Jean-François Ruel a rencontré les élèves de son ancienne école secondaire, vendredi.

Yes McCan de retour où tout a commencé

Sur sa photo de finissant de l’école secondaire J.-H.-Leclerc de 2007, Jean-François Ruel a l’air sage comme une image... à l’exception d’une fausse moustache qu’il arbore avec impertinence. Déjà à cette époque, celui qu’on connaît aujourd’hui comme Yes McCan, n’avait aucune intention de « faire comme tout le monde ». L’artiste était de retour pour la première fois, vendredi, à la polyvalente où tout a vraiment commencé. Et il s’est confié aux élèves avec honnêteté et générosité.

Bien qu’accueilli sur la scène de l’auditorium comme une rock-star, avec musique et jeu de lumière à l’appui, Yes McCan n’a pas caché sa nervosité. « C’est un peu surréel de revenir ici », a-t-il glissé en rappelant les nombreuses joutes d’impro auxquelles il avait participé dans ce même auditorium. « Ç’a été marquant », a ajouté celui « qui ne fitait pas le moule ».

Présentée sous forme de conférence animée par son ami d’enfance Gabriel Bienvenue, maintenant enseignant en techniques de scène à J.-H.-Leclerc, la rencontre avait lieu en deux temps pour permettre au plus grand nombre possible de jeunes d’entendre le Granbyen d’origine raconter son parcours atypique.

Cultivé et éloquent, Jean-François Ruel n’a pas eu à travailler bien fort pour captiver son auditoire, racontant notamment sa période d’errance postsecondaire, qu’il a qualifiée de « brouillon » de cinq ou six années où il n’a rien fait de sérieux, malgré sa facilité à l’école et sa grande soif de savoir.

Cette partie « moins glorieuse » de son histoire a pourtant été déterminante dans sa quête d’identité, croit-il. « Je n’avais pas de talent en musique, mais j’avais une passion au fond du cœur », a-t-il laissé entendre. De là son conseil aux jeunes de se laisser le droit de se tromper et de se chercher pour mieux se définir.

À l’origine de cette visite, Catherine Riel et sa gang du cours de technique de scène avaient préparé quelques surprises pour leur invité, dont un survol vidéo de sa jeune carrière, un extrait de lui et son ami Gabriel, adolescents, en duo sur scène, et une séquence d’un « rap battle », un exercice qui lui a permis de percer l’univers du hip-hop grâce à sa carte secrète : ses années d’improvisation, de théâtre et d’art oratoire.

De Dead Obies à Fugueuse

Yes McCan a bien sûr abordé son aventure de dix ans avec le groupe Dead Obies, dont il est désormais séparé, mais qui, selon lui, a contribué à rendre le rap accessible et acceptable au Québec. À une question d’un élève sur un possible retour avec la formation, l’artiste a avoué qu’il était allé au bout de cette expérience, mais qu’il n’était pas fermé à retravailler un jour avec les membres de Dead Obies.

Au sujet de son album solo OUI (tout, tout, tout, toutttte) sorti en 2018, Ruel n’a pas caché qu’il vivait à ce moment une période bizarre et une fin de cycle. Entre les soucis personnels, son départ des Dead Obies et le tournage intense de la série Fugueuse, il dit avoir dû accoucher de ce « projet transitoire, plus pop et plus lumineux » dans l’urgence en un mois et demi !

« J’ai toujours eu un parcours sinueux », a-t-il fait remarquer. « Et j’ai toujours eu le syndrome de l’imposteur dans tout ! »

Mais malgré ses doutes et ses angoisses, Jean-François Ruel a convaincu tout le monde de son talent d’acteur lorsqu’il est apparu dans la peau du méchant Damien dans Fugueuse.

S’il a bien vécu avec la perception du public face à la noirceur de son personnage, le jeune homme a eu plus de difficulté à apprivoiser sa soudaine popularité. « Il y a eu une période où j’étais mal à l’aise avec ça ; je ne savais pas comment me comporter... »

Il n’avait pas non plus prévu l’impact qu’aurait cette émission, dont le récit tournait autour de la prostitution juvénile. La déferlante de réactions l’a pris un peu de court. Les comédiens ont même dû recevoir des conseils pour être en mesure de répondre adéquatement aux commentaires et confidences du public, note-t-il. « On n’était pas outillé pour faire face à ça. »

Candidement, Yes McCan a avoué que les propositions de rôles n’ont pas afflué depuis Fugueuse. Qu’à cela ne tienne, il n’attendra pas qu’on l’appelle ; il préfère travailler sur son propre film, a-t-il mentionné sans en dire davantage.

Le droit d’exister

Jusque-là, il avait raconté son histoire avec aisance, mais lorsque l’animateur l’a invité à donner un conseil à son jeune public, on a entendu une mouche voler. « Je veux tellement dire quelque chose de vrai », a laissé tomber Yes McCan, avant de leur recommander « de ne pas enfermer leur cerveau dans une boîte ».

« Essayez des trucs, prenez le temps de trouver ce que vous aimez, découvrez votre passion. Le secondaire est une période où on apprend à apprendre », a-t-il glissé, en avouant qu’il n’avait pas toujours envie d’être à l’école et que les activités parascolaires avaient vraiment été importantes dans son cheminement.

Comme s’il se parlait à lui-même et à l’adolescent qu’il a été, Jean-François Ruel a conclu sans détour. « En tant que personne, tu as le droit d’être là. Il y a de la place pour tout le monde ! »