Renée duRocher s'est inspirée des communautés culturelles du Vietnam, mais aussi de l'oeuvre littéraire de Kim Thuy pour sa nouvelle série, Xanh.

Une nouvelle exposition inspirée du Vietnam

Xanh signifie bleu ou vert en vietnamien. Les Vietnamiens doivent cependant ajouter le mot ciel ou forêt pour spécifier de quelle couleur il est question. Mais c'est aussi le nom de la nouvelle série de Renée duRocher, exposée à Boréart jusqu'au 2 juillet. Kim Thuy a agi à titre d'invitée d'honneur pour le vernissage dimanche, ce qui a donné lieu à de beaux échanges entre l'artiste et l'auteure.
Renée duRocher expose sur la scène internationale depuis 40 ans comme artiste professionnelle. Invitée par Boréart - elle est d'ailleurs sur le conseil d'administration -, elle a décidé de présenter sa nouvelle collection inspirée du Vietnam­ et en a profité pour accueillir Kim Thuy, dont Granby est la « deuxième­ ville de naissance ».
C'est que l'oeuvre littéraire de Kim Thuy a été une belle source d'inspiration pour l'artiste-peintre granbyenne. « Je voulais créer un événement à Granby, indique Mme duRocher. Avec Kim, c'est réussi. »
Inspirée par Kim Thuy
Inspirée d'un voyage qu'elle a fait dans le nord du Vietnam et de passages de l'oeuvre littéraire de la romancière Kim Thuy, cette nouvelle exposition amène les visiteurs en plein coeur des paysages majestueux­ de ce pays asiatique.
« Au départ, ce qui a été mon inspiration, c'est le Vietnam et ses communautés ethniques, explique Mme duRocher, qui n'avait pas exposé à Granby depuis 10 ans. Quand le livre Vi de Kim Thuy est sorti, j'ai réalisé que ça me ramenait directement à des choses que j'avais vues, des gens que j'avais rencontrés, des villes et des lieux où je suis allée. La rivière au parfum, je la voyais. Ça a porté mon inspiration un peu plus loin, dans le sens où j'ai voulu me servir de son écriture pour en introduire quelques parties dans mes tableaux. »
Comme Kim Thuy insère des mots vietnamiens et leur définition dans ses romans, l'artiste a utilisé certains de ces mots pour titrer ses toiles, avec la permission de l'auteure. C'est le cas de 75 % des tableaux de l'exposition Xanh
« J'ai sorti ses livres et je me suis mise à tout souligner, à me monter une banque de noms. J'ai joué beaucoup avec les mots, autant en vietnamien qu'en français. »
Voyage au coeur du Vietnam
« Je ne pensais jamais que quelqu'un se souviendrait de ce que j'ai écrit, avoue Kim Thuy avec la simplicité qu'on lui connaît. Quand quelqu'un est inspiré par ce que je fais, je suis toujours surprise. »
Elle découvrait les toiles de Renée duRocher pour la première fois, dimanche lors du vernissage. Elle a eu droit à une visite commentée par l'artiste avant que la salle d'exposition se remplisse de plus de cent personnes. 
La Vietnamienne d'origine, arrivée à Granby alors qu'elle avait dix ans, a par ailleurs partagé ses connaissances sur sa langue maternelle et les anciennes pratiques artistiques en Asie avec la peintre. 
« Ça redonne envie de visiter le Vietnam, confie Mme Thuy en entrevue, enchantée par la lumière dans les toiles. Les tableaux de Renée, c'est un pixel du Vietnam qui nous révèle quelque chose de plus grand de ce pays. On a l'impression de connaître le Vietnam à travers ses tableaux et pourtant c'est presque abstrait. »
Elle a reconnu immédiatement la région de Sapa, où vit un peuple autochtone. On y reconnait des visages de femmes, dont les angles sont très caractéristiques aux communautés autochtones, leurs costumes traditionnels et les rizières sur plateau à flanc de montagne.
Calligraphie
« Depuis la fin des années 90, je m'inspire d'un lieu visité en voyage, explique Mme duRocher. C'est souvent un lieu historique, sacré ou archéologique. Dans le cas du Vietnam, il y a des beaux temples, des pagodes extraordinaires, mais ce sont surtout les communautés ethniques du nord du Vietnam qui sont venues me chercher. »
Non seulement on trouve des femmes autochtones et les montagnes bleues de Sapa, mais l'artiste a aussi intégré des fragments de calligraphie chinoise qu'elle a photographiés au Vietnam. C'est le cas d'extraits de textes présentés sur des panneaux situés au Temple de la littérature, à Hanoï. « On m'a dit que ce sont des poèmes écrits en chinois parce que l'écriture était chinoise à l'origine. »
Mme duRocher a même suivi quelques cours et sait maintenant calligraphier son prénom. On retrouve d'ailleurs sa patte sur quelques-unes de ses toiles. 
La série Xanh, qui s'inscrit dans le projet Quand diversité devient unicité, sera aussi présentée à l'automne à la galerie Michel-Ange à Montréal, puis à l'ambassade du Canada à Washington, aux États-Unis, en 2018.