De son propre aveu, la Granbyenne Marie-Ève Blanchard doit beaucoup son amour des mots à sa ville natale.

Une Granbyenne reçoit le Prix de poésie Radio-Canada 2017

Quand elle a soumis son poème Louise au Prix de poésie Radio-Canada 2017, Marie-Ève Blanchard souhaitait simplement qu’il figure dans la liste des 20 textes retenus. Quand elle a appris qu’il faisait partie des cinq finalistes, elle n’en croyait pas ses yeux. Alors, imaginez sa réaction quand on lui a annoncé qu’elle gagnait !

« C’est juste incroyable ! », s’exclamait-elle au bout du fil jeudi après-midi, quelques heures après le dévoilement de la lauréate. « Je suis très flattée d’avoir été choisie, surtout par un jury composé de personnes que j’estime beaucoup, surtout Nicole Brossard. » Thomas Hellman et Natasha Kanapé Fontaine complètent le trio de jurés.

Ces derniers ont salué la poésie « crue, dure, sensible et puissante » de Louise, une œuvre engagée qui se penche sur la situation des femmes dans le contexte minier du Plan Nord. « L’exploitation très rapide de nos ressources a des répercussions sur l’environnement, mais aussi sur les humains », expose la Granbyenne d’origine, soulignant que c’est dans les régions vivant de l’exploitation minière qu’on dénote les plus hauts taux de viols et de violence sexuelle.

« Dans mon poème, explique la poète de 34 ans, j’essaie d’entrer dans la tête d’une femme qui vit seule à Chibougamau parce que son mari travaille dans les mines sur un horaire fly-in/fly-out [ndlr : des quarts de dix à douze heures, un certain nombre de jours consécutifs, suivi de quelques jours de congé pour ensuite revenir au travail, et ainsi de suite]. Elle vit les contrecoups de cette façon de faire, et elle prend conscience petit à petit de sa condition, mais les mots ne viennent pas toujours pour exprimer ce qu’elle ressent. »

« Je me penche beaucoup sur les non-dits, les silences, poursuit-elle. Je me questionne à savoir si on a toujours les moyens pour s’exprimer, et si quand on les a, on est prêts à les utiliser et à vivre avec les conséquences de la portée des mots. Est-ce qu’une fois que je les aurai dits, je devrai passer à l’action ? Est-ce que je devrai dealer avec la réaction de l’autre ? »

« C’est en fait un grand cri réprimé », résume celle qui travaille pour un organisme communautaire en défense collective des droits.

Enfant du FICG

De son propre aveu, Marie-Ève Blanchard doit beaucoup son amour des mots à sa ville natale. « Je suis une enfant du Festival de la chanson, dit-elle. De 1989 au début des années 2000, je n’ai pas manqué une édition. Toute petite, je me rappelle, on écoutait la diffusion du concours sur les ondes de la radio CHEF. Comme je n’ai aucun talent musical, moi, ce qui m’interpellait, c’était les mots. Je n’arrivais pas à croire que tous ces mots avaient été écrits par les participants. »

Après son journal intime, c’est surtout de la prose et des nouvelles qu’elle a écrit. Jusqu’à ce qu’un professeur de l’UQAM, où elle faisait ses études littéraires, lui fasse découvrir Patrice Desbiens et Jean-Paul Daoust.

« Il m’a dit : “tu sais, il y a moyen de raconter une histoire en utilisant un autre niveau de langue. Il faut trouver celui qui nous ressemble davantage”. C’est là que j’ai eu le coup de foudre pour ce style qui n’est pas nécessairement beau, cette poésie brute d’un vers qui peut se terminer par “que”. »

C’est un peu ce genre de poème qu’est Louise. Écrit durant l’été, il s’insérera dans le recueil qu’elle est en train de composer. Elle compte d’ailleurs utiliser son Prix de poésie Radio-Canada pour le terminer. Ce dernier vient avec une bourse de 6000 $ offerte par le Conseil des arts du Canada, qui lui permettra de se consacrer entièrement à l’écriture de son recueil de poésie durant l’été 2018, ainsi que d’une résidence d’écriture au Banff Centre des arts et de la créativité, en Alberta.