innovation, alors que la somme avancée par Québec est issue du Fonds du développement économique, par l’entremise d’Investissement Québec. Cette nouvelle usine, dont l’ouverture est prévue pour le début de 2023, assemblera les batteries qui équiperont les autobus et camions que la firme québécoise construira. Rappelons que, seulement cette année, Lion Électrique produira près 650 véhicules et que la firme a reçu des commandes d’Amazon et du Canadien National, notamment, en 2020.

«Avec cette usine, Lion prévoit réduire considérablement le coût de ses véhicules, tout en assurant le contrôle d’une composante clé de sa chaîne d’approvisionnement. La batterie étant la composante la plus coûteuse des véhicules électriques, cette nouvelle installation aura une incidence directe sur le développement du transport électrique lourd, tout en offrant d’importants bénéfices tant sur le plan environnemental qu’économique», lit-on dans le communiqué envoyé après l’annonce de lundi matin. Il s’agira de la première usine au Canada 

À terme, la nouvelle usine produira annuellement jusqu’à cinq gigawatts-heures de batteries, selon Lion, qui a l’ambition de construire environ 14 000 véhicules de poids moyens et lourds par année. «À ce jour, Lion Électrique a déjà produit 300 véhicules électriques, dont des autobus scolaires, ayant parcouru plus de 10 millions de kilomètres», a lancé durant l’annonce le président fondateur de Lion Électrique, Marc Bédard. 

Lion compte également greffer un centre d’innovation à l’usine automatisée, ce qui résulterait à une «réduction du coût de production des systèmes de batteries et une sécurité en approvisionnement des ensembles batteries». «Il y a trois stades dans la production des batteries. Il y a les cellules, les modules et les composantes. Tout ça devient des ensembles batteries», a expliqué M. Bédard. «Pour le moment, on doit acheter les modules. Donc, notre usine servira à produire les modules qui seront assemblés.» 

Dans sa nouvelle usine, Lion prévoit produire un module batterie chaque 11 secondes et un ensemble batterie aux cinq minutes.

Marc Bédard, pdg de la Compagnie Lion Électrique

Nouveaux emplois et maintien du siège social

Les principales conditions pour un pardon pouvant aller jusqu’à 30 % des prêts sont la création de nouveaux emplois et le maintien du siège social au Québec. Au moment de l’ouverture de l’usine en 2023, 135 emplois seront créés. Sur le long terme, 150 autres emplois devraient être créés.

L’annonce de ces prêts à Lion Électrique a été faite en présence des premiers ministres Justin Trudeau et François Legault, qui ont mis fin à un «froid» ayant duré pratiquement un an. «Marc, tu as bâti un fleuron économique», a lancé Justin Trudeau à la fin de son allocution. «De plus en plus de gens veulent des camions et des autobus électriques», a ajouté François Legault. «En plus, une annonce comme celle d’aujourd’hui contribuera à éliminer l’écart de richesse avec l’Ontario.»

Le ministre fédéral de l’Innovation, des Sciences et de l’Industrie, François-Philippe Champagne, et le ministre québécois l’Économie et de l’Innovation, Pierre Fitzgibbon, ont également participé à l’annonce. Le premier a souligné que «Lion va où le marché s’en va», alors que le second parle «d’un investissement stratégique qui souligne le succès du Québec dans une filière d’avenir. Lion Électrique est au cœur d’une petite révolution.»

Début des travaux d’ici quelques semaines

Lion commencera les travaux de construction de sa nouvelle usine d’ici quelques mois. «On a plusieurs options de terrains», confie M. Bédard en entrevue téléphonique. «Il y a beaucoup de choses à considérer. On est là-dedans depuis des mois! On est à quelques semaines de prendre une décision. […] On prévoit une première pelletée de terre cet été.»

Avec ses 200 000 pieds carrés, l’actuel emplacement de Lion Électrique — l’ancienne usine de fabrication de patins Bauer de Saint-Jérôme — est trop petit pour le projet du constructeur. Le projet d’usine et de centre d’innovation dépasse les 200 000 pieds carrés. Durant la dernière fin de semaine, La Presse+ faisait état d’un bail emphytéotique de 25 ans avec la Ville de Saint-Jérôme. «C’est une des options intéressantes. On est à Saint-Jérôme, c’est très attirant. On doit regarder toutes les options. Mais ça va être dans les Laurentides», assure-t-il. 

En ce qui concerne l’éventuelle entrée en Bourse de Lion à New York, les démarches sont dans leur dernière étape, selon M. Bédard. On se rappelle que le 30 novembre 2020, Lion a fait l’annonce d’un accord de regroupement d’entreprises et un plan de réorganisation. À terme, une filiale de Lion fusionnera avec Northern Genesis Acquisition Corp. (NYSE:NGA), une société d’acquisition à vocation spéciale cotée en Bourse. Lorsque la transaction sera conclue, Lion devrait être cotée à la Bourse de New York avec le symbole LEV.

«Quand on l’a annoncé le 30 novembre, on a dit que ça prendrait à peu près quatre mois. À la fin du premier trimestre de 2021, si on n’a pas fini, on ne devrait pas être loin... Je ne crois pas qu’on aura fini dans deux semaines, parce que la fin mars arrive là. Mais on ne sera pas loin!» explique le pdg qui se désole de ne pas pouvoir aller sonner la cloche à Wall Street, en raison des mesures sanitaires. «Je pense que je vais faire une cloche ici et que je vais la sonner!» rigole-t-il.

Un «grand jour»

Daniel Breton, président et chef de la direction, Mobilité électrique Canada (MEC), parle de «grand jour pour l’électrification dans les transports au Canada et au Québec».

«Chez MEC, on est très heureux d’avoir mis l’épaule à la roue pour donner un coup de main à Lion pour concrétiser ce projet-là. On a travaillé avec eux depuis des mois pour contribuer à ce que ce projet voie le jour», affirme celui qui a déjà été ministre de l’Environnement dans le gouvernement de Pauline Marois, en entrevue téléphonique. «C’est le genre de dossier sur lequel j’ai travaillé depuis près de 20 ans avec Karim Zaghib [qui a travaillé chez Hydro-Québec et maintenant chez Investissement Québec], et une compagnie comme Lion, c’est une compagnie parfaite pour porter le ballon. […] On sent vraiment l’intérêt croissant de la part du gouvernement fédéral et du Québec.»

Greenpeace y voit plutôt «un pas dans la bonne direction». «Nous aurons besoin de plusieurs annonces de ce genre pour créer des emplois verts qui contribueront à la réduction des émissions polluantes et de la consommation de pétrole et auront un impact positif sur l’environnement et la santé», déclare par voie de communiqué Patrick Bonin, responsable de la campagne Climat-Énergie chez Greenpeace. «Cette annonce est un pas dans la bonne direction alors que les gouvernements Trudeau et Legault sont encore loin d’être en voie de respecter la science du climat qui exige une réduction des émissions mondiales de CO2 de l’ordre de 50 % d’ici 2030. Toutefois, pour que ces investissements s’insèrent complètement dans une logique de relance juste et verte, ils devront être accompagnés d’une loi climat contraignante et de politiques de production et de consommation responsables des minéraux stratégiques visant l’électrification des transports», tempère-t-il.