ZUT peint comme elle vit. «Il n’y a jamais rien de grave dans la vie. Je me trompe, je n’aime pas ça finalement, je beurre par dessus, pis je recommence. J’improvise à partir de là. Je fonctionne par essais et erreurs jusqu’à ce que je sois satisfaite.»
ZUT peint comme elle vit. «Il n’y a jamais rien de grave dans la vie. Je me trompe, je n’aime pas ça finalement, je beurre par dessus, pis je recommence. J’improvise à partir de là. Je fonctionne par essais et erreurs jusqu’à ce que je sois satisfaite.»

ZUT, artiste urbaine et authentique [VIDÉO]

Elle nous a donné rendez-vous à l’Imperial Tobacco, une ancienne usine partiellement reconvertie en ateliers d’artistes et en bureaux située en plein coeur de Granby. Au cinquième étage, toutefois, rien. Un immense local vide, désaffecté, laissé à l’état brut, un peu à l’image de l’artiste qui marie art de la rue, audace, naïveté et coup de pinceau rebelle.

Au beau milieu de la place, ZUT, alias Julie Touchette, y a étalé une immense toile. «Les petits formats, c’est pas pour moi. Je suis zéro minutieuse», avoue-t-elle d’emblée.

Elle a ouvert ses gallons de peinture, disposé ses canettes de spray et ses pinceaux de peintre en bâtiment. Et elle s’affaire, en grands gestes brouillons, instinctifs, à composer un chapitre de son «journal intime».

C’est ainsi qu’elle qualifie ses oeuvres. «Elles sont très personnelles. Je m’inspire de ce que je vis, je fouille mes émotions. Je suis très spontanée dans ma création. Très physique aussi», raconte l’ancienne palefrenière en foulant sans gêne le noir, le bleu poudre et le rose bonbon de la toile qu’elle est en train de peindre.

L’artiste bromontoise ne s’en cache pas: elle peint rarement sur toile. Elle leur préfère le bois, les vieilles portes de toutes sortes surtout (pour leur format intéressant), sur lesquelles elle donne vie à de multiples personnages à l’aide de restants de peinture SICO, de graffitis et de pastel gras. Elle recouvre le tout d’une épaisse couche d’époxy, et chaque fois, elle ajoute quelques mots à ses créations. Parce qu’elle adore écrire aussi.

Peindre comme on vit

ZUT peint comme elle vit. «Il n’y a jamais rien de grave dans la vie. Je me trompe, je n’aime pas ça finalement, je beurre par dessus, pis je recommence. J’improvise à partir de là. Je fonctionne par essais et erreurs jusqu’à ce que je sois satisfaite.»

C’est pourquoi ses tableaux, urbains, contemporains, à la limite de la bande dessinée, recèlent des surprises. Si on y regarde de plus près, on peut apercevoir une seconde oeuvre en sous-couche. Puis une autre. Et encore une autre. Elle peint même l’arrière du canevas, c’est vous dire ! «C’est un peu la continuité de l’oeuvre. Un petit cadeau à l’acheteur juste pour lui.»

C’est aussi, souvent, la dernière phrase du chapitre qui fera naître l’inspiration pour le prochain. «Je fonctionne toujours par collection. Je m’isole pendant deux mois, je peins 25-30 tableaux d’une même série qui racontent une histoire. Pendant tout ce temps-là, il y a juste ça qui existe. Ça occupe tout mon esprit. Je ne fais que penser à ça.»

ZUT se lève tard et se sert de sa journée pour «faire ma paperasse, mon sport, décompresser, m’alimenter artistiquement parlant», et vers 19h ou 20h, elle s’isole dans son atelier. «À partir de là, qui sait ce qui peut arriver!» lance-t-elle en riant.

ZUT le sait: elle fait partie des chanceuses. Elle peut vivre de son art depuis une douzaine d’années déjà grâce à de fidèles acheteurs internationaux.

Elle aime particulièrement cette heure où «la vie s’éteint petit à petit, où tu sens que tu te retrouves tranquillement toute seule, et que le monde t’appartient». Elle peindra jusqu’à ce que l’inspiration se tarisse.

«Ça vient vraiment d’une fougue intérieure. Le plus dur, c’est de starter. Parfois, je peux être plusieurs jours à juste regarder mes canevas sans que rien ne se passe. Avant, je rageais. Mais j’ai appris avec l’âge que ça fait partie du processus. Que tout ça doit murir avant d’être transposé sur toile», indique l’artiste de 42 ans.

Un nouveau chapitre

ZUT le sait: elle fait partie des chanceuses. Elle peut vivre de son art depuis une douzaine d’années déjà grâce à de fidèles acheteurs internationaux.

Il y a cinq mois, la Bromontoise a quitté sa région natale pour s’établir dans la métropole, où, cordonnière mal chaussée, elle compte bien se forger un nom. Du coup, elle se rapproche non seulement de son amoureuse, mais aussi de son inspiration première. «Jusqu’à maintenant, j’étais une artiste urbaine qui vivait en campagne. J’inventais mon art, en quelque sorte. Maintenant, je n’ai plus besoin de l’inventer, je l’ai dans la face.»

De ce fait, elle est persuadée qu’un nouveau chapitre s’ouvre dans sa carrière. «Depuis le début du confinement, je ne fais que me gaver de mon nouvel environnement, de toutes les possibilités que j’y vois. Je sens que je m’enligne vers quelque chose de nouveau dans ma création. Sans changer du tout au tout, je me laisse alimenter par Montréal.»

Jamais, toutefois, elle ne compte renoncer à son style. «Je me suis tellement battue pour être normale... Mais j’ai fini par comprendre qu’il fallait que j’arrête de me battre. Que je sois juste moi-même et que je fasse ce que j’avais à faire. Et c’est là que ça marche», conclut-elle, sereine. Authentique.