Le photographe érythréen Dawit L. Petros

Un photographe érythréen à la galerie La Chapelle

Dawit L. Petros est toujours en mouvement. D’un continent à un autre, son œuvre s’intéresse à la migration humaine. Si le photographe n’était que de passage à Bromont, ses œuvres qui se retrouvent dans l’exposition Visions de départs et de retours, elles, resteront à l’atelier-galerie La Chapelle jusqu’au 12 octobre.

Ce n’est pas le mouvement qui a choisi Dawit L. Petros, mais bien le contraire. Originaire de l’Érythrée, petit pays en conflit répété avec l’Éthiopie, Dawit L. Petros a dû quitter son pays natal pour assurer sa propre sécurité.

Son exil l’a d’ailleurs mené dans ce pays voisin, ainsi qu’au Kenya, aux États-Unis et au Canada, mais l’a surtout poussé à se questionner sur les mouvements, humains comme naturels.

« Il y a deux choses qui captivent mon regard. Je suis particulièrement intéressé par l’eau et l’espace. C‘est pour ça que l’on retrouve souvent l’océan et le désert dans mes créations » précise-t-il.

Visions

Ses Visions présentées à La Chapelle de Bromont sont en fait une sélection issue de trois précédentes expositions : des photos provenant des Carnets de l’étranger et de Mahber Shaw’ate, des sculptures et des fresques provenant également de cette dernière exposition ainsi qu’une vidéo filmée lors d’un voyage récent à Cuba.

L’essentiel de ces œuvres a été réalisé grâce à ses recherches sur le terrain. Le photographe les a prises lors d’une expédition de quelques mois en Afrique occidentale.

Son travail, à la croisé des chemins entre le regard scientifique d’un photoreporter, son expérience personnelle de migration et sa recherche artistique permet de dresser un portrait captivant d’une réalité qui fait rarement la manchette.

« Après les mois que j’ai passés pour le terrain, je peux affirmer que ce qui se retrouve dans la série est plus proche de la réalité que les clichés de la BBC ou d’autres grands journaux qui font la manchette. Pourtant, mes sujets [jouent] devant la caméra, ce n’est pas du photojournalisme. La migration, ce n’est pas que des pauvres africains qui s’échouent en Europe. On l’oublie souvent, mais la majorité des migrations en Afrique se font d’un pays africain à un autre », souligne Dawit L. Petros, qui maîtrise aussi bien l’art de la formule que de la création artistique.

Sans tomber dans l’autobiographie, le photographe s’inspire volontiers de sa propre histoire. Il en tire une vision dédramatisée de la migration, plus campée sur la réalité ordinaire.

Mouvements

Outre le mouvement des personnes, Dawit L. Petros s’est récemment penché sur le mouvement des idées.

« Je me suis rendu à la Biennale de La Havane où j’ai filmé un groupe de Matanzas, Ashé Olùrun. Le groupe a interprété une chanson de l’Érythrée qu’ils ont traduite en espagnol », explique l’artiste.

De Cuba à la Mauritanie, Dawit L. Petros n’hésite jamais à faire ses valises pour saisir histoire.

« Je choisis des [lieux] qui reflètent le mouvement ou [...] des endroits qui sont chargés d’une symbolique particulière. Je ne choisis pas les destinations pour leur beauté, mais plutôt pour ce qu’elles signifient » ajoute-t-il.

Pour l’atelier-galerie La Chappelle, l’exposition Visions de départs et de retours correspond à un morceau important de sa programmation.

Dawit L. Petros a collaboré avec plusieurs organismes prestigieux de New York, Londres, Toronto ou Sao Paulo.